Au lendemain du système des pensionnats et des externats autochtones, les descendants des survivants ont hérité non seulement d’histoires, mais aussi de silences — des brèches où la mémoire est blessée, les langues fracturées et les gestes incarnés immobilisés. Pour une grande partie de cette génération, l’art est la première langue par laquelle l'absence peut être dite, et les avenirs réanimés. Le principe cri des Plaines de kanawâpâtahmowin, soit le fait de voir avec responsabilité, offre une voie de réponse. Voir, en ce sens, n’est jamais passif. Il s’agit d’un acte relationnel : une volonté de faire face à ce qui a été dissimulé, sous des formes aussi bien intimes que publiques, et d’en demeurer redevable.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007
Silence hérité et témoignage intime

Des gens participent à une marche à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, Montréal, 30 septembre 2023, photographie de Graham Hughes / La Presse canadienne.
Comme l’a souligné la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), le témoignage ne s’arrête pas aux déclarations orales ni aux documents d’archives. Il se perpétue à travers les pratiques de création par lesquelles les survivants et leurs descendants portent la mémoire vers l'avenir. La CVR a appelé à renouveler l’attention portée aux systèmes de savoir, aux langues et aux arts autochtones en tant que modes vivants de transmission de la vérité. Les artistes réunis ici répondent à cet appel sous forme d'illustration plutôt que de prolongement, transformant le savoir visuel en un moyen de se réapproprier la parenté, de panser le silence et d’imaginer des avenirs ancrés dans la responsabilité.
Dans ce contexte, le kanawâpâtahmowin désigne précisément ce que ces artistes pratiquent : une façon de voir qui transforme le poids hérité en une relation continue. En plus des récits, ces nouveaux artistes héritent d'une façon de comprendre le monde que les survivants ont portée à travers leur travail. Ils répondent à la génération précédente en prolongeant son savoir visuel : là où les survivants ont transformé le silence en témoignage, leurs descendants mettent l’accent sur la continuité et la création de l’avenir. Aujourd'hui, le kanawâpâtahmowin n’est pas simplement préservé, il est réactivé, façonné par des expériences contemporaines, des relations en évolution et des responsabilités changeantes. Leur art devient une conversation continue à travers le temps, où le passé, le présent et l’avenir sont témoins les uns des autres grâce à l'image, la forme et la matière.
Ces artistes sont les héritiers du silence. Pourtant, leurs œuvres ne sont pas muettes. Ils transforment le deuil en témoignage visuel et la mémoire en parenté. Leur art va au-delà du simple témoignage du passé : il réanime les relations que le système des pensionnats a tenté de rompre. Par la peinture, le dessin au fusain, le perlage, la photographie, la performance et la cérémonie, ils poursuivent l’œuvre inachevée de leurs prédécesseurs dans la transmission de la vérité, conçue comme une continuité plutôt que comme une confession.
Les scènes domestiques empreintes de tendresse que Jim Logan (né en 1955) a peintes des décennies avant la prise de conscience publique du drame des pensionnats autochtones donnent le ton de ce tournant générationnel. Ses enfants solitaires sous les vastes ciels nordiques du Yukon évoquent la discrète persistance de l’amour dans des paysages cicatrisés par l’absence. Logan peint les espaces où la langue échoue, où les maisons restent à demi éclairées et où les lignes électriques s’affaissent comme une mémoire fatiguée, étirée jusqu’à la corde. Par son pinceau, il donne forme au silence.

Jim Logan, Shaman (Chaman), 2008, acrylique sur toile, 29,1 x 40,6 cm, Gallery Gevik, Toronto.

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022, portes en bois récupérées, oiseaux et personnage en contreplaqué, dimensions variables (installation : 365,8 × 243,8 × 274,3 cm), collection privée.
Dans ses peintures, ses murales et ses œuvres sculpturales, Michael Barber (né en 1967) inscrit l’endurance dans un rituel collectif. Son œuvre A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022, sculptée dans des portes altérées par le temps et présentant des oiseaux suspendus, rassemble le souvenir de sa grand-mère qui a survécu au Mohawk Institute. Chaque élément porte l'empreinte du temps : la peinture écaillée, les coulures de résine, le contact de nombreuses mains. Grâce à des ateliers de sculpture communautaires, Barber transforme le souvenir en une cérémonie partagée, élargissant le kanawâpâtahmowin au-delà de la vision individuelle pour en faire une participation collective. Ici, le témoignage devient un acte collectif, une réparation par la relation.

