Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022, portes en bois récupérées, oiseaux et personnage en contreplaqué, dimensions variables (installation : 365,8 × 243,8 × 274,3 cm), collection privée.
Le ciel est habituellement rempli de sons : oiseaux, vent, voix. Mais dans l’installation Un ciel silencieux de l’artiste mohawk Michael Barber (né en 1967), il se tait, alourdi par ce qui ne peut être dit. L’œuvre rassemble des oiseaux en bois qui prennent leur envol, la silhouette d’un enfant et deux portes abîmées, chacune portant la silhouette d’un personnage se tenant debout, rendue en rouille et en résine, comme s’il était brûlé dans le bois. Les oiseaux font office de messagers. Ils existent pour rapporter des paroles aux mères dont les enfants ne sont jamais revenus des pensionnats. Les silhouettes sur les portes, droites et endurantes, transmettent un deuil qui s’incarne plutôt qu’il ne s’effondre : une présence qui refuse de disparaître. Les portes abîmées sont des frontières entre l’intérieur et l’extérieur, entre la sécurité et l’exposition; elles deviennent des surfaces de mémoire, comme marquées par des générations de pas et de cris étouffés.
Cette œuvre est façonnée par l’histoire familiale de Barber. Sa grand-mère a été forcée de fréquenter le Mohawk Institute, en Ontario, cette sinistre institution surnommée le « Mush Hole », et son silence entourant cette expérience a résonné à travers les générations, culminant dans le deuil indicible qui a contribué au suicide du père de l’artiste. Le titre lui-même invoque l’absence.
Les choix de matériaux de Barber sont au cœur de sa démarche de transmission de la vérité. En utilisant du bois entaillé, de la résine et des pigments superposés, il crée des surfaces qui semblent blessées et cicatrisées, métaphores d’un traumatisme porté dans le corps et dans la terre. Ses panneaux sont façonnés de manière à paraître marqués par l’endurance, conçus pour donner l’impression d’avoir survécu à des dommages plutôt que d’en faire la simple représentation. C’est là une qualité qui résonne non seulement avec sa propre histoire familiale, mais aussi avec l’endurance des peuples autochtones après la tentative d’effacement de l’ère des pensionnats.

Élèves du secondaire du Conseil scolaire catholique MonAvenir, en Ontario, travaillant à une murale sous la direction de Michael Barber, 2024, photographies de Michael Barber.
Une dimension essentielle de l’œuvre réside dans son processus de création participatif. Barber travaille souvent avec des étudiants et des membres de la communauté, les invitant à peindre les oiseaux ou à érafler les portes. Cet engagement collectif rappelle la façon dont les enfants, dans les écoles, gravaient des symboles sur les murs des dortoirs, laissant des traces de leur présence. L’acte de marquer le bois devient à la fois un geste de mémoire et de réparation, un dialogue intergénérationnel où les jeunes reconnaissent les histoires passées sous silence et aident à les porter vers l’avenir. De cette façon, l’œuvre passe de l’expression solitaire au témoignage partagé, où le silence se transforme en un geste de communion.
Visuellement et sur le plan spatial, l’installation transforme la galerie en un lieu de rencontre et de deuil. La superposition des textures et la disposition des objets forcent le public à franchir des seuils, des silences et des absences. Les spectateurs ne peuvent rester neutres; l’installation exige d’eux qu’ils réfléchissent à leur rôle en tant que témoins, héritiers d’histoires non dites et participants à la réconciliation.
En fin de compte, Un ciel silencieux se présente à la fois en élégie et en résurgence. L’œuvre témoigne du poids du silence imposé par les pensionnats autochtones tout en permettant aux voix à travers les oiseaux, les portes et les gestes collectifs, de s’élever à nouveau. Barber transforme le deuil privé en mémoire publique, insistant sur le fait que le silence lui-même doit être entendu et que l’art peut devenir un vecteur de transmission de la vérité, de guérison et de survie intergénérationnelle.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007