Freda Diesing, Old Woman with Labret (Vieille femme au labret), 1973

Freda Diesing, Old Woman with Labret (Vieille femme au labret), 1973, aulne, écorce de cèdre, cheveux, coquille d’ormeau, pigment, 20,3 x 22,9 x 15,2 cm, Audain Art Museum, Whistler.
Sculpté dans l’aulne et orné d’écorce de cèdre, de cheveux et de coquille d’ormeau, Vieille femme au labret de l’artiste haïda Freda Diesing (1925-2002) représente une Aînée dont le labret, l’ornement sculpté porté sous la lèvre inférieure, est traditionnellement une marque de lignée et de statut social élevé chez les femmes haïda. Seules les femmes issues de familles de chefs portent des labrets, signes de sagesse, de beauté et d’autorité. Entre les mains de Diesing, la figure représentée dans ce masque devient un vecteur du droit ancestral : elle incarne la continuité matrilinéaire et la dignité des femmes comme porteuses de la culture. Diesing se réapproprie le labret, autrefois dénigré par les normes coloniales de beauté, comme signe de force, de capacité d’agir et d’identité.

Freda Diesing, Mask (Masque), s.d., aulne, pigment, 19,6 x 23,1 x 13,9 cm, Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

Freda Diesing, Double Headed Eagle (Aigle à deux têtes), 1983, sérigraphie, dimensionsTK, Vernon Public Art Gallery.
La sculpture expressive du masque — de fines lignes incisées rayonnant depuis la bouche, des yeux profondément creusés et l’ornementation tactile du cèdre et de la coquille — jette un pont entre passé et présent. La bouche ouverte suggère le souffle ou la parole : une voix qui refait surface. Dans la vision du monde haïda, les masques sont des présences animées plutôt que des objets statiques; portés pendant une danse, ils parlent. Même présenté en galerie, Vieille femme au labret conserve cette vitalité, invitant à reconnaître la féminité autochtone comme une réalité à la fois historique et toujours vivante. L’Aînée est à la fois ancêtre et figure contemporaine, rappelant que les valeurs qu’elle incarne continuent de façonner la vie communautaire, de la gouvernance à l’art et à la cérémonie.
Née à Prince Rupert, en Colombie-Britannique, Diesing commence à sculpter dans la quarantaine, inspirée par les artistes haïda Iljuwas Bill Reid (1920-1998) et Robert Davidson (né en 1946). Elle compte parmi les premières femmes de sa génération à sculpter publiquement des formes totémiques et à les enseigner de manière formelle. Comme de nombreux enfants autochtones de son époque, elle fréquente un pensionnat autochtone catholique, une expérience qui la sépare de sa langue et de sa communauté. Pourtant, la trajectoire de sa vie et de son art devient un renversement de cette rupture. Par la sculpture, Diesing transforme la perte en enseignement et la tradition en pédagogie vivante.
En retournant dans sa communauté pour sa vérité, sa beauté et sa franchise, Diesing démontre une éthique du regard et de la création fondée sur la responsabilité plutôt que sur l’expression de soi. Sa pédagogie, établie par l’intermédiaire de la Freda Diesing School of Northwest Coast Art du Coast Mountain College, transmet cette philosophie à une nouvelle génération de sculpteurs, dont Dempsey Bob (né en 1948), Don Yeomans (né en 1958) et Norman Tait (1941-2016). Au travers d’eux et plusieurs autres, son influence continue de façonner le renouveau des traditions de sculpture autochtones sur la côte du Nord-Ouest.
Vieille femme au labret se dresse à la fois comme hommage et comme prophétie. L’œuvre regarde vers le passé, vers les femmes ancestrales de haut rang qui ont soutenu l’ordre social et spirituel, et vers les futurs artistes se réappropriant l’autorité culturelle par la ligne de contour prononcée et le cèdre. Le masque de Diesing démontre que les récits anciens demeurent vivants, non pas comme des vestiges du passé, mais comme des présences qui continuent aujourd’hui d’enseigner, de parler et de définir les termes de la beauté, du leadership et de la parenté.
Collection de l’art des survivants

Carl Beam, Sauvage, 1988

Jackson Beardy, The World at Prayer (Le monde en prière), 1983

Henry Beaudry, Treaty No. 6, Battleford Area (Traité no 6, région des Battleford), s.d.

Mary Caesar, Hair Being Cut by Nuns (Cheveux coupés par les religieuses), 2017

Freda Diesing, Old Woman with Labret (Vieille femme au labret), 1973

Faye HeavyShield, Sisters (Sœurs), 1993

Robert Houle, Parfleches for the Last Supper (Pare-flèches pour la dernière Cène), 1983

Alex Janvier, Blood Tears (Larmes de sang), 2001

Norval Morrisseau, The Gift (Le cadeau), 1975

Ellen Neel, Kakaso’las, 1955-1956

David Ruben Piqtoukun, Airplane (Avion), 1995

Jamasee Padluq Pitseolak, The Day After (Le lendemain), 2010

Abraham Anghik Ruben, The Last Goodbye (Le dernier adieu), 2001

Pitaloosie Saila, Strange Ladies (Femmes étranges), 2006

Allen Sapp, Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), 1988

Henry Speck, Father Forgive Them (Père, pardonne-leur), 1958

Adrian Stimson, Sick and Tired (Malade et fatigue), 2006

Gerald Tailfeathers, Blood Camp (Campements des Bloods), 1956

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, Indian Residential School, Leaving the Shallow Graves and Going Home (Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi), 2022