Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : Le salon), 2021

A gloomy living room. The tv is on in front of a recliner.

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ITHA : Le salon, une installation de l’artiste interdisciplinaire mi’kmaw Ursula Johnson (née en 1980), de la Première Nation d’Eskasoni, en Nouvelle-Écosse, recrée un espace domestique qui semble chaleureux et ordinaire au premier coup d’œil : un salon mi’kmaw archétypal des années 1980, avec ses couvertures crochetées, ses chaises à motifs, ses images encadrées et un téléviseur allumé. Pourtant, à mesure que le spectateur regarde de plus près, la scène devient déstabilisante. Elle met en scène non pas la nostalgie, mais une confrontation avec les effets intergénérationnels des pensionnats, la marchandisation de l’identité autochtone et l’effacement culturel.


Le téléviseur ancre l’œuvre. Au lieu de séries de fiction ou de bulletins de nouvelles, il diffuse le « ITHA Home Shopping Network », une émission de télé-achat satirique proposant des objets kitsch décorés d’une imagerie autochtone stéréotypée. Chaque article est affiché à un prix reprenant les dates des traités entre les Mi’kmaq et la Couronne (17,52 $ pour 1752, par exemple), transformant des accords sacrés en étiquettes de prix. L’absurdité est mordante. Les traités étaient censés affirmer des relations sacrées de nation à nation. Ils sont ici réduits au statut de marchandises, tout comme les cultures autochtones ont longtemps été transformées en objets de consommation pour les colons. Cet humour incisif déstabilise le confort du salon, exposant la profondeur de l’intrusion coloniale dans la vie quotidienne.

Le cadre domestique de l’installation est crucial. Le salon est l’un des espaces où de nombreux survivants sont revenus après le pensionnat : un lieu où le traumatisme et la résilience se croisaient dans le silence, la prière, la télévision et les routines quotidiennes. En reconstruisant une telle pièce, Johnson révèle comment les systèmes coloniaux s’étendaient au-delà des murs des écoles pour toucher les textures intimes de la vie familiale. Pourtant, elle se réapproprie également cet espace. ITHA devient un appel à l’attention. Elle demande que nous regardions, que nous écoutions, et que nous rendions compte de ce qui a été ignoré.


Présentée pour la première fois à la Blue Building Gallery, à Kjipuktuk (Halifax), sur le territoire mi’kmaw non cédé, ITHA : Le salon refuse de laisser la réconciliation glisser vers l’abstraction. Elle appelle à la redevabilité en rendant la violence coloniale visible, même dans les recoins les plus ordinaires de la vie. En même temps, elle célèbre l’endurance de la parenté, de la créativité et de l’humour comme stratégies de survie. Johnson situe ainsi l’art comme transmission de la vérité : un appel urgent à la réflexion collective, à la guérison et au travail perpétuel de la réconciliation.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : Le salon), 2021 - Art Canada