Le printemps chez moi, 1985

les ombres des arbres sur une maison aux murs blancs, avec des pins en arrière-plan

Christopher Pratt, Spring at My Place (Le printemps chez moi), 1985, sérigraphie, édition 23/47, 36,7 x 83,9 cm, The Rooms, St. John’s.

La façade de la maison de Pratt à Salmonier est un thème sur lequel il revient à maintes reprises tout au long de sa vie. Ce mur orienté à l’ouest est devenu pour lui une sorte de scène. Pratt le décrivait ainsi : « Un mur devient un écran sur lequel la lumière – celle du soleil ou des réverbères – projette une pièce de théâtre. Le mur orienté à l’ouest de la maison où nous vivons depuis trente ans est un mur de ce genre, et la pièce change au gré des saisons et des heures de la journée. »


Le printemps chez moi capture cette « pièce de théâtre » dans sa forme la plus épurée. Le mur est réduit à l’essentiel, un plan blanc découpé par des angles d’ombre. Le sujet, c’est la lumière elle-même : cet instant fugace où la saison bascule vers le renouveau, immortalisé sur la toile. À propos de sa relation avec cette structure, Pratt a écrit : « Ce n’est pas un défi, c’est déjà de l’art. À mesure que le soleil descend, les ombres s’allongent, et les planches d’un blanc éclatant se parent de reflets dorés, roses et bleus. »

peinture de stores blancs

Christopher Pratt, March Night (Nuit de mars), 1976, huile sur Masonite, 101,4 x 228,6 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto.

Le tableau fait écho à d’autres œuvres explorant le même motif. Dans March Night (Nuit de mars), 1976, le mur est baigné d’une lueur artificielle, soulignant à quel point l’atmosphère peut facilement modifier notre perception du lieu. Dans Wall Facing West (Mur orienté vers l’ouest), 1980, on retrouve la même façade de la maison, mais ici, l’arrière-plan laisse entrevoir l’océan et l’herbe – un paysage que l’on ne voit normalement pas depuis les rives de la rivière Salmonier –, évoquant ainsi un rêve d’ailleurs, imaginé depuis chez soi. Dans Fall at My Place [Some Shadows on My House] (L’automne chez moi [Quelques ombres sur ma maison]), 2004, Pratt revisite le sujet. Sa propre ombre fait son apparition, les bras croisés (comme dans son autoportrait de l’Université Mount Allison) soulignant ainsi la présence de l’artiste dans l’acte de regarder. Ensemble, ces œuvres témoignent de la persistance de certaines images dans l’imaginaire de Pratt et de sa capacité à tirer une infinité de variations à partir d’un seul site familier.


Cette attention portée à sa propre maison place Le printemps chez moi au sein du cycle plus large de Pratt, qu’il a appelé « Lieux de mémoire » : des routes, des bâtiments et des intérieurs qu’il a revisités au fil des années. Le mur de sa maison devient pour lui un point d’ancrage, un lieu clé de sa géographie personnelle. En y retournant saison après saison, Pratt montre que la mémoire et le sens ne résident pas seulement dans des paysages lointains, mais aussi dans les murs qui abritent les rythmes du quotidien.


Ici, ses œuvres dialoguent également avec les peintures de Mary Pratt (1935-2018). Alors que Mary porte son regard vers les cuisines, les tables et les rituels de la vie quotidienne – les sublimant par la lumière et l’intimité –, Christopher s’attache aux surfaces austères de l’architecture, en capturant toute la puissance dramatique des ombres et des saisons. Ensemble, leurs pratiques suggèrent que la maison elle-même peut devenir un lieu profondément chargé de sens.

tableau représentant une dinde enveloppée dans du papier d'aluminium, qui brille

Mary Pratt, Christmas Turkey (Dinde de Noël), 1980, huile sur Masonite, 45,8 x 55,9 cm, Robert McLaughlin Gallery, Oshawa.

Le printemps chez moi reflète la philosophie de Pratt selon laquelle l’art naît du simple fait de regarder, et même un modeste mur, observé avec patience, peut révéler une multitude de choses. Cela montre clairement que son talent indéniable réside dans sa capacité à voir là où d’autres ne remarquent rien.

Galerie

Le printemps chez moi - Art Canada