Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019, médiumTK, dimensionsTK, Collection de Nunavut Tunngavik Inc.
La sculpture L’esprit du traumatisme intergénérationnel, de l’artiste inuit Jesse Tungilik (né en 1984), établi à Iqaluit, est un assemblage multimédia façonné à partir d’os d’animaux, de poils et d’autres matériaux organiques provenant du Nunavut. Au premier regard, la créature apparaît à la fois grotesque et spectrale, être hybride qui incarne l’héritage destructeur des pensionnats et l’ombre persistante de la violence coloniale sur les communautés inuites.

Jesse Tungilik, Nunavice Flag (Drapeau du Nunavice) v.2013, médiumTK, dimensionsTK, Collection de Nunavut Tunngavik Inc.
L’œuvre compte parmi les objets les plus incisifs de Tungilik et est explicitement liée à sa propre histoire familiale. Feu son père, Marius Tungilik, a été l’un des premiers Inuits à parler publiquement des abus sexuels commis par des prêtres et des frères catholiques dans le Nord. Le traumatisme qu’il portait s’est entremêlé à la propre vie de Tungilik, façonnant son parcours à la fois comme fils et comme artiste. En transposant cette histoire dans la sculpture, Tungilik transforme une douleur privée en acte partagé de témoignage. La créature qui surgit — à la fois animal, esprit et machine — devient une métaphore vivante du traumatisme intergénérationnel : implacable, changeante, portée sur le dos des enfants des survivants.
L’œuvre convoque à la fois les traditions matérielles inuites et la pratique de l’art contemporain. Les os, traditionnellement utilisés dans la sculpture, les outils et les objets spirituels, forment ici un corps fracturé et troublant. La colonne vertébrale hérissée, la bouche béante et la crinière sauvage évoquent un monstre — un monstre rattaché à la terre par ses matériaux mêmes. L’assemblage n’idéalise pas la culture inuite comme intacte ou figée; il expose plutôt la façon dont le colonialisme a déformé les relations familiales, spirituelles et culturelles jusqu’à leur donner des formes grotesques. La figure soudée au dos de la créature intensifie cette lecture : le traumatisme ne se porte jamais seul, il s’accroche aux générations futures.
L’œuvre est également indissociable d’un contexte politique plus vaste. La sculpture L’esprit du traumatisme intergénérationnel a été acquise par Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), l’organisation qui représente les Inuits du Nunavut, dans le cadre de son travail de défense de la justice et de la réconciliation. La NTI cherche depuis longtemps à obtenir l’extradition d’un prêtre catholique vivant en France depuis son départ du Nunavut en 1993. En faisant circuler la sculpture de Tungilik dans l’espace public, que ce soit à Iqaluit, à Ottawa ou en France, l’œuvre devient à la fois création artistique et intervention militante. Elle rappelle que le traumatisme ne doit pas être caché, que les voix des survivants doivent être entendues et que les auteurs de ces violences doivent répondre de leurs actes.
En ce sens, la sculpture de Tungilik refuse tout dénouement. L’artiste lui-même reconnaît que la guérison est en cours et que le traumatisme ne peut pas simplement être résolu. L’esprit grotesque demeure avec lui, avec sa famille et avec les communautés inuites. Pourtant, en lui donnant forme — os, poils, corne, dent —, Tungilik crée une manière de voir et d’affronter ce qui, autrement, resterait invisible. La sculpture est moins un exorcisme qu’elle est un compagnon : un rappel de ce qui a été enduré et de ce qui exige encore réparation.
L’esprit du traumatisme intergénérationnel communique à la fois le témoignage et la résilience. L’œuvre affronte les silences de l’Église et de l’État tout en rendant visible l’endurance des familles inuites qui continuent d’exiger la redevabilité. Par sa présence évocatrice, la sculpture affirme que la réconciliation ne peut avancer sans justice et que la guérison commence par le fait de nommer l’esprit qui hante depuis trop longtemps la vie inuite.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007