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021, médiumTK, dimensionsTK.
De ces gestes de sollicitude émergent de plus jeunes artistes, comme Saige « Nalakwsis » Mukash, qui déploient le souvenir dans l’espace collectif. L'œuvre de Nalakwsis, 415 Braids (415 tresses), 2021, créée en réaction à la découverte de tombes d'enfants sur le site du pensionnat autochtone de Kamloops, prolonge cet acte de témoignage collectif. Chaque tresse représente un enfant, retrouvé ou toujours disparu, et transforme le deuil par la discipline de la répétition. Dans de nombreuses cultures autochtones, les cheveux incarnent l’esprit : leur coupe marquait une violence profonde. Nalakwsis se réapproprie ce geste en transformant la rupture en lien et le deuil en continuité. Largement partagée en ligne, l’œuvre est devenue un mémorial numérique et un point de ralliement pour un deuil qui transcende les frontières des communautés et des lieux. Par son insistance tranquille, 415 tresses affirme que la transmission de la vérité doit être à la fois personnelle et collective, ancrée dans le souvenir et le renouveau.
Ce changement de génération devient particulièrement manifeste chez les artistes dont les pratiques prolongent le témoignage par une action incarnée et relationnelle. C’est notamment le cas du travail de performance de Peter Morin (né en 1977). Les performances interconnectées de Morin honorent les enfants qui n’ont pas survécu aux pensionnats en activant des relations entre des collaborateurs humains et plus-qu'humains. À travers le masque, la couverture à boutons, le tambour, le hochet, le feu et le chant, il active la présence de ces outils vivants, les traitant comme des partenaires de scène dotés d'une capacité d'agir et d'une intention. Plutôt que de rejouer le traumatisme, Morin crée des atours cérémoniels destinés aux esprits des enfants, leur offrant de quoi danser. De cette manière, sa pratique fait écho aux dessins d’enfants abordés plus tôt. Ces dessins font plus que simplement consigner la souffrance : ils affirment une présence, une relation et une continuité. À l’instar de ces dessins, les performances de Morin refusent de se laisser enfermer dans le seul traumatisme. Elles font place au mouvement, à la cérémonie et à la vie qui continue. Ses actions transforment les musées et les galeries en espaces de cérémonie, de parenté et de sollicitude. Morin positionne la performance comme un système relationnel du droit autochtone et de la survivance — une présence active bien au-delà de la simple survie —, où l’art se fait médecine, témoin et continuation.

Vue de l’exposition her name is Edzūdzah: Peter Morin and Janell Morin, à la Smithers Art Gallery, montrant au premier plan Tahltan Territory Button Blanket (Couverture à boutons du territoire tahltan) (une carte du territoire fondée sur un dessin réalisé par James Teit après une conversation avec des dirigeants tahltans chevronnés en 1910), Smithers, Colombie-Britannique, 2022, photographie de Michelle Gazely.
Chacun de ces artistes travaille dans le respect d’une éthique du kanawâpâtahmowin, qui consiste à voir avec et pour les autres. Leur art cherche moins à dépeindre la douleur qu’à réanimer la relation au travers des générations, entre ceux qui regardent et ceux qui sont vus, entre les vivants et ceux dont on a éteint la voix. En cela, ils portent les appels de la CVR au-delà de la documentation pour les inscrire dans le renouveau. Plutôt que de fermer les blessures, leurs œuvres les maintiennent ouvertes à la lumière. Elles nous rappellent que la vérité n’est pas un récit figé, mais une relation vivante, une conversation continue entre le passé et le présent, l’image et le spectateur, le deuil et la grâce. À travers eux, les descendants du silence réclament leur voix en portant le passé vers l’avant, une ligne, un geste, une tresse à la fois.
La métaphore comme deuil et résistance
Alors que le silence et le témoignage intime mettent en œuvre des façons de voir autochtones, un autre groupe d’artistes utilise la métaphore pour pratiquer le kanawâpâtahmowin avec sollicitude, nous rappelant qu’il existe certains espaces où le Canada préfère ne pas regarder. Si la génération précédente d’artistes a hérité du silence, celle-ci le façonne à nouveau, transformant le deuil en matière et la mémoire en forme. Dans leurs œuvres, le kanawâpâtahmowin dépasse l’acte de témoignage pour s’inscrire dans la réciprocité. Chaque artiste opère un retour à la relation : avec les ancêtres, avec la terre, avec la communauté. Ce qui commence dans la tristesse devient, par le miýikosiwin — le don de vision et de créativité comme force vitale —, une pratique de création qui soutient la vie. En ce sens, la métaphore elle-même devient cérémonie, transformant les résidus du traumatisme en souveraineté visuelle.

