Le lynx, 1965

Christopher Pratt, The Lynx (Le lynx), 1965, sérigraphie sur papier, édition 1/20, 43 x 74,8 cm, The Rooms, St. John’s.
Le lynx trouve son origine dans une rencontre rare et intense que Pratt a vécue avec un lynx dans la nature. Le regard de l’animal s’est croisé avec le sien et y est resté figé, le félin ne détournant jamais les yeux. Ce regard reste gravé dans l’esprit de Pratt et devient bien plus qu’une simple observation. Pour l’artiste, le lynx devient un miroir. Dans l’image qui en résulte, le lynx fixe directement le public, son corps surdimensionné tendu se découpant sur un paysage austère et vide. Il est alerte, solitaire et inflexible : une projection de maîtrise de soi et de sauvagerie qui fait écho au monde intérieur de Pratt. L’intensité de ce regard, qui refuse de se détourner, suscite une forme de reconnaissance qui provoque des malaises.

Christopher Pratt, Crow and Raven (Corneille et corbeau), 1978, sérigraphie, édition 35/45, 40,5 x 60,6 cm, The Rooms, St. John’s.

Christopher Pratt, Moose and Transports (Orignal et transport), 1993, huile sur toile, 83,8 x 114,3 cm, collection privée.
Pour Pratt, les animaux ne sont jamais de simples sujets d’observation; ils sont symboliques. Cet intérêt traverse des œuvres telles que Crow and Raven (Corneille et corbeau), 1978, et Moose and Transports (Orignal et transport), 1993, notamment. Ils incarnent la vulnérabilité, la solitude et la survie, des qualités qu’il projette discrètement sur lui-même et sur sa province natale, Terre-Neuve-et-Labrador. Pratt est parfaitement conscient de la manière dont les paysages de la province sont en train d’être remodelés alors que la chasse, le développement industriel et les changements environnementaux modifient les habitats, déterminant quelles espèces animales survivaient et lesquelles disparaissaient. « Plus j’y réfléchissais, écrit-il, plus je me rendais compte que mes représentations d’animaux étaient autobiographiques. » Dans ce contexte, Le lynx est un portrait psychologique, à la fois personnel et provincial.
À l’inverse, prenons l’exemple de The Sheep (Le mouton), 1971, qui offre une réflexion plus douce. Inspiré d’animaux observés dans le sud de la péninsule d’Avalon, le mouton est couché calmement sur l’herbe, de profil, entouré d’une série de clôtures en bois. C’est une image tranquille – immobile, contenue et contemplative. « Les moutons, disait Pratt, sont chargés d’un symbolisme que je veux éviter : pour moi, ils évoquent la baie St. Mary’s. »

Christopher Pratt, The Sheep (Le mouton), 1971, sérigraphie, épreuve d’artiste 1, 34,7 x 78,9 cm, The Rooms, St. John’s.
Ensemble, ces deux œuvres reflètent toute la palette émotionnelle de la pratique artistique de Pratt : l’une est intense et directe, l’autre est réservée et introvertie. À travers ces images, Pratt se place, subtilement, au sein du paysage. L’animal devient un substitut, dont l’immobilité et la force font écho aux siennes. Cette fusion entre le soi, le symbole et le lieu est au cœur de la pratique de Pratt.
Galerie

Christopher Pratt, Gros Morne [At Portland Creek] (Gros Morne [À Portland Creek]), 1960

Christopher Pratt, Boat in Sand (Bateau dans le sable), 1961

Christopher Pratt, Woman at a Dresser (Femme à sa coiffeuse), 1964

Christopher Pratt, The Lynx (Le lynx), 1965

Christopher Pratt, House in August (Maison en août), 1969

Christopher Pratt, Institution, 1973

Christopher Pratt, Spring at My Place (Le printemps chez moi), 1985

Christopher Pratt, Christmas Eve at 12 O’Clock (La veille de Noël, à minuit), 1995

Christopher Pratt, Deer Lake: Junction Brook Memorial (Deer Lake : En souvenir de Junction Brook), 1999

Christopher Pratt, Driving to Venus: On the Burgeo Road (En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo), 2000

Christopher Pratt, After the Cold War: Argentia Approach (Après la guerre froide : L’approche d’Argentia), 2008

Christopher Pratt, série Season (Saison), 2009