Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parlez pas), 2015, projet de panneau d’affichage sous le commissariat de Lori Blondeau, coprésenté par AKA Artist-Run, PAVED Arts et TRIBE Inc., Saskatoon, photographie de [xxxx].
Installée sous la forme d’un panneau publicitaire à grande échelle surplombant une rue de Saskatoon, Ne parle pas, de l’artiste cri et métis Edward Poitras (né en 1953), arrache aux archives une photographie de 1909 montrant des écolières autochtones en uniforme au pensionnat de Lac La Ronge (All Saints), en Saskatchewan, pour la projeter dans l’espace public. Le portrait de classe en tons de gris, où des rangées de filles en robes rayées se tiennent devant une cour clôturée, est recouvert numériquement de bulles de parole et de pensée de style bande dessinée, aux couleurs vives et acidulées. Une bulle écarlate près du haut ordonne : « Shhhhh… DON’T SPEAK (ne parle pas) »; une autre, minuscule, répond : « OK ». La plupart flottent, muettes, vides ou remplies seulement de couleurs abstraites. Sur la photographie assourdie, ces intrusions graphiques éclatent comme des avertissements, nous forçant à relire ce qui aurait autrefois pu passer pour une photo d’école anodine.
Les bulles accomplissent un double travail. Elles nomment la répression linguistique au cœur du système des pensionnats — les enfants punis pour avoir parlé le cri, le déné, le saulteaux ou d’autres langues maternelles — tout en signalant l’intériorisation de ce silence imposé. Puisque l’injonction semble surgir de la pensée d’un enfant, l’autorité a migré vers l’intérieur; la censure habite désormais le soi. Les nombreuses bulles vierges flottent comme les fantômes d’histoires, de chants, de questions et de noms de parenté jamais prononcés, espaces visuels réservés à des langues forcées à la clandestinité, mais jamais oubliées.
Poitras a écrit que lorsqu’il regarde l’image source, il se demande ce qu’il est advenu de ces filles : sont-elles devenues des mères et des grands-mères? Leurs propres enfants ont-ils été enlevés? Qui a disparu? Qui a perdu sa langue? Qui l’a retrouvée? Cet avenir imaginé traverse le panneau publicitaire. La couleur anime le passé en noir et blanc, abolissant le temps de sorte que les enfants réduits au silence s’adressent maintenant aux automobilistes et aux piétons. Le paradoxe est délibéré : en diffusant l’ordre de ne pas parler, l’œuvre force la parole. Les gens demandent : « Qu’est-ce que c’est? Les enfants de qui? Pourquoi ce silence? »
Présentée au printemps 2015 par les centres d’artistes de Saskatoon TRIBE et PAVED Arts, à l’occasion du vingtième anniversaire de TRIBE, Ne parle pas coïncide avec la dernière année de la Commission de vérité et réconciliation du Canada et avec la reconnaissance du génocide culturel. Installée dans le quartier Riversdale de Saskatoon, un secteur autochtone de longue date alors en pleine transformation, l’image a interpellé les passants pendant des mois, jusque dans une saison électorale fédérale. Des critiques locaux l’ont qualifiée d’œuvre phare du cycle d’expositions. Des spectateurs ont décrit des sentiments de déchirement, de colère et d’urgence. Dans un médium normalement réservé à la publicité, Poitras diffuse une exigence de redevabilité historique.
Ne parle pas est plus qu’un mémorial. C’est une pédagogie publique et une invitation. En citant la source d’archive et en reconnaissant les familles liées à la photographie, Poitras donne l’exemple d’une collaboration respectueuse tout en ramenant ces filles autrefois anonymes dans la mémoire collective. Le panneau publicitaire défie le silence colonial, reconnaît l’expérience autochtone et ouvre vers la résurgence linguistique — la possibilité que ces bulles vides puissent encore être remplies. En nous arrêtant net dans la rue, Ne parle pas transforme une photographie centenaire en appel vivant à écouter, à répondre et à veiller à ce qu’un tel silence imposé ne se répète jamais.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007