Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Five tipi poles propped on a wooden box in a gallery.

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23, cinq perches de tipi, peinture, peinture en aérosol, corde, bâche, lustre en laiton, pierre, boîte en bois, chariot, 196 x 706 x 140 cm.

Dans je veux oublier la langue anglaise, ultérieur, l’artiste cri omaskêko Duane Linklater (né en 1976) met en scène la langue elle-même comme un lieu de violence coloniale et de contrainte exercée sur le savoir traditionnel. Composée de perches de tipi enveloppées dans une bâche et posées sur un chariot de manutention, avec un lustre en cristal suspendu à leur sommet, l’installation agit moins comme un objet que comme une proposition visuelle. C’est une syntaxe assemblée dans l’espace, qui invite le spectateur à reconsidérer la façon dont le savoir est structuré, porté et perçu.

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur) (détail), 2020/23.

Le titre de l’œuvre signale ce défi avec précision. Sa formulation en cri — e-nôtây-wanikiskisitotam omâ âkâyâsîmowin, kâcikâtêw — ne se réduit pas à un rejet de l’anglais; elle l’inscrit plutôt dans un état d’obscurité ou d’opacité. Ici, « l’anglais » fait figure de domination épistémologique occidentale et de prétention à l’universalité. Le geste de Linklater en est un de réorientation plutôt que de négation. Le désir d’« oublier » nomme une aspiration à réintégrer des grammaires autochtones de la perception, de la relation et de la responsabilité qui ont été déplacées, mais jamais effacées, par les systèmes de savoir coloniaux.


Sur le plan formel, l’installation renforce ce déplacement éthique. Les perches de tipi évoquent des architectures autochtones de parenté, de mobilité et de rassemblement; toutefois, elles sont détachées du sol et placées sur un chariot, suggérant à la fois le mouvement et la dislocation. Leur inclinaison vers l’ouest porte un poids cosmologique. Dans de nombreuses visions du monde des Plaines, l’ouest est associé au dénouement, à la transition ou à la fin d’un cycle. Lu ainsi, le travail évoque le déclin de l’autorité des structures de savoir coloniales plutôt que leur destruction. Ici, le changement est graduel, délibéré et relationnel.


À la pointe des perches est suspendu un lustre en cristal, emblème du raffinement domestique européen et du goût impérial. Sa présence est manifestement instable. Il n’est plus central ni triomphant; il pend maladroitement à une structure autochtone, sa beauté devenue trouble. Pour certains spectateurs, le lustre évoque moins l’élégance qu’une forme de capture symbolique : un objet colonial déplacé de sa hiérarchie d’origine et maintenu en tension. Linklater ne renverse pas tant le pouvoir qu’il ne le suspend, obligeant à réévaluer la valeur et la signification de cet objet colonial déplacé.


Cette stratégie s’aligne sur le miýikosiwin, un mode de connaissance par le don de vision et de créativité, qui émerge de façon relationnelle plutôt que déclarative. L’installation n’offre ni résolution ni traduction claire. Elle interrompt plutôt la fluidité visuelle occidentale et exige du spectateur qu’il ralentisse, ajuste son cadre de référence et prête attention à la relation. De cette façon, Linklater recalibre le kanawâpâtahmowin, les conditions du regard. Plutôt qu’une évacuation du sens, son abstraction en constitue un épaississement, donnant à comprendre que le savoir visuel autochtone se déploie dans un engagement éthique plutôt que dans la lisibilité immédiate. L’œuvre rappelle que voir autrement demande aussi d’être redevable autrement.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23 - Art Canada