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023, boîte lumineuse à DEL avec transparence chromogène contrecollée, 187,9 x 203,2 x 12,7 cm.
Chez cette génération, l’élan visant à restaurer la relation s’exprime à travers l’abondance matérielle, la retenue et le geste. Dana Claxton (née en 1959) voile ses sujets sous le perlage et le cèdre ; Rebecca Belmore (née en 1960) se scelle la bouche avec du ruban adhésif ; Greg Staats (né en 1963) répète les mots « do’-gah » — « je ne sais pas » — dans un rythme tranquille ; Duane Linklater (né en 1976) réorganise la syntaxe visuelle et linguistique pour déstabiliser les façons de voir coloniales ; Alan Syliboy (né en 1952) peint l’énergie ancestrale à travers des glyphes mi'kmaw ; Edward Poitras (né en 1953) superpose aux archives coloniales le vacillement du rire de Coyote. Chacun transforme la métaphore en une forme de cérémonie, où la beauté, le silence et l’endurance s’unissent comme actes de résistance.
Claxton ouvre ce mouvement avec sa série Headdress (Coiffe), où des femmes sont enveloppées dans leurs propres atours cérémoniels, les visages dissimulés, les corps rayonnants. Ce que la photographie coloniale cherchait autrefois à exposer, elle le cache dans la splendeur. Le geste est protecteur mais exubérant : une abondance en guise de rébellion. Chaque perle, brin de cèdre ou médaillon étincelant devient une langue d’appartenance, une archive de la parenté. Le regard du spectateur, habitué à la révélation, se confronte plutôt à la relation. C’est le kanawâpâtahmowin mis en œuvre à travers un objectif : voir non pas pour s’approprier, mais pour honorer. Les portraits de Claxton nous rappellent que couvrir peut en fait révéler, et que la beauté elle-même peut porter le poids du témoignage.
Là où les voiles de Claxton s’expriment dans la splendeur, Belmore répond par le silence. Dans Apparition, 2013, elle s’agenouille devant un fond blanc, la bouche scellée par du ruban adhésif, écho brutal de l’éradication linguistique imposée aux enfants des pensionnats autochtones, y compris ses propres frères et sœurs. Lorsqu’elle arrache le ruban mais demeure sans voix, elle expose le gouffre entre l’arrachement et la réparation. Le silence, ici, n’est pas une absence. C’est le son de l’endurance. L’immobilité de Belmore résiste à la traduction, nous rappelant que la réconciliation exige une écoute plus profonde que la parole. Son corps devient à la fois blessure et offrande, son silence un hymne pour ceux qui ont perdu leur langue, mais pas leur voix.

Rebecca Belmore, Apparition, 2013, installation vidéo sur mur peint, Morris and Helen Belkin Art Gallery, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver.

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020, impression pigmentaire d’archives sur toile montée sur châssis de pin, huile, terre, cendre de tabac indien (édition 2 sur 3), 142 x 175,3 x 2,5 cm, Centre d’art Agnes Etherington, Université Queen’s, Kingston.

