Greg Staats, Do’-gah – I don’t know (shrugging shoulders) [Do’-gah – Je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

A grid of the word Do’-gah on an ochre background, accompanied by matching text on white.

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020, impression pigmentaire d’archives sur toile montée sur châssis de pin, huile, terre, cendre de tabac indien (édition 2 sur 3), 142 x 175,3 x 2,5 cm, Centre d’art Agnes Etherington, Kingston.

Dans Do’-gah – Je ne sais pas (haussement d’épaules), le photographe mohawk Greg Staats (né en 1963), également artiste de la vidéo et de l’installation, crée une partition pour une performance dans laquelle les participants récitent soixante variations de « do’-gah », chacune accompagnée ou non d’un haussement d’épaules. Ces variations peuvent être ludiques où méfiantes, ironiques ou cérémonielles, incarnant les nombreux registres par lesquels « je ne sais pas » peut être énoncé et mis en acte. Staats transforme ainsi une leçon de kanien’kéha, la langue mohawk, suivi durant son enfance en une réflexion plusieurs niveaux sur le savoir, le non-savoir et la souveraineté du refus.

A woman reads from a piece of paper.

La commissaire Lorna Brown interprétant Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)] de Greg Staats à la Morris and Helen Belkin Art Gallery, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, le 8 septembre 2020, dans le cadre de Soundings: An Exhibition in Five Parts (du 8 septembre au 6 décembre 2020), photographie de Rachel Topham.

Certaines itérations suggèrent un refus stratégique de divulguer : « Je le sais, mais je refuse de vous le dire, juste pour aujourd’hui. » D’autres reconnaissent des histoires plus profondes de perte : « Je ne sais pas… ma langue. » D’autres encore confrontent la nature extractive et réductrice de l’enquête coloniale : « Je ne sais pas, et parce que vous me le demandez en vous attendant à une réponse détaillée, je ressens de la honte et de la colère… devant votre volonté d’extraire un savoir que vous présumez disponible. »


Le concept de « refus génératif », formulé par Leanne Betasamosake Simpson, trouve ici une forte résonance : le fait de ne pas tout livrer peut protéger des savoirs sacrés ou intimes et préserver la sécurité culturelle. Pourtant, l’œuvre de Staats laisse aussi place à une vérité plus complexe : le refus n’est pas toujours stratégique. Au sein des communautés autochtones, « je ne sais pas » peut également signaler une absence de savoir, une lacune créée par la rupture culturelle, ou même une réticence à entrer en lien. Staats ne résout pas cette tension; ses répétitions permettent plutôt aux deux interprétations de coexister dans un même espace, soulignant les héritages complexes de ce qui est souvent cadré comme une perte, mais qu'il convient de considérer plus justement comme un effacement et une récupération linguistiques.


Sur le plan matériel, l’œuvre prend la forme d’une impression sur toile mate d’archive, rehaussée d’huile, de terre et de cendres de tabac indien — des substances porteuses d’une signification cérémonielle et territoriale. Le choix des matériaux ancre l’œuvre dans les valeurs hodinöhsö’ (haudenosaunee), où la terre est un monument, la tradition orale une archive vivante, et le « bon esprit » une pratique quotidienne nourrie par des actes tels que le Ganö:nyök (l’allocution de remerciement).


En faisant participer le public à la récitation et au geste, Do’-gah conteste la passivité habituelle du regard posé sur l’art. L’œuvre transforme l’espace en rencontre participative, où l’acte physique de hausser les épaules et de répéter « je ne sais pas » devient une réflexion partagée sur les politiques de l’échange des savoirs. Plutôt qu’une invitation à chercher des réponses définitives, elle offre l’occasion de réfléchir au moment où les questions devraient être posées, aux réponses qui peuvent ou doivent être données, et à la manière d’habiter l’incertitude sans lui chercher un dénouement.


Dans Do’-gah, Staats transforme une phrase simple en enquête dense sur l’effacement linguistique, la souveraineté et l’éthique du partage. Qu’il soit compris comme un bouclier, un aveu ou un défi, « je ne sais pas » devient une affirmation qui refuse l’effacement et nous invite à reconsidérer les responsabilités liées à la parole comme au silence.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know (shrugging shoulders) [Do’-gah – Je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020 - Art Canada