En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo, 2000

Christopher Pratt, Driving to Venus: On the Burgeo Road (En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo), 2000, huile sur panneau, 101,6 x 165,1 cm, collection privée.
« Peu de choses sont aussi déconnectées de la vie que la conduite automobile, a écrit un jour Christopher Pratt. Parfois, je pense que je pourrais conduire éternellement. » En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo peut être considéré à la fois comme une réflexion personnelle et un symbole plus large. L’œuvre évoque le fait de traverser des lieux familiers tout en levant les yeux et en regardant vers l’extérieur. Elle traite de la tension entre le connu et l’inconnu, ainsi que du calme qui caractérise souvent l’art canadien, et en particulier de l’atmosphère de l’île de Terre-Neuve lorsqu’on la découvre en voiture.
Pour Pratt, la conduite automobile est une forme de méditation, un moyen de se glisser dans cet espace intermédiaire où l’attention s’aiguise et où le temps perd de son emprise. La nuit venue, l’expérience s’intensifie avec les étoiles qui parsèment le ciel, la possibilité imminente d’apercevoir un orignal au bord de la route et l’étroite bande de bitume éclairée uniquement par les phares de la voiture. Dans cet espace, le monde semble suspendu, hors du temps. Et comme cela arrive souvent à Terre-Neuve, la spectatrice ou le spectateur est totalement seul – la seule voiture à rouler dans la nuit.

Route de Burgeo, 2016, photographie de Mireille Eagan.
Cette peinture représente l’un des « lieux de mémoire » de Pratt : un itinéraire réel qu’il a revisité tant dans la vie réelle que dans son œuvre. La route de Burgeo (route 480), un tronçon de cent cinquante kilomètres menant vers le sud-ouest de Terre-Neuve, traverse des forêts de pins isolées, longe des affleurements rocheux et contourne des lacs pour aboutir à la ville isolée de Burgeo. Pratt a emprunté cet itinéraire pour la première fois avec son épouse de l’époque, Jeanette Meehan, qui lui avait suggéré une route qu’il n’avait encore jamais parcourue.
Le sentiment fondamental qui se dégage de l’œuvre En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo vient de la façon dont la nuit « s’enroule autour d’une voiture pendant la conduite ». Pratt a observé la mathématique des courbes de la route, notant comment la géométrie s’entremêle avec la perception. Dans cet espace, la vision périphérique se fragmente en faisceaux de phares, en asphalte, en arbres lointains. Un ruban d’autoroute plonge dans l’obscurité, épousant la courbe de la route surmontée d’un croissant de planète – la « Vénus » du titre – qui flotte à basse altitude dans le ciel nocturne.
L’inclusion de Vénus témoigne de l’intérêt de Pratt pour le ciel. Il s’intéressait à la cartographie des étoiles pour la navigation et plaçait souvent des planètes ou des lunes aux côtés de sujets terrestres – qu’il s’agisse de ses maisons et de ses ports baignés par le clair de lune ou de ses soirées illuminées par les étoiles. Vénus agit ici comme un repère : un rappel de l’échelle et de la perspective. À Terre-Neuve, il voit la maison et le cosmos se refléter l’un dans l’autre, en particulier sous le ciel ouvert de la route 480.

Christopher Pratt, Solstice Drive to St. Anthony (Balade au solstice d’hiver à St. Anthony), 2008, huile sur toile, 115,6 x 177,8 cm, collection privée.
En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo fait partie d’une série de peintures « routières » qui retracent des états liminaires, comme Driving to Venus: From Eddies Cove East (En voiture jusqu’à Vénus : À partir d’Eddies Cove East), 2000, et Winter Solstice Drive to St. Anthony, Full Moon Rising (Balade au solstice d’hiver à St. Anthony, au lever de la pleine lune), 2008 – où le public voyage à travers l’obscurité, les phares et des vues fragmentées. La série de Pratt sur la conduite de nuit s’inscrit dans une tradition plus large de l’art canadien qui explore les liens entre le paysage et l’identité. À l’instar des représentations de la nature sauvage du Nord par le Groupe des Sept, les routes de Pratt puisent dans un élément commun à l’imaginaire national. Cependant, alors que d’autres artistes montrent des paysages grandioses et héroïques, les ciels nocturnes et les courbes d’autoroute de Pratt sont plus intimes, ancrés dans l’expérience de la conduite automobile à travers sa province natale, surtout la nuit, reflétant un voyage plus intérieur.
Galerie

Christopher Pratt, Gros Morne [At Portland Creek] (Gros Morne [À Portland Creek]), 1960

Christopher Pratt, Boat in Sand (Bateau dans le sable), 1961

Christopher Pratt, Woman at a Dresser (Femme à sa coiffeuse), 1964

Christopher Pratt, The Lynx (Le lynx), 1965

Christopher Pratt, House in August (Maison en août), 1969

Christopher Pratt, Institution, 1973

Christopher Pratt, Spring at My Place (Le printemps chez moi), 1985

Christopher Pratt, Christmas Eve at 12 O’Clock (La veille de Noël, à minuit), 1995

Christopher Pratt, Deer Lake: Junction Brook Memorial (Deer Lake : En souvenir de Junction Brook), 1999

Christopher Pratt, Driving to Venus: On the Burgeo Road (En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo), 2000

Christopher Pratt, After the Cold War: Argentia Approach (Après la guerre froide : L’approche d’Argentia), 2008

Christopher Pratt, série Season (Saison), 2009