La veille de Noël, à minuit, 1995

Un homme se rendant à la remise en hiver, la nuit, à la lumière d'une lampe de poche

Christopher Pratt, Christmas Eve at 12 O’Clock (La veille de Noël, à minuit), 1995, lithographie, épreuve d’artiste VI, 20,3 x 23 cm, The Rooms, St. John’s.

Bien qu’elle semble inhabituelle dans la pratique de Christopher Pratt, La veille de Noël à minuit est en fait l’une de ses œuvres les plus révélatrices. La même précision et la même sobriété qui caractérisent ses paysages et ses intérieurs sont à l’œuvre, mais tournées vers l’intérieur. C’est ici que l’on voit le plus clairement qui est Pratt : la discipline de son art est imprégnée de la tendresse de l’expérience vécue, l’équilibre fragile entre ce qui perdure et ce qui s’en va.

Notes manuscrites sur une feuille de papier lignée

Christopher Pratt, Christmas Eve at 12 O’Clock – Notes (La veille de Noël, à minuit – Notes), 1995, graphite sur papier, 14,7 x 15,2 cm, The Rooms, St. John’s.

Comme c’est souvent le cas dans son œuvre, l’image prend naissance dans les mots. Le langage occupe une place centrale dans sa pratique artistique. Il écrit quotidiennement dans des journaux et choisit soigneusement les titres de ses tableaux. Dans ses notes préparatoires pour cette œuvre, Pratt écrit : « La veille de Noël, minuit. Le poème de Hardy. Une bergerie éclairée par une silhouette qui s’approche. C’est le spectateur qui se dirige vers la bergerie; la lumière est dans sa main. La porte de la bergerie est fermée. L’obscurité derrière – peut-être des arbres. Pas de lune ni d’étoiles – les animaux ne seront pas à genoux. »


Poète publié et neveu d’E.J. Pratt, il considère le langage non seulement comme un outil, mais aussi comme une matière à façonner. Dans cette œuvre, Pratt mêle littérature et arts visuels. Le « poème de Hardy » auquel il fait allusion, Les bœufs, évoque le mythe des animaux s’agenouillant à minuit en l’honneur de la naissance de Jésus :


La veille de Noël, et minuit sonne.
« Maintenant, ils sont tous à genoux »,
dit un ancien alors que nous sommes assis en groupe
Près des braises, dans la douceur du foyer.
Nous imaginions ces créatures douces et dociles
Elles vivaient dans leur étable paillée,
Et il ne vint à l’esprit d’aucun d’entre nous
De douter qu’elles étaient alors à genoux.
Une si belle fantaisie, rares sont ceux qui la tisseraient
De nos jours! Pourtant, j’ai le sentiment
Si quelqu’un disait la veille de Noël :
« Viens, viens voir les bœufs s’agenouiller
Dans la ferme isolée près de ce vallon
Que notre enfance connaissait »,
Je l’accompagnerais dans la pénombre,
En espérant que ce soit vrai.



L’œuvre présente un moment poignant : un portrait de l’artiste, vu de dos, s’apprêtant à entrer dans une grange, une lampe de poche à la main. Cela contraste fortement avec nombre de ses autres autoportraits, dans lesquels il fait souvent face au public.


« Le travail de mon père traite moins de la foi que de l’espoir, explique sa fille Anne. Il s’agit de traverser les ténèbres – ou de se tenir debout dans nos heures les plus sombres – en aspirant à un signe de quelque chose de plus grand, à ce que quelque chose de meilleur soit vrai. La raison nous dit qu’en entrant dans la grange, les animaux ne seront pas à genoux. C’est l’espoir qui nous pousse quand même à ouvrir la porte. À cet instant, le personnage, papa, est si exposé, si vulnérable – et pourtant, on ne peut s’empêcher d’espérer avec lui. »


Pour Pratt, c’est le public qui ira au-delà de l’artiste en franchissant la porte de la grange, s’imaginant entrer dans la scène. Cette invitation attire le public dans l’œuvre d’art en plus de souligner l’acte de la regarder et de la vivre comme un voyage participatif. Pour les spectatrices et spectateurs, cela peut faire écho à leurs propres rituels et moments de pause, ces instants chargés où le temps semble ralentir et où le poids du souvenir s’installe doucement dans le présent. Exposée lors des funérailles de Pratt, l’œuvre fait profondément écho à l’esprit créatif de Pratt tout au long de sa vie : l’avancée vers l’inconnu, dans l’espoir que cela puisse être ainsi.

Galerie

La veille de Noël, à minuit - Art Canada