Série des Saisons, 2009

De gauche à droite : Christopher Pratt, série Season (Saison), Winter Suite 1: West Fall Evening (Suite d’hiver no 1 : soirée d’automne à l’ouest), 2009, huile sur panneau, 91,4 x 104,1 cm, collection privée; Christopher Pratt, série Season (Saison), Winter Suite 2: North Winter Night (Suite d’hiver no 2 : nuit d’hiver au nord), 2009, huile sur panneau, 91,4 x 104,1 cm, collection privée; Christopher Pratt, série Season (Saison), Winter Suite 3: East Spring (Morning Suite d’hiver no 3 : matin de printemps à l’est), 2009, huile sur panneau, 91,4 x 104,1 cm, collection privée; Christopher Pratt, série Season (Saison), Summer 1/1 4: South Summer Noon (Été 1/1 4 : midi d’été au sud), 2009, huile sur panneau, 91,4 x 104,1 cm, collection privée.
À l’âge de sept ans, Christopher Pratt fait un rêve qui l’accompagnera toute sa vie. Dans celui-ci, il marche sur une route dont il sait, d’une manière ou d’une autre, qu’elle mène au bout du monde. La route s’arrête brusquement, plongeant dans un vaste espace vide. Il se tient là, calme, regardant le vide. Ce rêve ne s’estompe jamais, et cette atmosphère de mystère et de sérénité qui s’en dégage, cette image de l’horizon à la fois comme limite et comme possibilité, résonne à travers toute son œuvre.

Christopher Pratt, Labrador Current – Trial [The Rocks] (Courant du Labrador – Essai [Les rochers]), 1973, sérigraphie, édition 1/1, 45,5 x 45,3 cm, The Rooms, St. John’s.
Pour Pratt, l’espace ouvert, en particulier l’horizon océanique, n’est pas une source d’inquiétude, mais de calme. Tout au long de sa vie, il entretient un lien avec l’eau, forgé par l’observation. « Je suis très conscient d’avoir vécu sur une île pratiquement toute ma vie », a-t-il dit un jour. Cette conscience insulaire – de la périphérie, de la frontière et de l’horizon – façonne non seulement sa façon de voir, mais aussi sa façon de peindre.
Dans Labrador Current (Courant du Labrador), 1973, une fine bande de glace dérive à l’horizon, surplombant une bande d’eau bleu pâle, une bande plus sombre de vagues puis des petites ondulations qui viennent se briser contre le bas de la peinture. Il n’y a pas de rivage, pas d’endroit solide où la spectatrice ou le spectateur puisse se tenir. Le premier plan, le plan intermédiaire et l’arrière-plan s’aplatissent en un seul plan, faisant basculer le réalisme vers l’abstraction. Seul le titre, qui l’ancre le long du détroit de Belle Isle, le fixe dans l’espace.
Dans Bay (Baie), 1972, Pratt divise l’horizon sur trois panneaux, transformant une simple vue côtière en quelque chose de monumental. La composition est à la fois formelle et abstraite. L’espace est organisé en plans superposés qui s’éloignent progressivement, guidant le regard à travers l’eau et vers le ciel. Pourtant, les divisions du cadre interrompent ce flux, nous rappelant que nous n’entrons pas dans la scène elle-même, mais que nous faisons face à un tableau, une image construite et contenue sur la toile.
Dans sa série Seasons (Saisons), Pratt tourne son attention vers l’atmosphère pure. Ces quatre peintures minimalistes – chacune orientée vers un point cardinal et une saison – offrent une observation du climat, de la lumière et des saisons changeantes de Terre-Neuve. Bien qu’elles s’éloignent de ses œuvres architecturales, elles dégagent la fascination durable de Pratt pour l’espace, la perception et le temps.

Christopher Pratt, Bay (Baie), 1972, huile sur panneau, 79,7 x 179,1 cm, collection privée.
Ici, Pratt réduit le ciel et la mer à leur essence même. « Avec ces œuvres, dit-il, je cherche à saisir quelque chose de fondamental dans l’horizontalité de l’océan. » Chaque peinture varie subtilement en couleur et en rythme, suggérant ce que Pratt décrit comme « une dynamique subtile, mais bien présente ». Bien que minimalistes en apparence, ces peintures se fondent sur le langage. Pratt est fasciné par la forme des choses : le rythme des vagues, le rythme des mots, le rythme des saisons. Langage et image fonctionnent de concert, ancrés dans l’expérience, façonnés par le temps et la vigilance.
Pour Pratt, les saisons ne sont pas seulement météorologiques, elles sont émotionnelles. Cette sensibilité est particulièrement évidente dans la série Saisons. Comme l’explique Pratt : « Le titre Winter Suite (Suite d’hiver) reflète la façon dont, à Terre-Neuve, l’automne, l’hiver et le printemps se fondent harmonieusement. L’été est une saison unique, distincte et indépendante. » La série capture non seulement le climat physique, mais également le climat psychologique de Terre-Neuve, ses longues saisons grises ponctuées de chaleur et de lumière fugaces.
L’évolution de Pratt vers l’abstraction n’est pas un éloignement du sens, mais un raffinement de celui-ci. Ces peintures traitent de l’attention, de la signification de la véritable observation. Elles invitent le public à s’arrêter et à ressentir le passage du temps, non pas dans le récit, mais dans la lumière.
Galerie

Christopher Pratt, Gros Morne [At Portland Creek] (Gros Morne [À Portland Creek]), 1960

Christopher Pratt, Boat in Sand (Bateau dans le sable), 1961

Christopher Pratt, Woman at a Dresser (Femme à sa coiffeuse), 1964

Christopher Pratt, The Lynx (Le lynx), 1965

Christopher Pratt, House in August (Maison en août), 1969

Christopher Pratt, Institution, 1973

Christopher Pratt, Spring at My Place (Le printemps chez moi), 1985

Christopher Pratt, Christmas Eve at 12 O’Clock (La veille de Noël, à minuit), 1995

Christopher Pratt, Deer Lake: Junction Brook Memorial (Deer Lake : En souvenir de Junction Brook), 1999

Christopher Pratt, Driving to Venus: On the Burgeo Road (En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo), 2000

Christopher Pratt, After the Cold War: Argentia Approach (Après la guerre froide : L’approche d’Argentia), 2008

Christopher Pratt, série Season (Saison), 2009