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23, cinq perches de tipi, peinture, peinture en aérosol, corde, bâche, lustre en laiton, pierre, boîte en bois, chariot, 196 x 706 x 140 cm.
Tandis que Belmore maintient le silence comme un absolu, Staats trouve la cérémonie dans le plus petit des gestes : un haussement d’épaules. Dans sa performance Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] (Do’-gah – Je ne sais pas [haussement d'épaules]), 2020, il invite autrui à répéter la phrase et le mouvement encore et encore, jusqu’à ce que l’incertitude devienne un rythme de refus. Ce qui pourrait passer pour du doute devient plutôt une discipline ancrée dans une épistémologie autochtone de la retenue. Dans la répétition, Staats affirme la souveraineté de ne pas tout dire, de garder sacré ce qui doit rester au sein du cercle. Son œuvre nous rappelle que la transmission de la vérité inclut le droit de protéger. Pour Staats, la sollicitude et la résistance ne font qu'un : garder le silence est en soi un acte d’amour.
Pour Syliboy, le deuil se fond dans l’éclat. Ses peintures, issues des traditions de pétroglyphes mi'kmaw enseignées par sa mentore Shirley Bear (1936-2022), vibrent de couleur et de mouvement. Dans Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997, une figure matriarcale lumineuse insuffle du rouge et de l’or sur la toile, sa forme entourée de symboles de continuité spirituelle. Syliboy appelle cela « peindre la prière », un chant visuel de la famille et de la survie. Chaque trait réveille des enseignements ancestraux qui devaient autrefois se cacher sous les pupitres d’école et dans une langue chuchotée. Son art transforme l’étouffement en rythme, remplaçant la rigidité des leçons coloniales par la syntaxe fluide de la parenté.

Pétroglyphes du parc national et lieu historique national Kejimkujik, Nouvelle-Écosse, photographie d’Alan Syliboy.

Shirley Bear, Basket Weaver (Vannière), 1988, gravure sur bois sur papier, 64 x 47 cm, Galerie d’art de l’Université Carleton, Ottawa.
Linklater aiguise ce virage vers la métaphore en mettant en scène la langue elle-même comme un lieu de contrainte coloniale. Dans i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/2023, des perches de tipi posées sur un chariot soutiennent un lustre de cristal déplacé, formant une syntaxe spatiale qui bouscule les habitudes occidentales de voir. L’œuvre ne rejette pas tant l’anglais qu’elle ne le repositionne, invitant le spectateur à reconnaître comment la perception est gouvernée par les cadres linguistiques et à réintégrer les grammaires autochtones de la relation. Ici, voir devient un acte de réalignement éthique plutôt que de maîtrise — le lustre déplacé, les perches réutilisées, la grammaire de l’appartenance rétablie.
Poitras amène ce courant à un point de précision intellectuelle. Dans Don’t Speak (Ne parle pas), 2015, une installation sous forme de panneau publicitaire, il superpose des bulles de parole et de pensée aux couleurs vives sur une photographie d’archives montrant des jeunes filles dans un pensionnat autochtone. Ses installations, dont Rez Girls (Filles de la réserve), 1998, s’attaquent à la logique bureaucratique des archives en recadrant les documents et les photographies d’enfants autochtones de sorte que le spectateur doit se pencher de près, lisant au travers de la transparence et de la lumière. Ce faisant, il transforme les instruments de contrôle en lieux d’attention. L’acte de voir devient cérémoniel — un lent désapprentissage du regard colonial.

