Lawrence Paul Yuxweluptun, Indian Residential School, Leaving the Shallow Graves and Going Home (Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi), 2022

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, Indian Residential School, Leaving the Shallow Graves and Going Home (Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi), 2022, acrylique sur toile, 182,9 x 243,8 cm, collection privée.
Dans Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi, la grande peinture acrylique de l’artiste contemporain Lawrence Paul Yuxweluptun (né en 1957), des Premières Nations Tsartlip et Syilx, en Colombie-Britannique, une procession d’enfants spectraux traverse, sous une nuit d’un indigo profond, un paysage meurtri de tombes peu profondes, en direction d’un horizon lointain. Ils rentrent chez eux sous forme d’esprits. Yuxweluptun décrit cette vision comme l’aboutissement d’un parcours, apportant enfin l’apaisement à des mémoires longtemps habitées par l’angoisse au sein des communautés autochtones.
Les figures avancent d’un pas irrégulier, chacune différemment transformée. Des orangés lumineux et des verts acides vibrent sur le fond sombre, des ovoïdes, des formes en U et d'autres motifs de la côte du Nord-Ouest structurent les articulations et les côtes, tandis que des têtes semblables à des masques évoquent des figures cérémonielles sculptées. Au centre marche un enfant-squelette multicolore, couronné d’un crâne d’un blanc cru : la mort mise à nu, mais vibrante d’énergie spirituelle. De part et d’autre, des compagnons se penchent vers l’avant comme des gardiens ou des témoins; de plus petits êtres agrippent des jouets spectraux ou tendent des mains effilées, évoquant des enfances interrompues. Les ombres allongées qu’ils projettent insistent sur le fait qu’il s’agit à la fois de corps et de souvenirs. Ce qui a été enfoui a un poids.

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, Portrait of a Residential School Child (Portrait d’un enfant de pensionnat), 2013, acrylique sur toile, 177 x 135 cm, collection de la famille Adelaar.
Yuxweluptun a dit vouloir montrer la vérité au monde : les enfants autochtones ont été maltraités, affamés, soumis à des expériences et tués. En les peignant sortant de leurs tombes, il refuse l’effacement inscrit dans les sépultures anonymes et les euphémismes des archives. L’exode devient à la fois mise en accusation et délivrance : il exige que ceux qui ont été enlevés soient vus en train de revenir, et que les communautés puissent les accueillir de nouveau par la cérémonie, même lorsque les dépouilles sont à tout jamais perdues. Le ciel nocturne, avec son croissant de lune et ses bandes de nuages menaçantes, suspend la scène dans une lumière de transition entre deux mondes, amplifiant le ton funéraire, mais provocateur du tableau.
Sur le plan formel, l’œuvre fusionne des systèmes visuels autochtones et des conventions picturales occidentales. Des lignes de contour prononcées de la côte salish et de la côte du Nord-Ouest dessinent les contours des enfants-esprits, tandis que le vaste paysage latéral et la procession mise en scène rappellent les tableaux d’histoire euro-américains. Ce langage hybride est au cœur du long projet de surréalisme autochtone de Yuxweluptun : plier l’espace, la couleur et les récits sur les origines pour transmettre la vérité politique et accélérer la guérison.
Commandée en 2021 afin d’honorer la toute première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada, la peinture est présentée publiquement en 2022 aux Heffel Galleries de Vancouver et de Toronto avant d’être mise aux enchères. Le prix d’adjudication de 157 250 dollars est entièrement remis à l’Orange Shirt Society et à l’Indian Residential School Survivors Society. L’intention commémorative de l’œuvre est ainsi démultipliée par le soutien direct apporté aux survivants et à l’éducation.
Dans Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi, Yuxweluptun choisit délibérément d’immortaliser le traitement réservé aux enfants autochtones dans le système des pensionnats au Canada et de graver cette histoire dans la mémoire collective. À la fois mémorial, manifeste et médecine, comprise ici comme une forme de guérison culturelle et spirituelle, l’œuvre donne à voir les enfants que le Canada a tenté d’oublier, invite leurs esprits à rentrer chez eux dans la dignité et appelle les spectateurs à accompagner ce voyage, un acte de témoignage essentiel à toute réconciliation véritable.
Collection de l’art des survivants

Carl Beam, Sauvage, 1988

Jackson Beardy, The World at Prayer (Le monde en prière), 1983

Henry Beaudry, Treaty No. 6, Battleford Area (Traité no 6, région des Battleford), s.d.

Mary Caesar, Hair Being Cut by Nuns (Cheveux coupés par les religieuses), 2017

Freda Diesing, Old Woman with Labret (Vieille femme au labret), 1973

Faye HeavyShield, Sisters (Sœurs), 1993

Robert Houle, Parfleches for the Last Supper (Pare-flèches pour la dernière Cène), 1983

Alex Janvier, Blood Tears (Larmes de sang), 2001

Norval Morrisseau, The Gift (Le cadeau), 1975

Ellen Neel, Kakaso’las, 1955-1956

David Ruben Piqtoukun, Airplane (Avion), 1995

Jamasee Padluq Pitseolak, The Day After (Le lendemain), 2010

Abraham Anghik Ruben, The Last Goodbye (Le dernier adieu), 2001

Pitaloosie Saila, Strange Ladies (Femmes étranges), 2006

Allen Sapp, Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), 1988

Henry Speck, Father Forgive Them (Père, pardonne-leur), 1958

Adrian Stimson, Sick and Tired (Malade et fatigue), 2006

Gerald Tailfeathers, Blood Camp (Campements des Bloods), 1956

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, Indian Residential School, Leaving the Shallow Graves and Going Home (Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi), 2022