James Wastasecoot, Untitled (Family Portrait) [Sans titre (Portrait de famille)], v.1960

Drawing of a family. There are four members depicted.

James Wastasecoot, Untitled (Family Portrait) [Sans titre (Portrait de famille)], v. 1960., collection privée.

Imaginez avoir six, huit ou dix ans et arriver au pensionnat autochtone MacKay, à Dauphin, au Manitoba. Imaginez être arraché des bras de votre mère, placé dans un train ou dans un camion et emmené loin de tout ce que vous connaissez : les sons de votre langue, l’odeur de votre maison, le visage de votre père. Sans aucune explication qui ait du sens. Sans aucun réconfort qui vous soit offert. Seulement la terrible certitude que vous êtes seul et que les êtres qui vous aiment le plus se trouvent quelque part où vous ne pouvez pas retourner.


Voilà ce qu’a vécu James Wastasecoot. Enfant ininew (cri) de la Première Nation de Peguis, il arrive là vers l’âge de dix ans. Loin de chez lui, dans un établissement conçu pour le priver de tout ce qui fait de lui ce qu’il est, il pose un geste discrètement radical : il peint sa famille.


Quatre figures, réunies sur une seule feuille de papier. Sa mère. Son père. Sa sœur. Lui-même. C’est le manque rendu visible, moins un souvenir qu’un refus d’oublier. Les survivants qui ont fréquenté les pensionnats autochtones y reviennent sans cesse : le déchirement de la séparation, la terreur de lieux inconnus, la solitude des nuits où plus rien n’est familier. Jim écrit lui-même plus tard qu’il restait éveillé dans le noir, entendait le train siffler et pensait à son père, qui travaillait sur le chemin de fer de la baie d’Hudson, au mile 412. Il pleurait, tant la présence des siens lui manquait.


Cette peinture donne forme à ce manque. Elle représente ce qui lui manquait le plus et ce que le pensionnat n’a pas pu lui enlever : l’amour qu’il portait à sa famille, préservé de la seule manière possible pour un enfant qui ne dispose que de papier et de peinture. Aujourd’hui, les survivants, qui parlent ouvertement de leur expérience comme beaucoup n’ont pas pu le faire pendant des décennies, nous expliquent à quel point cette douleur était au cœur de leur vie. Pas seulement la cruauté des pensionnats, mais l’absence insoutenable de la famille. Ne pas savoir si l’on se souvenait encore de vous. Se demander si l'on se sentirait encore chez soi si l'on y retournait un jour.


Lorsque la peinture de Jim est restituée à sa famille cinquante-cinq ans plus tard, sa fille Lorilee fond en larmes. Jim lui-même n’a aucun souvenir de l’avoir créée. La peinture se souvient pour lui. Elle a gardé sa famille réunie pendant plus d’un demi-siècle, attendant d’être retrouvée. Voilà ce qu’est cette œuvre : non pas un artefact historique, mais une lettre d’amour qui a survécu.


Collection de dessins d’enfants

James Wastasecoot, Untitled (Family Portrait) [Sans titre (Portrait de famille)], v.1960 - Art Canada