Edward Poitras, Rez Girls (Filles de la réserve) (détail), 1998, épreuve photographique transparente et pages de livre encadrées sur une tablette, chaque élément mesurant 15 x 10 cm, Collection d’art de l’Université de la Saskatchewan, Saskatoon.
Un point commun unit ces artistes : la conviction partagée que la beauté, la retenue et la métaphore peuvent transmettre la vérité plus profondément que la déclaration, que ce soit par la parure, le silence, le toucher ou, comme dans l’œuvre de Linklater, la réorganisation de la syntaxe visuelle et linguistique elle-même. Les ornements de Claxton, le silence de Belmore, le haussement d’épaules de Staats, la lumière de Syliboy et les pages superposées de Poitras sont autant de langages de la relation. Chacun transforme la perte en une forme d’endurance, insistant sur le fait que l’art est un mode de connaissance et de relation. Leurs gestes de couverture, de haussement d’épaules, de peinture et de recadrage forment une chorégraphie de la sollicitude. Ce qui les lie relève de l’esprit plutôt que du style : un refus de laisser le deuil stagner et la conviction que le deuil peut se mouvoir.
Si la première génération de transmetteurs de vérité témoigne de la dévastation, cette nouvelle génération témoigne de la continuité. Elle montre que la réconciliation ne se trouve pas dans le spectacle ni dans le dénouement, mais dans une attention soutenue. Dans le fait de voir, d’écouter et de toucher avec respect. Au lieu de symboliser la différence, leurs métaphores sont des invitations à entrer dans le cercle. Pratiquer le kanawâpâtahmowin, c’est se joindre à eux : voir avec responsabilité, ressentir sans posséder, se souvenir à travers la beauté.
Mémoire publique et témoignage matériel
Les monuments publics sont des lieux où le kanawâpâtahmowin façonne à nouveau le regard national. Si les générations précédentes ont fait émerger la vérité par l’intime et la métaphore, les artistes réunis ici portent ces vérités dans l’espace public, où le souvenir devient partagé, visible et durable. Leurs œuvres transforment le paysage physique du Canada, ses musées, ses institutions et ses rues, en un terrain de confrontation active. Le cèdre, le cuivre, le verre, le néon, la pierre : chaque matériau devient un vecteur de mémoire, liant ce qui est vu à ce qui a longtemps été gardé hors de vue. Le kanawâpâtahmowin nous apprend à regarder au-delà du monument en tant qu'objet pour le considérer comme une relation : un échange vivant entre l’histoire, la terre et le spectateur. Ces œuvres rendent l’histoire tangible. Non pas pour la figer, mais pour la maintenir en mouvement.

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins) (détail), 2013-2014, installation multimédia, 3,2 x 12,2 m, Musée canadien pour les droits de la personne, Winnipeg.
Au cœur de ce mouvement, un champ de cèdre rassemble les fragments de l’architecture cachée des torts infligés par une nation : des portes, des recueils de cantiques, des chaussures d’enfants, des tresses de cheveux, des morceaux de brique et des photographies. Dans Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014, de Carey Newman (né en 1975), plus de huit cents de ces offrandes sont disposées dans ce qui peut sembler être un mur, mais qui est en réalité un réceptacle, une étreinte qui exhale l’odeur du cèdre et la trace d’un travail dévoué. L’objet est indissociable de sa fabrication : visites communautaires, permissions demandées, histoires reçues, des mains portant le poids des choses. Même sous forme numérique, sa dimension cérémonielle et relationnelle persiste. « Il ne s’agit pas de tourner la page », rappelle Newman, « mais de responsabilité. » La couverture redéfinit la monumentalité comme une réciprocité ; elle invite le spectateur à entrer dans l’œuvre comme dans une relation et à en repartir avec un devoir.
Là où la couverture enveloppe, une façade peinte fait front. Neon Reconciliation Explosion (Explosion de réconciliation au néon), 2020, de Luke Parnell (né en 1971), recompose un devant de maison de la côte du Nord-Ouest en acrylique sur contreplaqué de bouleau. Cinquante-cinq collaborateurs le transforment en un papillon de néon où chaque panneau incarne une interprétation personnelle de la réconciliation. Pourtant, l’interruption est peinte au cœur même de l’œuvre, avec une entrée inachevée portant les initiales de Colten Boushie et de Tina Fontaine. Le panneau non peint refuse le mensonge apaisant de l’achèvement. Entre l’illumination et le vide, la précision de la ligne de contour prononcée rencontre l’urgence du néon : l’œuvre soutient une conversation publique dont la résolution demeure en suspens. La façade de la maison abrite et expose à la fois, insistant sur le fait que la justice, loin d’être une réflexion d’après coup, est un seuil toujours ouvert.
Le vitrail Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l'avenir)], 2012, de Christi Belcourt (née en 1961), est un cycle suspendu de cérémonies au-dessus du seuil du Parlement. Construite à partir d’une immense accumulation de pièces de verre coupées individuellement, l’œuvre forme un arc allant de l’équilibre antérieur aux premiers contacts jusqu’au futur, où un danseur au tambour brise le silence, en passant par les dévastations du système scolaire. Les motifs de perlage métis brillent à la lumière, transformant les couloirs du pouvoir en un passage à travers la beauté. Le titre en anishinaabemowin invite le spectateur à se tenir à l’intérieur du cercle, et non à l’extérieur. Ici, on fait passer la loi sous la cérémonie ; on demande à la gouvernance de marcher à la lumière de la relation. Le miýikosiwin, la connaissance par la création, brille dans chaque tesselle.

