Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Gallery installation of a sprawling panorama of decorated wooden frames.

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014, installation multimédia, 3,2 x 12,2 m, Musée canadien pour les droits de la personne, Winnipeg.

La Couverture des témoins, créée par l’artiste hayalthkin’geme, kwakwaka’wakw et salish de la côte Carey Newman (né en 1975), se compose de 887 objets — briques, tresses, pupitres d’école, photographies — recueillis auprès de soixante-dix-sept communautés autochtones. L’œuvre est encadrée de cèdre, évoquant les qualités protectrices et cérémonielles d’une couverture tissée. Chaque objet est un témoin, porteur du poids de la mémoire et de la force de la survie à travers l’ère des pensionnats autochtones. Parmi eux se trouve un dessin d’Art Thompson (1948-2003), réalisé pendant sa jeunesse au pensionnat indien d’Alberni à la fin des années 1950 et découvert par Newman après la mort de Thompson. Placé près du centre supérieur de l’installation, il ancre l’œuvre dans les actes créatifs vécus de ceux qui ont subi le système; il fait l’objet d’une analyse plus détaillée dans le chapitre « Les dessins d’enfants comme actes de vérité » de ce volume.


Le lien personnel de Newman avec le projet approfondit la puissance relationnelle de l’œuvre. En effet, Le projet est ancré dans l’expérience du père de Newman, Victor, qui a fréquenté le pensionnat de St. Mary’s à Mission, en Colombie-Britannique. Le parcours de Victor, du silence à la guérison par le témoignage, reflète le mouvement plus large par lequel les communautés autochtones se réapproprient leur souveraineté narrative. Le processus de collecte qui a mené à La Couverture des témoins, qui a duré dix-huit mois et qui a permis de rassembler des objets allant d’une botte d’enfant de Carcross, au Yukon, à un galet d’Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, relève d’un acte cérémoniel de mémoire. Ces objets ne sont pas de simples artefacts; ils sont porteurs d’esprit, de récits et de résistance, contrant l’effacement colonial que les pensionnats cherchaient à imposer.


Plutôt que d’offrir un dénouement, La Couverture des témoins perturbe le désir colonial d’une réconciliation linéaire. Sa composition fragmentée, des éléments provenant d’écoles, d’églises et de sites culturels, incarne les ruptures causées par le génocide culturel, tel que documenté par la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Le cadre en cèdre, qui renvoie aux traditions salish de la côte et kwakwaka’wakw, affirme la présence et la souveraineté autochtones. Bien plus qu’un mémorial passif, l’œuvre est un lieu actif de témoignage éthique, appelant les colons et les peuples autochtones à entrer en relation et à assumer leur responsabilité.


La Couverture des témoins transforme le traumatisme en témoignage et s’inscrit dans l’esprit de la transmission de la vérité et de la réconciliation. Ici, l’art devient un acte souverain de témoignage. L’assemblage collectif des objets reflète la force de la parenté et de la communauté. Son caractère inachevé rappelle que la réconciliation est un processus continu.


Point important, l’œuvre critique aussi les cadres institutionnels de propriété. L’entente de « document vivant » conclue par Newman avec le Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP), à Winnipeg, résiste au transfert conventionnel de titre de propriété et adopte plutôt un modèle relationnel ancré dans les principes autochtones de traité, de responsabilité continue et de réciprocité. Cette approche, détaillée dans Picking Up the Pieces (Recoller les morceaux) (2019), garantit que la couverture demeure une entité vivante, attentive aux voix des communautés et aux compréhensions en évolution. Mesurant douze mètres de long et deux mètres et demi de haut, elle s’impose comme une présence physique et spirituelle, une archive souveraine qui exige engagement, réflexion et action. La Couverture des témoins est non seulement un pilier de l’art autochtone contemporain, mais aussi un appel à soutenir les vérités autochtones, à honorer les survivants et à cheminer ensemble vers la justice. Elle rappelle que la mémoire, loin d’être statique, est cérémonielle et vivante.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014 - Art Canada