Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991, acrylique sur toile, 122 x 183,2 cm, Centre d’art autochtone, Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Gatineau.
Passe-temps nationaux, du peintre métis Jim Logan (né en 1955), fait partie de sa série A Requiem for Our Children (Un requiem pour nos enfants) et compte parmi les premières explorations visuelles soutenues du système des pensionnats autochtones dans l’art canadien. Des bandes de ciel rose et de montagnes mauves flottent au-dessus de sentiers enneigés et de maisons aux couleurs vives, la palette rehaussée créant une impression de chaleur dissonante qui accentue la gravité sous-jacente. La perspective aplatie et les contours de type bande dessinée rappellent les pratiques artistiques de l’école Woodland, tout en demeurant résolument propres à Logan. La clarté graphique invite les spectateurs à entrer dans l’image, tandis que l’accumulation de détails (fenêtres brisées, linge suspendu au vent, clocher d’une petite chapelle) révèle peu à peu les conditions structurelles qui ont rendu possible la scolarisation forcée. L’échelle et l’espacement comptent : les enfants rapetissent face aux vastes étendues qui les entourent, et les institutions, bien que parfois lointaines, ancrent l’horizon comme des faits inévitables.

Jim Logan, Father Image I (Image du père I), 1991, acrylique sur toile, 53 x 63 cm, Centre d’art autochtone de Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Gatineau.

Jim Logan, The One the Elders Kept from the School (Celui que les Aînés ont gardé loin de l’école), 2018, acrylique sur toile, 76,2 x 101,2 cm, Banque d’art du Conseil des arts du Canada, Ottawa.
Dans cette série de peintures où Logan donne à l’absence la forme d’un traumatisme communautaire, Passe-temps nationaux met en scène une joyeuse partie de hockey hivernale sur une patinoire de fortune bordée de piquets de clôture inclinés. À la lisière du village se dresse la silhouette d’une école rouge surmontée d’une croix, dont la géométrie institutionnelle jette un froid sur la scène conviviale. Father Image I (Image du père I), 1991, resserre le cadre : un membre du clergé pâle agrippe trois garçons en uniforme devant la façade de l’école, tandis que la partie de hockey se poursuit à l’arrière-plan : le divertissement et la menace se confondent en une seule image. Des œuvres telles que The One the Elders Kept from the School (Celui que les Aînés ont gardé loin de l’école), 2018, isolent un enfant seul au milieu de poteaux électriques inclinés, de véhicules abandonnés et de maisons aux couleurs acidulées, raccourci visuel de communautés éprouvées par la pauvreté et la perte.
La série agit comme une contre-mémoire. Là où les récits nationaux ont longtemps présenté ces sites comme des lieux d’éducation bienveillante, Logan relit les dortoirs, les clôtures des cours de récréation et les églises de missionnaires comme des instruments d’assimilation dont les effets se répercutent dans les espaces domestiques sous forme de cours encombrées, de réparations improvisées ou de soignants pliés sous un labeur sans fin. Son humour discrètement corrosif — un prêtre arbitrant une partie de hockey, un bateau brisé réutilisé comme corde à linge — expose les absurdités du paternalisme colonial sans sacrifier la compassion envers ceux qui l’ont subi.
Le langage pictural de Logan, souvent décrit comme un postimpressionnisme folklorique frôlant le fauvisme, utilise des blocs de couleurs saturées, des lignes de contour noires appuyées et des perspectives panoramiques pour mettre en scène des récits sociaux complexes issus des communautés nordiques et métisses. Formé aux maîtres européens dans sa jeunesse, puis au graphisme, Logan agit plus tard comme ministre laïc dans le village de Kwanlin Dün, près de Whitehorse, au Yukon. Son ministère le place face aux blessures intergénérationnelles portées par les familles marquées par les pensionnats indiens. La peinture devient alors sa forme privilégiée de prise de parole sociale, un espace où la beauté et l’acte d’accusation peuvent occuper la même surface.
Présenté dans des centres communautaires du Nord et des galeries du Sud des décennies avant la création de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, Passe-temps nationaux a contribué à ouvrir la conversation publique sur les torts causés par les pensionnats. Les éducateurs utilisent les peintures de la série pour susciter le dialogue; leur figuration accessible et leur palette vive ouvrent des portes aux spectateurs qui pourraient résister à une imagerie plus frontale. Pour les publics autochtones, les œuvres valident la mémoire; pour les spectateurs issus du système colonial, elles ébranlent la complaisance. Logan démontre comment la peinture narrative peut témoigner, archiver le savoir vécu et rappeler que la réconciliation commence par le fait de voir ce qui a été pris — et ceux qui ont survécu pour le peindre.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007