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)] (panneau de la Mère Nature), 2012, verre, métal, plomb, fer, 125 x 339,8 cm, Édifice du Centre, colline du Parlement, Ottawa.

Artiste anishinaabe ou tsuut’ina autrefois connu, sac en bandoulière (détail), 1900-1919, toile de coton, velours, perles de verre, galon et fil de laine, fil de coton, 39,5 × 116 cm, Musée McCord Stewart, Montréal.
Le cèdre prend ensuite le relais avec 7IDANsuu James Hart (né en 1952). Son Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017, dressé sur le territoire musqueam, prolonge cette éthique de la création comme relation : des enfants grimpant vers la lumière. La réconciliation n’est pas un nom, mais un verbe ; elle est enfilée, martelée, sculptée, partagée. Voir ces œuvres, c’est être invité à contribuer à leur création, si ce n’est dans le bois et le métal, du moins dans les politiques, l’enseignement et la sollicitude.

(Mât) 7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017, cèdre rouge et jaune, peinture, cuivre, ormeau, 1,516 x 147 x 147 cm; (base) Kayám Richard Campbell et 7IDANsuu James Hart, θəʔit (Truth) [θəʔit (Vérité)], 2023, bronze, 485 x 485 cm, Galerie Morris and Helen Belkin, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver.
La mémoire publique, ici, est plus que monumentale : elle est incisive, critique et contemporaine. Dans Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021, Tim Moore (né en 1974) empile cinq cents gommes à effacer estampillées en une tour précaire au-dessus d’une carte déchirée de la Saskatchewan. Là, l’instrument de l’effacement devient un refus vertical. Les chiffres autrefois utilisés pour quantifier la dépossession réapparaissent sous la forme d’une colonne d’endurance. Dans White Flag (Drapeau blanc), 2015, Emma Hassencahl-Perley (née en 1995) colle des fragments déchiquetés de la Loi sur les Indiens sur le rouge du drapeau canadien, bien que ce rouge « brille toujours au travers ». Les deux artistes réutilisent des débris juridiques pour en faire des contre-symboles, rendant la critique matérielle et visible.
Dans la sphère domestique que le système scolaire cherchait à discipliner, Tania Willard (née en 1977) grave Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007, une estampe sur bois à l’encre d’or. Des femmes y apparaissent en prière et en servitude, la répétition des lignes gravées faisant écho au travail cyclique du soin et de la vannerie autour desquels l’œuvre est présentée. La pièce recadre le « travail des femmes » comme une forme de souveraineté : ces compétences mêmes que les institutions coloniales ont tenté de dévaluer portent la culture vers l’avant. La mémoire publique, affirme Willard, doit également être féministe et décoloniale, ancrée dans les formes quotidiennes d’endurance qui maintiennent les communautés en vie.

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007, encre sur papier, 66,4 x 101,9 cm, Musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique, Vancouver.
Ces artistes nous rappellent que la transmission de la vérité n’est pas la fin de la réconciliation. Elle en est le début. Leurs monuments respirent, ils vieillissent, ils attendent que de nouvelles mains les touchent, en soient témoins et s’en souviennent. L’espace public n’est pas une archive close, mais un champ de relation ouvert. Les œuvres qui s’y trouvent nous enseignent que la guérison ne se trouve pas dans l’oubli, ni même dans le pardon, mais dans l’acte continu de rendre visible : témoigner avec humilité, beauté et attention, au grand air.
Diaspora de la mémoire : retour et regard relationnel
À travers la distance et le retour, le kanawâpâtahmowin devient un moyen de reconnexion. Les artistes autochtones ont porté des histoires à travers des séparations à la fois géographiques, psychiques et ancestrales. L’héritage des pensionnats et des externats autochtones a dispersé les familles, fracturé les langues et déplacé les communautés loin de leurs terres. Pourtant, de cette dispersion surgit une force de résistance qui perdure : la volonté de revenir. Le retour est physique, mais il est aussi spirituel et créatif. C’est le kanawâpâtahmowin mis en œuvre à travers la distance : voir avec une responsabilité qui reconnecte ce qui a été divisé ; le miýikosiwin, le don de vision, de créativité et de vie qui réanime ce qui a été dispersé. Grâce à ces principes entrelacés, la mémoire devient mouvement et la perte se transforme en relation.

