Gina (Daisy) Laing, The Beach (La plage), 1958

Gina (Daisy) Laing, The Beach (La Plage), 1958, collection privée.
Le tableau La plage, peint par Gina (Daisy) Laing (née en 1947), membre de la Première Nation d’Uchucklesaht, en Colombie-Britannique, alors qu’elle fréquentait le pensionnat autochtone d’Alberni, offre un exemple à la fois discret et saisissant de la manière dont les œuvres d’art réalisées par les enfants de ces institutions peuvent transmettre la mémoire à travers le temps. Réalisée à la tempera sur papier, la composition est d’une simplicité trompeuse. Des bandes de couleur structurent le paysage : une eau d’un bleu profond occupe le premier plan, tandis qu’un rivage légèrement courbé sépare la mer de la terre et que des tons atmosphériques doux suggèrent des collines lointaines et le ciel. Le rythme serein du tableau contraste fortement avec l’environnement institutionnel dans lequel il a été produit. Laing se souvient que l’enseignement régulier de l’art à l’école était régi par la contrainte. « Nous avions des cours d’art et nous devions faire les choses d’une certaine manière, sinon nous étions punis. » L’invitation de Robert Aller à peindre librement apparaît d’autant plus comme un geste délibéré de rupture.
Tout comme Jeffrey Cook, Laing, dont le nom nuu-chah-nulth est Ah-ooma-took, profite des ateliers artistiques organisés au pensionnat d’Alberni sous la direction de Robert Aller (1922-2008). Plutôt que d’enseigner des techniques formelles ou de reproduire des modèles européens, Aller encourage les enfants à peindre des images qui leur tiennent à cœur. La peinture de Laing reflète précisément cette impulsion. La plage qu’elle représente est le rivage de la maison de son enfance sur l’île de Vancouver, un endroit où elle jouait, nageait et tirait de l’eau une partie de sa nourriture. Elle la décrit plus tard simplement comme « notre porte d’entrée » : un espace où son père ramenait des bûches pour le chauffage hivernal, où la famille ramassait des crabes pour servir d’appât et des perches pour le repas, et où les enfants s’affrontaient à la natation, à l’aviron et à un jeu improvisé de tague au saut à la perche à l’aide de longs morceaux de cèdre. L’image porte en elle la mémoire sensorielle de cet environnement. Le rivage s’arque doucement sur la page, formant une frontière protectrice entre la terre et la mer. Aucune figure humaine n’apparaît, mais le tableau est rempli de présence. La terre elle-même devient la gardienne de la mémoire.
L’absence de maisons est également significative. « Je n’ai représenté aucune maison », explique Laing, « car je savais ce qui s’était passé dans certaines d’entre elles. » Le paysage devient un espace de liberté et d’appartenance. Le contraste avec la vie au pensionnat est viscéral : là-bas, se souvient Laing, on disait aux enfants « de marcher au pas partout : si on ne gardait pas la tête droite, on recevait des coups ». La plage offre tout le contraire. « On pouvait faire tout ce qu’on voulait », a-t-elle déclaré. « Juste s’amuser, être de vraies personnes et ne pas être des “petits soldats”. » La plage rappelle une époque antérieure à la séparation, lorsque les enseignements familiaux et les relations avec le monde naturel façonnaient la vie quotidienne.
Plus tard, Laing parle ouvertement du rôle de l’art dans son processus de guérison. En réfléchissant à la restitution de ses peintures d’enfance et à sa décision de les partager publiquement, elle explique : « Je veux raconter mon histoire. Je veux que les gens entendent le récit directement de la victime et découvrent ce qui s’est passé. Qu’ils comprennent ce que j’ai vécu et qu’ils le ressentent aussi. » Par cet acte de témoignage, Laing transforme une peinture d’enfance en une voix s’inscrivant dans l’histoire plus large des pensionnats autochtones. The Beach est plus qu’un simple souvenir d’enfant lié à un lieu. C’est un geste précoce de témoignage visuel qui préserve un lien avec la terre et la culture.
Collection de dessins d’enfants

Mark Atleo, Sockeye Salmon (Saumon rouge), des années 1960

Rhoda K. Awa (Rhoda Katsak), Untitled (Community Scene with Airplane) [Sans titre (Scène communautaire avec avion)], fin des années 1960

Jeffrey Cook, Raven (Corbeau), s.d.

Joseph Derrick, Untitled (Eagle and Figure) [Sans titre (Aigle et personnage)], v.1958-1960

Enfant stoney nakoda autrefois connu au pensionnat de Morley, dessin sans titre, s.d.

Gina (Daisy) Laing, The Beach (La plage), 1958

Phyllis Tate, Untitled (Stranger) [Sans titre (Stranger)], fin des années 1950-milieu des années 1960

Art Thompson, Untitled (Portrait) [Sans titre (Portrait)], fin des années 1950

James Wastasecoot, Untitled (Family Portrait) [Sans titre (Portrait de famille)], v. 1960