Nadia Myre, Indian Act (La Loi sur les Indiens), 2000-2002

Nadia Myre, Indian Act (Loi sur les Indiens), 2000–2002, perles de verre, pages de la Loi sur les Indiens, ruban adhésif, fil, feutre, 42,5 × 34,6 × 1,7 cm, vue de l’installation Nadia Myre : Tout ce qui reste – Scattered Remains, novembre 2017–mai 2018, Musée des beaux-arts de Montréal.
Dans La Loi sur les Indiens, Nadia Myre (née en 1974), de la Première Nation des Anishinabeg de Kitigan Zibi, au Québec, met en scène une rencontre décisive entre le cadre juridique colonial qui a régi les vies autochtones au Canada et le perlage, une pratique autochtone dont les codes, le travail et les protocoles dépassent ce système. Sur les cinquante-six pages de la Loi, Myre et des membres de la communauté remplacent chaque mot imprimé par des perles de verre blanches et remplissent le fond de perles rouges. Le résultat est à la fois illisible et hyperlisible : illisible parce que les mots sont obscurcis, et hyperlisible parce que la répétition et le poids du perlage amplifient la présence totalisante de la loi. Le sens ne se lit plus; il se travaille — par les mains, les points et les rythmes durables d’un cercle de perlage.
Cette transformation est importante sur le plan politique. La Loi sur les Indiens de 1876 demeure un instrument de gouvernance bien vivant. En la retravaillant par un labeur collectif, Myre déloge son autorité bureaucratique et la resitue dans la relation, par des pratiques de perlage collectives qui rassemblent les participants dans un espace partagé d’échange, où le savoir se produit et se transmet. Les cercles de perlage hebdomadaires (beading bees), deviennent des lieux de rassemblement et de contre-légalité où la perle, unité d’attention, remplace le mot, unité de contrôle. En exposition, cette installation sérielle produit un effet d’accumulation : chaque page se ressemble sans être identique, marquée par de nombreuses mains plutôt que par une seule autrice. L’œuvre met en lumière les « écarts de traduction » entre le texte et le perlage, qui agissent moins comme des manques que comme des espaces de rencontre éthique. Avec la montée du discours entourant la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), La Loi sur les Indiens trouve une résonance renouvelée. Elle devient un modèle d’esthétique comme contre-jurisprudence, matérialisant la persistance du droit tout en démontrant comment la pratique autochtone peut le recouvrir par la relation, la répétition et l’attention.

Nadia Myre, The Scar Project (Le projet cicatrice), 2005-2013, corde, laine, fil, clous et perforations sur toile, 25,5 x 25,5 cm (chaque élément), Musée national des beaux-arts du Québec.
Si La Loi sur les Indiens recompose la loi, The Scar Project (Le projet cicatrice),2005-2013, se tourne vers l’archive intime du corps. Pendant plusieurs années, Myre invite les participants à coudre leurs cicatrices sur de petites toiles et à rédiger les récits qui les accompagnent. Le projet est à la fois atelier et installation, processus de fabrication partagée et champ visuel composé de centaines de surfaces réparées, chacune porteuse de douleur et de résilience. Contrairement aux projets qui mobilisent ou utilisent la communauté, Le projet cicatrice est non extractif : il laisse le traumatisme en place. Les participants conservent l’autorité sur leurs carrés; Myre agit comme hôte et assembleuse. À mesure que le projet circule, des centres d’amitié aux musées et aux biennales, son cercle de contributeurs s’élargit et forme un espace commun de cicatrices. Les blessures autochtones et non autochtones apparaissent ensemble, reformulant le tort comme inégal mais partagé, et refusant le récit unique du traumatisme souvent projeté sur l’art autochtone.
Dans les contextes de la CVR et de l’après-CVR, sa pertinence est claire. Le projet cicatrice offre une esthétique pratique du témoignage, qui ne sensationnalise pas les blessures et ne les réduit pas au silence. Il crée les conditions pour que les cicatrices soient nommées, vues et accueillies, transformant l’exposition en communauté temporaire d’attention. Avec La Loi sur les Indiens, ces deux œuvres donnent forme à l’art comme témoignage et pratique de soin, reconfigurant les structures de tort en formes de résilience et de savoir.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007