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017, impression giclée sur papier pressé à froid, 121,9 x 159,8 cm.
Meryl McMaster (née en 1988) se tient sur le seuil entre passé et émergence. Dans Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017, elle confronte la voix coloniale de Duncan Campbell Scott, architecte du système des pensionnats autochtones, en plaçant son corps contre une plantation de pins à la géométrie rigide. La forêt, disciplinée et symétrique, se fait l’écho de l’architecture de contrôle. Pourtant, la neige vient perturber cet ordre. Dans une œuvre textuelle d'accompagnement, le poème de Scott, « The Onondaga Madonna », est recopié de la main d’un enfant. À mesure que les lignes descendent, les mots se brouillent et s'effacent, transformant la maîtrise en désapprentissage. Par cette inversion, McMaster se réapproprie l’autorité d’auteur : l’écriture de l’enfant devient une réécriture de l’intérieur. Son œuvre incarne le miýikosiwin — la créativité comme force vitale —, où l’acte même de voir devient un acte de création renouvelée.
Si McMaster se tient sur le seuil, Quill Christie-Peters, elle, le déploie jusqu'au cosmos. Dans Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat de Ste. Margaret et de tout ce qu'il n'a pu contenir), 2018, elle traduit le souvenir que son père gardait de l'établissement en un champ céleste où l’école se dissout dans des constellations et des ciels rouges tourmentés. Peinte dans la palette vive de l’École de Woodland (à l'instar de celle de Daphne Odjig [1919-2016]), l’œuvre transforme l’enfermement en expansion. Christie-Peters s’aligne sur le kanawâpâtahmowin dans son sens le plus large : la vision qui perçoit la relation entre tous les êtres. Sa peinture transforme le traumatisme en lumière et le souvenir en une parenté cosmique.

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018, acrylique sur toile, 60,9 x 91,4 cm.

Daphne Odjig, Water Spirits (Esprits de l’eau), 1968, acrylique sur papier, 52,1 × 71,1 cm, collection privée.
Dionne Paul ramène cette vision au cœur de l'intimité familiale. Dans Her First Day of School (Son premier jour d’école [à elle]), 2013, et His First Day of School (Son premier jour d’école [à lui]), 2013, elle superpose des images d’archives d'uniformes de pensionnats autochtones sur des photographies de ses propres enfants de quatre ans, prêts pour leur rentrée dans les classes d'aujourd'hui. Leurs gestes, les mains posées sur les yeux, les oreilles et la bouche, incarnent l’héritage du silence imposé. Par la superposition numérique, Paul abolit le temps : ses enfants habitent le passé et le présent à la fois. Le résultat n’est pas la nostalgie, mais plutôt la vigilance. La réconciliation, nous rappelle-t-elle, vit dans les actes quotidiens de bienveillance qui protègent les nouvelles générations des torts hérités. C’est le kanawâpâtahmowin rendu intime : voir ses propres enfants avec responsabilité, soutenir la vie par l’attention et l’amour.

