Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

A diptych of a white sheet on which orange beads are arranged, facing a similar work on deerskin.

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024, perles anciennes, fil à pêche, peau de cerf tannée par le chasseur Garry Blake, collection de Mel Granley.

Dans Déposer des fleurs, l’artiste interdisciplinaire d’ascendance michif et colon britannique Rain Cabana-Boucher (née en 1995) crée une installation profondément émouvante qui incarne à la fois le deuil et la résistance face aux tombes anonymes découvertes sur les sites d’anciens pensionnats. Au cœur de l’œuvre se trouve un socle blanc recouvert d’une peau tannée sur laquelle sont dispersées des perles de verre orange. Les perles, qui symbolisent à la fois les vies d’enfants perdues et le mouvement contemporain de la Journée du chandail orange, se répandent sur la peau, fragiles et durables tout à la fois. Sur les murs environnants, de petits bouquets de fleurs perlées orange sont méticuleusement disposés en grilles, leur répétition évoquant à la fois l’absence et la persistance. Chaque fleur est un geste d’attention, un acte cérémoniel et un refus d’oublier. L’austérité visuelle de l’espace de la galerie amplifie leur présence, obligeant les spectateurs à entrer dans un état d’attention soutenue et responsable.


L’œuvre résonne avec les principes autochtones du kanawâpâtahmowin — voir avec responsabilité, vision et créativité. Dans ce cadre, Cabana-Boucher transforme le perlage, depuis longtemps médium de récit et d’échange entre les sociétés autochtones et colonisatrices, en une contre-monnaie opposée aux valeurs capitalistes. Les perles, autrefois au cœur des économies et des échanges autochtones, sont ici réappropriées comme mesure de mémoire et de souveraineté culturelle. Leur disposition minutieuse sur la peau et sur le mur invoque des pratiques ancestrales de fabrication tout en s’affirmant comme un acte politique contemporain qui critique la marchandisation et l’effacement imposés par les institutions coloniales.

An artwork depicting 415 hanks of braided hair.

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021, médiumTK, dimensionsTK.

A stylized orb on a black background.

Ruth Cuthand, Small Pox (Variole), 2009, perles et acrylique sur panneau de suède, 61 x 45,7 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

Ayant grandi sur le territoire du Traité no 6 à Saskatoon, en Saskatchewan, et profondément liée aux communautés historiques michifs, Cabana-Boucher situe sa pratique au sein d’un continuum intergénérationnel de mémoire et de survivance, une présence active ancrée dans la survie, la résistance et l’affirmation continue de l’identité autochtone. Son travail, rassemblé dans une exposition ayant pour titre For Love, Loss & Land (Pour l'amour, la perte et la terre), entrelace le perlage, la sculpture et l’installation performative en une archive vivante centrée sur la souveraineté autochtone, le témoignage partagé et le deuil collectif.


Dans Déposer des fleurs, le deuil n’est jamais passif : il insiste sur une relation partagée, exigeant des spectateurs autochtones comme des spectateurs colonisateurs qu’ils reconnaissent le souvenir comme indissociable de la justice. À l’instar de 415 Braids (415 tresses), 2021, de Saige « Nalakwsis » Mukash (née en 1996), qui commémore les enfants à travers des mèches de cheveux, les fleurs perlées de Cabana-Boucher portent le poids de vies individuelles tout en construisant une mémoire collective.

Le travail de Cabana-Boucher résonne également avec les peintures d’Allen Sapp (1928-2015) sur l’expérience des pensionnats, où le traumatisme et la continuité culturelle coexistent. Alors que les images de Sapp témoignent par la figuration narrative, Cabana-Boucher insiste sur l’abstraction et la répétition, permettant aux espaces vides entre les perles et les fleurs de parler aussi fort que les matériaux eux-mêmes. Le silence inscrit dans l’installation reflète le silence imposé aux enfants autochtones. iIci, pourtant, il devient un espace de résurgence.


En invoquant le geste cérémoniel de déposer des fleurs, Cabana-Boucher affirme la persistance de la présence des Michif et des Autochtones à travers le temps. Déposer des fleurs n’est pas un monument au sens traditionnel; il s’agit plutôt d’une archive relationnelle et dynamique. Ancrée dans le chagrin mais tournée vers le soin, elle veille à ce que le deuil devienne une pratique continue d’amour et de redevabilité. De cette façon, le travail de Cabana-Boucher s’aligne sur la vision plus large de la souveraineté visuelle autochtone : l’art comme transmission de la vérité, comme vecteur de survie et comme appel à la justice qui refuse que l’histoire soit close. En cela, elle rejoint une lignée croissante de pratiques autochtones de contre-monument, telles qu’Indian Act (Loi sur les Indiens), 2002, de Nadia Myre (née en 1974), ou les représentations de maladies en perlage par Ruth Cuthand (née en 1954), qui transforment le traumatisme des archives en actes de réappropriation. Ensemble, ces œuvres nient l’effacement en donnant forme à la mémoire, insistant sur le fait que le souvenir lui-même est une pratique radicale et durable de souveraineté.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024 - Art Canada