Dionne Paul, Her First Day of School (Son premier jour d’école [à elle]), 2013

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013, photographie sur papier, 91,7 x 61 cm, Musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique, Vancouver.
Dans Son premier jour d’école [à elle] et Son premier jour d’école [à lui], l’artiste multidisciplinaire Dionne Paul, des Nations nuxalk et shíshálh, en Colombie-Britannique, utilise la photographie pour mettre en scène un puissant acte de témoignage visuel. Les œuvres présentent ses propres enfants dans des photographies couleur prises lors de leur premier jour d’école, souriants, bien habillés et prêts à entrer dans des classes remplies de possibilités. Sur leurs corps se superposent toutefois des images d’archives en noir et blanc d’uniformes de pensionnats, rappels saisissants de l’assimilation forcée imposée à une génération antérieure. Cette superposition abolit la distance temporelle, plaçant l’innocence présente de ses enfants face à la violence historique de la scolarisation en pensionnat.

Dionne Paul, His First Day of School [Son premier jour d’école (à lui)], 2013, photographie sur papier, 91,7 x 61 cm, Musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique, Vancouver.
L’effet est troublant. Les enfants apparaissent dédoublés, leurs corps partiellement recouverts par la mémoire coloniale. Dans Son premier jour d’école [à elle], la posture joyeuse de la fillette est assombrie par la pose rigide d’une enfant de pensionnat, les mains jointes dans un geste de piété imposée. Dans Son premier jour d’école [à lui], la présence confiante du garçon est traversée par le costume rigide d’une époque antérieure, rappelant la discipline systémique imposée aux garçons autochtones punis pour avoir parlé leur langue ou pratiqué leurs traditions culturelles. La juxtaposition force les spectateurs à voir comment le passé demeure inscrit dans le présent, vivant dans la mémoire, l’histoire familiale et la transmission intergénérationnelle du traumatisme.
La décision de Paul de représenter ses propres enfants est particulièrement significative. Elle incarne à la fois la vulnérabilité et la réappropriation : ces œuvres exposent les enjeux personnels de l’histoire, tout en reformulant les enfants autochtones non comme des victimes passives, mais comme des êtres visibles, aimés et protégés. Les visages souriants de ses enfants résistent à l’effacement recherché par les pensionnats, se dressant comme preuves vivantes de la survie autochtone.
Le cadre textuel du projet accentue encore cette tension. En inscrivant les œuvres autour de l’événement marquant qu’est le premier jour d’école, Paul rapproche l’expérience de ses enfants de celle des générations qui les ont précédés, tout en soulignant à quel point ces expériences diffèrent radicalement. Là où les pensionnats offraient une nourriture médiocre, des soins de santé inadéquats et des programmes conçus pour « tuer l’Indien dans l’enfant », les écoles d’aujourd’hui, bien qu’elles restent marquées par des inégalités systémiques, offrent des possibilités d’apprentissage où les parents peuvent accompagner l’enfant. Le contraste souligne à la fois les progrès réalisés et la persistance des héritages structurels.
Née d’une mère nuxalk et élevée à Sechelt au sein d’une famille shíshálh, Paul réunit expérience personnelle, mémoire ancestrale et formes contemporaines pour affirmer la souveraineté et la présence autochtones. Son travail englobe la peinture, le tissage, le vitrail et la performance, mais revient constamment aux thèmes de la réappropriation et de la survie face à l’effacement colonial. Avec Son premier jour d’école [à elle] et Son premier jour d’école [à lui], elle affronte les traumatismes intergénérationnels du système des pensionnats tout en ancrant sa pratique dans les savoirs autochtones liés à la terre et dans la continuité culturelle. En utilisant la photographie, médium historiquement employé pour documenter et objectiver les peuples autochtones, elle en revendique l’autorité et la redirige pour honorer la voix et la mémoire autochtones. Ce faisant, elle rejoint ce que Robert Houle (né en 1947) a appelé le rôle de l’« artiste-guerrier » : un artiste qui utilise les formes contemporaines pour soutenir la transmission de la vérité, la souveraineté et la survie.
En définitive, Son premier jour d’école [à elle] et Son premier jour d’école [à lui] agissent à la fois comme mémorial et affirmation. Elles rappellent que la scolarisation en pensionnat demeure une présence vécue plutôt qu’une histoire lointaine, dont les effets se répercutent dans le présent. Elles célèbrent aussi la résilience, plaçant les enfants autochtones au cœur de la résurgence culturelle. Les œuvres de Paul nous invitent à un acte de témoignage — un acte qui demande de se souvenir du passé tout en imaginant un avenir où les enfants autochtones pourront entrer à l’école sans crainte, confiants à la fois dans leur héritage et dans leur apprentissage.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007