Oakley Rain Wysote Gray, Nmis (Sœur), tirée de Mei Eimotieg (Nous sommes toujours là), 2021, coton, soie dupioni, perles, suède, fourrure, métal.
De la sollicitude à la cérémonie, Oakley Rain Wysote Gray transforme le deuil en mouvement. Son œuvre Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape au cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021, est à la fois un vêtement et un témoignage : un tissu cramoisi profond orné d’un perlage aux motifs de double courbe et d’un cœur fendu en deux. « Le sang », explique Gray, « est là pour honorer les ancêtres qui ont subi l’effusion de sang de la colonisation. » Et la cape ne laisse pas ce sang immobile. Portée lors de performances, elle bouge comme le sang lui-même, fluide et porteuse de vie, car, comme le soutient Gray, « chaque tenue a sa propre histoire à raconter, certaines plus traumatisantes que d’autres, mais elles ont besoin d’être entendues et vues ». L’acte de coudre et d’enfiler des perles devient prière, une incarnation du miýikosiwin en tant que force vitale créative qui rétablit le lien.
Rain Cabana-Boucher rassemble ces gestes dans un rituel discret. Son projet continu Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024, répond à la découverte de tombes anonymes sur les sites d'anciens pensionnats. En perlant et en photographiant chaque offrande florale, elle transforme le souvenir en tâpasinahikêwin, une façon de faire émerger la vérité par le geste plutôt que par la ligne. Chaque perle devient une graine de relation ; chaque image, une prière tendue vers l’extérieur. En ralentissant le processus, en travaillant perle par perle, image par image, Cabana-Boucher résiste à la vitesse de la consommation, insistant sur le fait que le deuil doit être entretenu et non exposé. Son art met en œuvre le kanawâpâtahmowin par le témoignage et le miýikosiwin par la sollicitude, ce qui redonne vie à la mémoire.
Ensemble, ces artistes incarnent le mouvement comme témoignage. Aucun n’est attaché à un seul moyen d'expression ou à une seule géographie. Leurs pratiques voyagent comme des récits portés par le vent et la mémoire. McMaster marie photographie et performance, Christie-Peters évolue entre peinture et espace numérique, Paul transforme photographie de famille en mémoire politique, Gray fusionne mode et cérémonie, et Cabana-Boucher transforme le perlage en prière collective. À travers eux, le kanawâpâtahmowin évolue d’une éthique du voir vers une éthique du mouvement, tandis que le miýikosiwin affirme le pouvoir générateur de la créativité elle-même.
Dans ce mouvement, la diaspora est redéfinie. S’élevant au-dessus d’une condition de perte, elle est un champ de relation, un rassemblement de ce qui a été dispersé. Ces artistes, dont plusieurs vivent dans des contextes urbains ou mixtes, réimaginent l’appartenance au-delà de la géographie, révélant que les séquelles des pensionnats ne sont pas simplement une blessure à guérir, mais un horizon de renouveau. La terre se souvient lorsque les familles se dispersent et les récits persistent lorsque les langues faiblissent. Par le miýikosiwin, ils rendent cette persistance visible sous la forme d’un mouvement vers l’avenir plutôt que d’un retour vers le passé.

Michelle Sound, Sipikiskisiw (Remembers Far Back) [Sipikiskisiw (Se souvient d’un passé lointain)], 2023, photographie d’archives et carte sur papier, fil à broder, croquet, perles anciennes, perles tubulaires, perles de rocaille en verre, touffetage de caribou, piquants de porc-épic, abribus Telus Transit, Edmonton.
Plutôt qu’un parcours linéaire allant du passé vers le présent, la réconciliation forme un cercle générateur qui se déploie en spirale à travers la vision, la création et la vie. Compris à travers le prisme du kanawâpâtahmowin, l’art unit les artistes, les spectateurs, les ancêtres et les descendants au sein d’une responsabilité continue. Chaque génération rencontre la suivante dans des pratiques façonnées par le kanawâpâtahmowin et le miýikosiwin, où voir avec responsabilité, créer au service de la vie et transmettre le savoir sont des pratiques continues. Au sein de ce cercle, l’art unit les générations et soutient les relations vivantes entre les ancêtres, les descendants, la terre et la langue : il est preuve de souffrance, mais aussi renouveau de l’être par la relation. Chaque œuvre se tourne vers la mémoire pour s’activer dans le présent. Dans chaque coup de pinceau, dans chaque perle et dans chaque souffle, les artistes réunis ici proclament que la vision autochtone perdure : vivante, capable d’adaptation et ancrée dans la relation.

