Maison en août, 1969

Christopher Pratt, House in August (Maison en août), 1969, huile sur panneau, 44,5 x 62,2 cm, Currier Museum of Art, Manchester, New Hampshire.
Une maison isolée, de style boîte à sel, se dresse sous un ciel d’été haut et clair : son revêtement en planches est baigné par la lumière du soleil, ses fenêtres sont vides, mais semblent surveiller les alentours. La scène est sobre, mais riche en suggestions. Maison en août marque un changement dans la manière dont Christopher Pratt traite l’architecture de Terre-Neuve : il s’éloigne de la simple documentation pour considérer ces bâtiments comme des réceptacles de mémoire, des symboles de survie et des portraits de la vie émotionnelle. « La maison [est] notre premier univers », déclare-t-il.
Incarnant la clarté et la rigueur qui caractérisent l’œuvre de Pratt, Maison en août est une œuvre qui ne donne pas d’explications, mais qui nous invite plutôt à regarder de près et à ressentir le poids de ce qui n’a pas été dit. Sa composition est soigneusement structurée, sa palette chaleureuse, mais sobre. Même l’omission d’une poignée de porte témoigne de l’instinct de Pratt pour l’équilibre visuel, tout en signalant subtilement qu’il ne s’agit pas d’une invitation à entrer. La maison reste intime, distante et empreinte d’émotion. Dans sa solitude, la maison devient une sorte d’autoportrait : non pas une représentation, mais une présence – intime, sereine et en harmonie avec le temps qui passe. Presque sensible. Comme l’a dit John, le fils de Pratt : « On dirait une maison qui jette un regard en arrière sur un hiver survécu et en avant vers un nouvel automne, mais suffisamment loin de novembre pour se permettre de croire que “l’hiver prochain sera différent” ».

Christopher Pratt, Barn and Cellar: August 1939 (Grange et cave, août 1939), 2005, huile sur papier sur panneau, 42,5 x 77,5 cm, collection privée.
Cette œuvre capture également un élément déterminant de la vision de Pratt. Alors que nombre de ses maisons sont ancrées dans des lieux reconnaissables, Maison en août n’est pas le portrait d’un bâtiment spécifique. C’est une idée rendue visuelle : un hommage à ce que Pratt qualifie de « style vernaculaire de Terre-Neuve ». À ce titre, elle appartient à un ensemble plus large de peintures, comprenant Barn and Cellar, August 1939 (Grange et cave, août 1939), 2002, et ses vues de sa propre maison à Salmonier, telles que Spring at My Place (Le printemps chez moi), 1985. Celles-ci puisent leur inspiration dans House and Barn (Maison et grange), 1962, une œuvre elle-même inspirée d’un rêve qu’il a fait de « la maison archétypale » (et dont il disait, « Je ne cesse de la peindre depuis lors »). Toutes ces œuvres témoignent de l’intérêt que Pratt a toujours porté aux formes épurées et imaginaires. Bien qu’elles représentent des lieux différents, ces maisons partagent une atmosphère paisible et propice à la réflexion. Elles évoluent au gré de la lumière et des saisons, mais conservent toujours une impression de sérénité. Elles échappent à toute narration, devenant plutôt des images de présence et d’attention.
Dans une note de son journal datant de 2010, Pratt exprime ce que ces maisons représentaient pour lui, non pas comme des souvenirs personnels, mais comme des miroirs émotionnels : « Je remarque encore l’aspect des maisons “traditionnelles” abandonnées de Terre-Neuve […] Il y a quelque chose de poignant chez elles – dans leurs décors et leurs situations […] Elles trouvent un écho, non pas dans mon histoire personnelle […], mais d’un point de vue autobiographique : je me sens aussi déconnecté du présent qu’elles en ont l’air […] Elles pourraient être des autoportraits. »
Galerie

Christopher Pratt, Gros Morne [At Portland Creek] (Gros Morne [À Portland Creek]), 1960

Christopher Pratt, Boat in Sand (Bateau dans le sable), 1961

Christopher Pratt, Woman at a Dresser (Femme à sa coiffeuse), 1964

Christopher Pratt, The Lynx (Le lynx), 1965

Christopher Pratt, House in August (Maison en août), 1969

Christopher Pratt, Institution, 1973

Christopher Pratt, Spring at My Place (Le printemps chez moi), 1985

Christopher Pratt, Christmas Eve at 12 O’Clock (La veille de Noël, à minuit), 1995

Christopher Pratt, Deer Lake: Junction Brook Memorial (Deer Lake : En souvenir de Junction Brook), 1999

Christopher Pratt, Driving to Venus: On the Burgeo Road (En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo), 2000

Christopher Pratt, After the Cold War: Argentia Approach (Après la guerre froide : L’approche d’Argentia), 2008

Christopher Pratt, série Season (Saison), 2009