Jeffrey Cook, Raven (Corbeau), n.d.

Jeffrey Cook, Raven (Corbeau), s.d., collection privée.
Jeffrey Cook, de la Première Nation Huu-ay-aht, en Colombie-Britannique, a réalisé Corbeau alors qu’il était au pensionnat autochtone d’Alberni, proposant une image saisissante de la mémoire culturelle. L’oiseau occupe la majeure partie du champ pictural, rendu en noir profond sur un fond pâle. Sa forme arrondie et son grand œil attirent l’attention, conférant à la figure une présence quasi iconique. L’économie de forme du tableau reflète l’instantanéité du regard d’un enfant tout en faisant écho aux traditions visuelles familières de la côte du Nord-Ouest.
Cook fréquente le pensionnat d’Alberni pendant treize ans et suit, après les heures de classe, des cours d’art dispensés par le professeur Robert Aller (1922-2008), qui encourage ses élèves à peindre à partir de leurs souvenirs et de leur expérience. Le Corbeau de Cook est sans doute né des souvenirs de l’environnement côtier de sa terre huu-ay-aht natale, où les corbeaux sont une présence constante tant dans le paysage que dans les récits. Dans les traditions de la côte du Nord-Ouest, le corbeau est une figure associée à la transformation, au savoir et à la création même du monde. En peignant cet être, le jeune Cook transpose sur le papier un symbole culturel important.

Jeffrey Cook, Family Curtain (Rideau familial), 2015, photographie de Jeffrey Cook.
Le langage visuel du tableau renforce ce sentiment de présence. La silhouette sombre se détache du fond avec force, et l’œil de l’oiseau semble alerte et vigilant. La composition est simple mais réfléchie, concentrant l’attention sur la créature elle-même. Il en résulte une image puissante qui évoque à la fois l’observation et la mémoire.
Des décennies plus tard, Cook retrouve ce tableau lorsque les œuvres réalisées dans les cours d’Aller sont restituées à leurs auteurs. Cook décrit l’émotion qu’il a ressentie en reconnaissant cette œuvre de sa jeunesse : « Quand nous avons quitté [le pensionnat], nous sommes simplement partis avec ce que nous avions. Nous n’avons jamais ramené nos effets personnels à la maison car ils étaient généralement jetés… C’est quelque chose de mon passé que j’ai vu et reconnu. »
Cook, qui a reçu en 1985 le nom traditionnel de son grand-père, Yaalthuu-a, occupe aujourd’hui la fonction de chef héréditaire au sein de la Première Nation Huu-ay-aht. L’image du corbeau figurant sur la peinture de son enfance a pris une nouvelle signification dans sa vie. Il a plus tard intégré ce motif dans le rideau familial, un textile cérémoniel qui retrace la descendance et l’histoire et qui sera transmis aux générations futures.
Réfléchissant à la signification du corbeau sur le rideau, Cook a expliqué :
J’ai passé treize ans dans le système des pensionnats autochtones, et cela faisait partie de mon histoire, de ce que je voulais transmettre aux générations futures. Lorsque j’ai ajouté le corbeau, même si je ne me souvenais pas précisément du tableau d’origine, j’ai demandé à certains de mes petits-enfants de m’aider à le recréer. Je voulais imaginer à quoi je ressemblais et ce que je ressentais lorsque j’étais enfant, et j’espère qu’ils porteront cet héritage à leur tour. Je n’avais jamais vraiment raconté cette histoire auparavant, mais je crois qu’elle a fait partie de mon cheminement vers la guérison.
Comme nous, les Survivants, avons conservé peu, voire aucun souvenir matériel de notre enfance, il était important pour moi de trouver un moyen de préserver mon tableau et de le transmettre au sein de ma famille, tout en partageant mon œuvre et mon histoire avec d’autres. J’ai utilisé mon tableau pour sensibiliser un vaste public à la réalité des pensionnats autochtones et à mon propre vécu, que ce soit dans les écoles publiques ou dans le cadre de programmes muséaux. Conformément à nos traditions, le rideau familial sera transmis à mon petit-fils. Lorsqu’il assumera son rôle de chef héréditaire, il le transmettra à son tour aux générations futures.
Le tableau que j’ai peint sur notre rideau témoigne officiellement des répercussions intergénérationnelles des pensionnats autochtones sur notre peuple. En intégrant mon tableau à notre rideau, mon intention est que notre peuple, le peuple nuu-chah-nulth, puisse voir cette histoire à travers nos propres traditions culturelles. C’est aussi une façon de continuer à transmettre notre vérité.
C’est ainsi qu’une œuvre d’art réalisée dans l’enceinte d’un pensionnat autochtone est devenue partie intégrante d’un récit culturel qui se perpétue. Corbeau constitue donc un témoignage de résilience et de continuité. Ce qui n’était au départ que la peinture d’un jeune élève est devenu un symbole durable d’identité, de mémoire et d’héritage culturel. À travers l’image du corbeau, Cook affirme un lien avec le récit et la terre qui se transmet de génération en génération.
Collection de dessins d’enfants

Mark Atleo, Sockeye Salmon (Saumon rouge), des années 1960

Rhoda K. Awa (Rhoda Katsak), Untitled (Community Scene with Airplane) [Sans titre (Scène communautaire avec avion)], fin des années 1960

Jeffrey Cook, Raven (Corbeau), s.d.

Joseph Derrick, Untitled (Eagle and Figure) [Sans titre (Aigle et personnage)], v.1958-1960

Enfant stoney nakoda autrefois connu au pensionnat de Morley, dessin sans titre, s.d.

Gina (Daisy) Laing, The Beach (La plage), 1958

Phyllis Tate, Untitled (Stranger) [Sans titre (Stranger)], fin des années 1950-milieu des années 1960

Art Thompson, Untitled (Portrait) [Sans titre (Portrait)], fin des années 1950

James Wastasecoot, Untitled (Family Portrait) [Sans titre (Portrait de famille)], v. 1960