Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

A woman stands in a snowy forest, Faded text on the right in a diptych.

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017, impression giclée sur papier pressé à froid, 121,9 x 159,8 cm.

Dans ce diptyque discrètement saisissant, Meryl McMaster, artiste canadienne, crie des Plaines et membre de la Nation Siksika en Alberta, transcende le temps pour mettre en scène une confrontation avec Duncan Campbell Scott, poète de renom de la Confédération et, fait plus déterminant, surintendant adjoint de longue date du ministère des Affaires indiennes, qui a contribué à établir le système des pensionnats autochtones comme instrument d’assimilation privilégié de l’État. Scott croyait que les peuples autochtones allaient, et devaient, disparaître par absorption graduelle, et le retrait de leurs enfants, par la force, si nécessaire, pour les placer dans des pensionnats et des externats autochtones était au cœur de cet objectif. Dire la vérité au pouvoir lui répond par-delà un siècle.


Deux éléments sont ici jumelés par l’artiste. D’un côté, une photographie couleur de l’artiste debout dans la grille d’une plantation de pins en hiver. De l’autre, un panneau de texte translucide portant le poème de Scott The Onondaga Madonna, publié en 1898, recopié de la main d’une jeune fille de dix ans de Kahnawà:ke. La terminologie de Scott — « sauvage », « païenne », « condamnée » — racialise une mère autochtone et son nourrisson, tout en préfigurant un « progrès » national fondé sur leur effacement. Dans la présentation de McMaster, le poème est lisible au sommet et s’estompe à mesure qu’il descend, effritement visuel de la prophétie coloniale : toujours présent, toujours lisible, mais perdant de son autorité.


La posture de McMaster est délibérée et incarnée. Elle fait face à la caméra, les cheveux longs détachés, portant un plastron qui évoque les parures des Plaines et occupant la forêt où Scott présumait qu’aucun avenir autochtone ne prendrait racine. Les arbres environnants, plantés en alignements militaires, font écho à la discipline stricte des pensionnats autochtones : lits uniformes, exercices, surveillance, discipline. Pourtant, la plantation est imparfaite. La neige se soulève, les troncs penchent et la vie organique renaît à travers l’ordre imposé. Le lieu devient une allégorie : les systèmes coloniaux recherchaient la conformité, mais la terre et les peuples persistent selon leurs propres rythmes naturels.


Inviter un enfant à recopier le poème de Scott à la main ranime la violence pédagogique des pensionnats, la copie répétitive de textes anglais et la suppression des langues autochtones, tout en inversant sa charge. La jeune copiste inscrit l’archive coloniale pour en rendre le tort visible; le témoignage intergénérationnel convertit la leçon en critique. Le titre de McMaster, Dire la vérité au pouvoir, nomme ce renversement. L’image refuse le véritable objectif de Scott, l’extinction, et exige la redevabilité : « Vous avez imaginé notre fin; me voici debout, et nos enfants vous répondent par écrit. »


Sur le plan formel, le diptyque agit comme un palimpseste de l’avant et de l’après, une feuille de papier portant les traces de son écriture d’origine, mais où est écrit un nouveau message. Le panneau de gauche, présent incarné, et le panneau de droite, idéologie d’archive, sont placés côte à côte, obligeant le public à lire d’un panneau à l’autre. L’espace négatif, éclatant de blancheur derrière le poème, rappelle un tableau d’école. Le graphite s’estompe jusqu’à se fondre dans le blanc, suggérant comment la mémoire nationale pourrait enfin se libérer de la vision de Scott sans pour autant nier ses dommages durables. McMaster n’efface pas; elle surexpose.


Créée à une époque où le Canada fait publiquement face à l’héritage des pensionnats autochtones, Dire la vérité au pouvoir montre comment les textes d’archive peuvent être recontextualisés par la présence autochtone. L’œuvre nous demande de reconnaître la persistance de la pensée assimilationniste, d’honorer les cultures ciblées pour l’élimination et de transformer la connaissance de ce passé en force de protection pour les générations futures. La grille peut bien rester, mais la forêt — et celles et ceux qui l’habitent — survivent au plan.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017 - Art Canada