Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape au cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations), from Mei Eimotieg (We Are Still Here), 2021, cotton, dupioni silk, beads, suede, fur, metal.
Cape au cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations), d’Oakley Rain Wysote Gray, de la Première Nation mi’gmaq de Listuguj, au Québec, agit à la fois comme art vestimentaire et comme témoignage. Située à l’intersection de la mémoire, de la perte, de l’identité et de la résistance, l’œuvre extériorise les blessures internes infligées par les systèmes coloniaux, en particulier par les pensionnats et les structures familiales perturbées, en positionnant le corps comme lieu de lamentation. La métaphore est viscérale : arracher des enfants à leur famille revient à arracher des cœurs, matérialisés ici par le tissu, la couleur et le perlage.

Oakley Rain Wysote Gray, Wo’gumal (Cousin), from Mei Eimotieg (We Are Still Here), 2021, cotton, dupioni silk, beads, suede, fur, metal.

Oakley Rain Wysote Gray, Tapu’ijig sg’te’gmuj (Two Spirits), from Mei Eimotieg (We Are Still Here), 2021, cotton, dupioni silk, beads, suede, fur, metal.
L’usage de la couleur et des matériaux symboliques est central à Cape au cœur saignant. Le rouge qui tache ou surgit dans l’œuvre n’est pas uniquement décoratif : il est sang, sacrifice et deuil, mais aussi endurance. Le noir évoque les lois coloniales consignées et l’appareil documentaire : la Loi sur les Indiens, les inscriptions, le pouvoir officiel. Le blanc, souvent présent dans la palette de Gray, signale à la fois le contraste et l’aspiration : un désir de liberté, la pureté d’une identité future non altérée par une loi oppressive, mais aussi le risque d’effacer le traumatisme. La juxtaposition du blanc avec le sang et l’encre met en cause l’apparence même : peut-être propre au premier regard, mais tachée; masquée, mais porteuse d’histoire.
Le perlage et les formes visuelles traditionnelles mi’gmaq, comme les courbes et les vagues, ancrent l’œuvre dans ses origines. Ils ne relèvent pas de l’ornement, mais de la mémoire et du récit. La silhouette de la cape rouge, vêtement qui enveloppe les épaules et le cœur dans un geste de protection, fait passer le personnel dans le communautaire : la perte est collective plutôt que privée, elle remodèle la communauté et aggrave le traumatisme intergénérationnel. L’expression « toutes mes relations » signale que chaque vie et chaque blessure sont liées à travers les familles et les générations.
Le caractère portable de la cape introduit une dimension performative : quiconque la porte en porte aussi le fardeau. Le corps devient le lieu de la vulnérabilité et du témoignage. Visuellement, l’œuvre exige l’attention; culturellement, elle exige la reconnaissance. De plus, dans le contexte de la mode conventionnelle — défilé, exposition et consommation —, la pièce détourne l’accent mis sur la beauté, le prestige et la consommation en affirmant que l’esthétique doit aussi porter un message, une histoire et une éthique.
Contrairement aux œuvres qui mobilisent la colère comme registre principal, la puissance de Cape au cœur saignant réside dans son élégie, son deuil, sa volonté de s’arrêter pour ressentir. Pourtant, elle ne s’installe pas dans le deuil. L’œuvre affirme à la fois la présence et l’identité par le langage de la parenté; « toutes mes relations » résonne comme une déclaration de continuité autochtone et de responsabilité relationnelle. L’image n’est pas passive non plus. Une capacité d’agir délibérée s’exprime dans la création de la pièce, dans le choix des couleurs, des symboles et des récits, ainsi que dans le geste de rendre visible ce que les systèmes coloniaux cherchaient à occulter.
L’œuvre anticipe le risque que l’art vestimentaire puisse marchandiser la douleur, que la mode esthétise le traumatisme plutôt que de l’honorer. Gray répond à ce risque par l’intention : la pièce s’ancre dans l’éducation, le souvenir et la représentation plutôt que dans le spectacle, et s’oppose explicitement à l’appropriation. En inscrivant le récit dans chaque détail, en enracinant la pièce dans la mémoire communautaire de Listuguj, les histoires de pensionnats et la perte ancestrale, l’œuvre résiste à toute lecture superficielle.
En définitive, Cape au cœur saignant donne au deuil, à l’histoire portée et à la rencontre une forme somatique et relationnelle. Elle demande au spectateur de ressentir, de se souvenir, de reconnaître. Elle demande au spectateur colon de reconnaître sa responsabilité dans le sang du vêtement rouge, dans son encre, dans sa forme. La cape traite de la perte, mais aussi de l’amour, des relations, de l’endurance et du refus d’être effacé.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007