Femme à sa coiffeuse, 1964

Christopher Pratt, Woman at a Dresser (Femme à sa coiffeuse), 1964, huile sur panneau dur, 67,2 x 77,5 cm, Collection McMichael d’art canadien, Kleinburg, Ontario.
Pour Christopher Pratt, Femme à sa coiffeuse marque à la fois un retour et un nouveau départ. Peinte en 1964, cette œuvre marque un retour à la figuration – un élément essentiel de sa formation générale qu’il avait largement mise de côté depuis son départ de la Glasgow School of Art, à l’exception de son Self-Portrait (Autoportrait) de 1961, réalisé dans le cadre de l’obtention de son diplôme à Mount Allison. À Glasgow, Pratt baignait dans une tradition rigoureuse qui mettait l’accent sur le contour, le geste et la façon dont la lumière se déplaçait sur la forme humaine. Pourtant, ce n’est qu’après s’être installé dans la campagne de Terre-Neuve qu’il revisite cette discipline avec une clarté renouvelée. « Je n’avais pas dessiné d’après nature depuis que j’avais quitté la Glasgow School of Art, écrit Pratt plus tard dans sa carrière, et cela m’avait appauvri. J’ai décidé de peindre une femme dans sa chambre; il était important pour moi de la situer dans un environnement acceptable. Je ne voulais choquer personne. »
Cette peinture permet à Pratt de percer sur le plan professionnel. Sélectionné par William Townsend, de la Slade School of Art, pour figurer dans la Sixième exposition biennale de peinture canadienne de la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada, MBAC) à Ottawa, Femme à sa coiffeuse contribue à faire connaître Pratt auprès du pays tout entier. Elle attire également l’attention de la journaliste Sandra Fraser Gwyn, dont l’article sur l’œuvre publié dans le magazine Time lui vaut une reconnaissance au-delà des frontières du Canada.

Christopher Pratt, Étude pour Woman at a Dresser (Femme à sa coiffeuse), 1964, graphite sur papier, 30 x 33,5 cm, localisation inconnue.
L’importance de cette peinture dépasse toutefois le simple fait qu’elle marque des étapes clés de sa carrière. Il s’agit d’une étude sur l’intimité, l’observation et la maîtrise de la composition. L’objectif de Pratt n’a jamais été de simplement représenter une personne, mais de comprendre le personnage comme une partie d’un tout plus vaste – traité avec le même soin que le mobilier, le papier peint, la lumière. Doreen Ayre, une amie de St. John’s, a posé pour le tableau. Pratt a imaginé le reste : le miroir, la pièce, voire le papier peint à fleurs. Ses croquis préparatoires pour cette œuvre témoignent du processus de réflexion mûrement réfléchi qui a guidé cette période.
Malgré le caractère désinvolte de la pose du personnage, il se dégage une impression de monumentalité. La femme étant vue de dos, son visage est dissimulé, ce qui introduit une dimension d’intimité et d’introspection. Les lignes droites des murs et du mobilier contrastent avec les courbes du miroir et de la coiffeuse. Tous les éléments s’harmonisent parfaitement : les personnages et le mobilier font partie intégrante de la scène. Ce qui frappe avant tout, c’est que le tableau est baigné d’une lumière douce et uniforme. Elle se répand délicatement sur la scène, effleurant l’épaule de la femme et soulignant les contours de la pièce. Pour Pratt, la lumière agit non seulement comme un élément visuel, mais aussi comme une métaphore de la connexion – ce qu’il décrit comme « une métaphore du toucher ». Cette sensibilité élève Femme à sa coiffeuse au-delà de l’étude académique. L’œuvre est sensuelle, mais pas sentimentale, intime, mais pas envahissante.
Alors que la figure humaine n’apparaît qu’occasionnellement dans ses œuvres ultérieures, ce tableau ouvre la voie à son exploration continue de la présence. Plus qu’un portrait, Femme à sa coiffeuse témoigne de l’intérêt durable de Pratt pour les complexités du regard et de la manière dont l’observation peut être à la fois intime et distante, analytique et tendre.
Galerie

Christopher Pratt, Gros Morne [At Portland Creek] (Gros Morne [À Portland Creek]), 1960

Christopher Pratt, Boat in Sand (Bateau dans le sable), 1961

Christopher Pratt, Woman at a Dresser (Femme à sa coiffeuse), 1964

Christopher Pratt, The Lynx (Le lynx), 1965

Christopher Pratt, House in August (Maison en août), 1969

Christopher Pratt, Institution, 1973

Christopher Pratt, Spring at My Place (Le printemps chez moi), 1985

Christopher Pratt, Christmas Eve at 12 O’Clock (La veille de Noël, à minuit), 1995

Christopher Pratt, Deer Lake: Junction Brook Memorial (Deer Lake : En souvenir de Junction Brook), 1999

Christopher Pratt, Driving to Venus: On the Burgeo Road (En voiture jusqu’à Vénus : Sur la route de Burgeo), 2000

Christopher Pratt, After the Cold War: Argentia Approach (Après la guerre froide : L’approche d’Argentia), 2008

Christopher Pratt, série Season (Saison), 2009