Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

A carved pole in unpainted wood stands in a gallery.

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014, cèdre rouge, 243,8 x 190,5 cm, Collection d’art de la Banque TD, Toronto.

La caractéristique formelle la plus frappante de Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau, un mât sculpté par Shawn Hunt (né en 1975), d’ascendance heiltsuk, française et écossaise, est l’inversion de l’aigle. Dans la culture visuelle de la côte du Nord-Ouest, un aigle couronne traditionnellement un mât, représentant le prestige, l’autorité spirituelle et le respect. Ici, Hunt le place tout au bas, « inversant l’oiseau » tout en faisant écho à l’expression anglaise qui signifie faire un doigt d’honneur. Cette inversion déstabilise les attentes du public et subvertit la hiérarchie verticale que les mâts incarnent normalement. Ce renversement communique que l’ordre moral au Canada demeure, lui aussi, inversé. Malgré des décennies d’excuses, de rapports et de commissions, les structures de la violence coloniale, dépossession des terres, pensionnats et externats autochtones, inégalités systémiques, restent largement intactes. L’inversion est éthique plutôt qu’esthétique : une déclaration qui tiendra jusqu’à ce que les torts qu’elle nomme soient véritablement réparés.

A ceremony outside a carved and painted wooden house.

Ouverture de la grande maison Gvákva’áus Haíłzaqv (Maison des Heiltsuk), sur le territoire heiltsuk, Bella Bella, Colombie-Britannique, 2020, photographe inconnu.

Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau reprend le langage visuel de la sculpture heiltsuk traditionnelle et le déploie avec un esprit vif et une critique acérée. Hunt s’inspire directement de la tradition du mât de dérision (ridicule pole), une forme traditionnelle de redevabilité publique dans laquelle une image est érigée pour faire honte à une personne ayant agi injustement, et ce, jusqu’à ce que le tort soit rectifié. Hunt adapte cette forme au Canada d’aujourd’hui, ciblant les échecs continus de la nation à corriger les injustices systémiques envers les peuples autochtones. Le titre de l’œuvre, avec sa référence familière au doigt d’honneur, signale le recours de l’artiste à l’humour et à l’irrévérence comme outils de critique. Pourtant, derrière l’humour se cache une exigence de redevabilité : l’œuvre presse la réconciliation de dépasser les gestes symboliques pour mener à un changement substantiel.


Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau s’adresse à deux publics à la fois. Pour les spectateurs autochtones, le mât de dérision porte une résonance culturelle claire, confirmant une longue tradition qui consiste à utiliser l’art visuel pour dire la vérité au pouvoir. Pour les publics non autochtones, l’humour de l’expression flipping the bird sert de point d’entrée accessible, les attirant dans l’œuvre avant d’en révéler les couches plus profondes de redevabilité. Hunt utilise habilement ce double registre pour que la sculpture communique au-delà des frontières culturelles sans diluer sa portée politique.


L’œuvre n’est pas statique. Hunt a déclaré que le mât resterait inversé jusqu’à ce que le Canada s’acquitte ses responsabilités envers les peuples autochtones. En ce sens, l’œuvre est conditionnelle et ouverte. Elle refuse le dénouement facile ou la complaisance, demeurant dans un état de résolution suspendue. Les spectateurs sont impliqués : la réconciliation ne sera pas symbolisée par le redressement du mât, mais par des actions concrètes — restitution des terres, respect des droits issus des traités, réparations pour les survivants des pensionnats et des externats autochtones et réforme systémique. D’ici là, l’aigle reste à l’envers, rappel visible d’un déséquilibre.


Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau rejette les consolations d’une réconciliation symbolique. L’œuvre illustre ce que l’art autochtone contemporain fait de mieux : réactiver la tradition comme une pratique vivante et capable d’adaptation tout en s’adressant directement à la politique actuelle. Elle est à la fois humoristique et sans compromis, locale et nationale, culturellement enracinée tout en restant accessible d’une culture à l’autre. En fusionnant satire et forme traditionnelle, Hunt démontre avec ferveur que l’art est essentiel à la transmission de la vérité et à la redevabilité. Son mât, inversé et provocateur, se dressera en témoin jusqu’à ce que justice soit rendue.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014 - Art Canada