Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009, techniques mixtes, 35,5 x 29 cm, Musée huron-wendat, Wendake.

Dans Réciprocité, l’artiste huron-wendat Teharihulen Michel Savard (né en 1964) transforme la Loi sur les Indiens d’instrument juridique en blessure. Entrant dans la forêt muni d’un fusil, Savard tire une balle à travers le document; de l’ouverture ainsi créée s’écoulent de la peinture rouge et des perles de wampum. Cette séquence de présence incarnée sur la terre, de geste de violence ritualisée et de libération de matériaux chargés de signification autochtone, condense des siècles de législation coloniale et de résistance autochtone en un seul geste intime.


Les matériaux ne sont pas anodins. Dans de nombreuses traditions visuelles autochtones, la peinture rouge porte la vie, le sang, l’identité et le sacrifice. Le wampum, lui, porte une charge historique encore plus profonde : dans la diplomatie haudenosaunee et, plus largement, dans la diplomatie autochtone du Nord-Est, les ceintures de wampum encodaient les traités, les alliances et les relations de nation à nation. En surgissant ainsi hors du document déchiré, ils suggèrent que ce que la Loi sur les Indiens cherchait à éteindre — le statut juridique, la souveraineté et les obligations relationnelles des nations autochtones — persiste. Les perles ne font pas que saigner de la Loi; elles la réinvestissent, rappelant que les relations fondées sur les traités, bien que violées, demeurent vivantes.

A shadow-box of a document, shotgun, ribbons and other elements against green baize.

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, An Indian Act Shooting the Indian Act, Healey Estate, Northumberland, September 14th, 1997 (Une loi sur les Indiens tirant sur la Loi sur les Indiens, domaine Healey, Northumberland, 14 septembre 1997), 1997, fusil de chasse, ruban, douilles de fusil de chasse usagées et papier dans un cadre de présentation, 55 x 126 x 9 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Le cadre de la forêt est tout aussi délibéré. En retirant la Loi des salles d’audience et des archives pour l’amener sur la terre vivante, Savard situe le droit colonial dans un cadre territorial autochtone. La terre, et non l’État, devient le lieu du jugement. Le fusil, outil historiquement retourné contre les peuples autochtones, est ici retourné contre la législation coloniale elle-même, dans un geste à la fois frontal et cérémoniellement précis. L’échelle intime de l’œuvre en amplifie la force plutôt qu’elle ne la diminue : un regard rapproché révèle que ce qui apparaît comme une destruction relève aussi de la restauration.


Le titre nomme le principe éthique au cœur de l’œuvre. La réciprocité (redevabilité mutuelle, obligation relationnelle, nature bidirectionnelle du traité), est précisément ce que la Loi sur les Indiens a systématiquement nié. En l’invoquant, Savard ne se contente pas de critiquer la législation : il nomme le cadre de rechange que le droit colonial a déplacé, rappelant qu’une véritable réconciliation exige ce retour aux fondements. Ainsi, la pièce agit simultanément comme critique, cérémonie et proposition.


Un contrepoint utile se trouve dans An Indian Act Shooting the Indian Act, Healey Estate, Northumberland, September 14th, 1997 (Une Loi sur les Indiens tirant sur la Loi sur les Indiens, domaine Healey, Northumberland, 14 septembre 1997), 1997, de Lawrence Paul Yuxweluptun (né en 1957), où une performance publique spectaculaire transforme le même document en cible devant un public. Là où Yuxweluptun amplifie la dissidence par l’échelle et la confrontation, l’approche de Savard est méditative et matériellement précise, le sens étant porté par le wampum et la peinture autant que par le coup de feu. Les deux œuvres rappellent que la Loi sur les Indiens n’est pas une abstraction, mais un objet : un objet que l’on peut manipuler, perturber et refuser symboliquement.


En définitive, Réciprocité résiste à toute consolation facile. Sa blessure demeure visible; ses perles et sa peinture ne réparent pas ce que la Loi a détruit. Pourtant, l’œuvre maintient ouverte la possibilité d’autre chose au-delà de la relation coloniale : un avenir ancré dans la réciprocité, la terre et la présence durable des traités. Savard situe l’art non comme représentation de l’histoire, mais comme activation d’une mémoire juridique et éthique autochtone.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

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