Bateau dans le sable, 1961

Christopher Pratt, Boat in Sand (Bateau dans le sable), 1961, sérigraphie sur papier (épreuve de travail), 42 x 75,2 cm, The Rooms, St. John’s.
Bateau dans le sable marque un tournant dans la carrière de Christopher Pratt. Il s’agit seulement de sa deuxième sérigraphie (après Haystacks in December [Des meules de foin en décembre], 1960), et elle est sélectionnée pour la Quatrième exposition biennale d’art canadien présentée par la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada, MBAC), à Ottawa, ce qui propulse Pratt sur la scène nationale. Mais sa signification plus profonde réside dans la façon dont elle résume les thèmes que l’artiste allait explorer pendant des décennies.
« En tant que marin, a un jour déclaré Pratt, j’ai une sensibilité pour le bateau dans l’eau, un verbe. En tant que peintre, j’ai une sensibilité pour le bateau en tant qu’objet, un nom. » Bateau dans le sable incarne les deux : immobile, mais imprégné du souvenir du mouvement. Tout au long de sa carrière, Pratt revient sur le thème des bateaux, non pas simplement en tant qu’objets, mais en tant que symboles de tradition et de résilience. « Quand j’étais enfant, les bateaux étaient bien plus importants que les voitures et les camions dans la campagne de Terre-Neuve, a-t-il déclaré. Ils symbolisaient notre mode de vie. »

Christopher Pratt, My Sixty-One (Mon soixante et un), 1988, sérigraphie sur papier (épreuve d’artiste), 57 x 102 cm, The Rooms, St. John’s.
Ici, un bateau échoué repose dans le sable peu profond, isolé et immobile. La scène est réduite à l’essentiel : des lignes épurées, des couleurs sobres et une composition qui suspend le temps. L’embarcation – échouée, mais intacte – évoque à la fois une utilité passée et une immobilité présente. Ce bateau devient un symbole non seulement de la vie maritime, mais aussi d’un mode de vie à Terre-Neuve qui est en pleine transformation au début des années 1960. Même s’il ne conçoit pas Bateau dans le sable comme un symbole politique, Pratt le crée alors que le mode de vie traditionnel et autosuffisant de la province s’effrite, la pêche et le commerce local cédant la place aux autoroutes, aux projets hydroélectriques et au développement des nouvelles banlieues. Bateau dans le sable se présente comme une élégie subtile, renforcée par la présence d’un minuscule crucifix sculpté dans le bateau.
Sur le plan esthétique, Bateau dans le sable montre Pratt à l’aube de son style mature. L’œuvre révèle déjà la tension qu’il explorera tout au long de sa carrière : entre le mouvement et l’immobilité, entre le souvenir et le réel, et entre ce qui est perdu et ce qui perdure. Des skiffs échoués sur la plage aux structures en forme de voile en passant par des yachts oniriques, les images de bateaux de Pratt sont composées avec précision et sont d’une immobilité saisissante – même lorsqu’elles dérivent en mer. Souvent dépourvues de personnages, elles deviennent des métaphores de la solitude, de l’endurance et de la boussole intérieure. En même temps, elles reflètent l’admiration de l’artiste pour le savoir-faire du marin et l’attrait durable de la mer dans la vie à Terre-Neuve.
Ses œuvres ultérieures – telles que My Sixty-One (Mon soixante et un), 1988 – s’appuient sur ce lien qui l’a accompagné toute sa vie. Faisant référence à un yacht C&C de 18,6 mètres construit sur mesure qu’il rêvait de posséder, le titre à lui seul évoque quelque chose de personnel : le bateau amarré ici n’est pas seulement un objet dont on se souvient, mais une partie intégrante de l’identité de l’artiste. Il existe une symétrie tranquille entre Bateau dans le sable et Mon soixante et un. Les deux œuvres mettent en scène des bateaux au repos, suspendus dans le temps, statiques, mais équilibrés. Elles proviennent pourtant de périodes différentes de sa carrière : l’une date du début de sa définition artistique, l’autre d’une phase de réflexion. Entre elles s’écoule une méditation de toute une vie sur les relations fondamentales entre les personnes, les bateaux et les environnements qui les entourent.
Galerie

Christopher Pratt, Gros Morne [At Portland Creek] (Gros Morne [À Portland Creek]), 1960

Christopher Pratt, Boat in Sand (Bateau dans le sable), 1961

Christopher Pratt, Woman at a Dresser (Femme à sa coiffeuse), 1964

Christopher Pratt, The Lynx (Le lynx), 1965

Christopher Pratt, House in August (Maison en août), 1969

Christopher Pratt, Institution, 1973

Christopher Pratt, Spring at My Place (Le printemps chez moi), 1985

Christopher Pratt, Christmas Eve at 12 O’Clock (La veille de Noël, à minuit), 1995

Christopher Pratt, Deer Lake: Junction Brook Memorial (Deer Lake : En souvenir de Junction Brook), 1999

Christopher Pratt, Driving to Venus: On the Burgeo Road (En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo), 2000

Christopher Pratt, After the Cold War: Argentia Approach (Après la guerre froide : L’approche d’Argentia), 2008

Christopher Pratt, série Season (Saison), 2009