Adrian Stimson, Sick and Tired (Malade et fatigué), 2006

Adrian Stimson, Sick and Tired (Malade et fatigue), 2006, fenêtres et lit d’infirmerie du pensionnat Old Sun, plumes, tubes fluorescents, peau de bison, dimensions variables, MacKenzie Art Gallery, Regina.
Pour son installation Malade et fatigué, Adrian Stimson (né en 1964) de la Nation siksika, en Alberta, et survivant du pensionnat d'Old Sun, récupère trois fenêtres d'origine de l'école, les remplit de plumes et les rétroéclaire avec intensité pour former le cœur lumineux de l'œuvre. Lues comme des ouvertures barrées, les fenêtres rappellent les enfants qui regardent vers la maison ; observées à travers les plumes, elles vacillent d'un élan de fuite étouffé, tel un esprit maintenu en suspens. Stimson décrit le travail comme un moyen d’« exorciser et de transcender le projet colonial », un geste orienté vers le pardon, la guérison et un état de grâce. En ce sens, l’installation insiste sur le fait que le silence rend le tort possible et que la parole — tout comme l’acte de montrer — devient cérémonie. En immobilisant à l'intérieur de cadres institutionnels des plumes, icônes de la spiritualité et du mouvement niitsitapi (Pieds-Noirs), il visualise la claustrophobie psychique de l'enfermement forcé et de la perte de la langue imposés par les pensionnats.

Adrian Stimson, Buffalo Boy at Burning Man (Buffalo Boy à Burning Man), 2005, photographie en noir et blanc, dimensions variables.
Face aux fenêtres se dresse un lit d’infirmerie provenant du pensionnat d’Old Sun, ses ressorts rouillés exposés et éclairés par un projecteur de sorte que l'ombre projetée évoque une peau tendue. Repliée sur le cadre repose une peau de bison, disposée comme si elle couvrait un corps : cadavre, ancêtre ou paquet cérémoniel. Pour Stimson, le bison condense toute l'expérience coloniale : la quasi-extermination de l'animal va de pair avec l'assaut délibéré des puissances coloniales contre les modes de vie des Niitsitapis, mais sa survie signale également la régénération culturelle au cœur de l'être niitsitapi. Le lit concentre ce que les pensionnats autochtones ont produit de manière systémique : la maladie, l’épuisement, la mort, les esprits brisés par le confinement, et les nombreux enfants qui rêvent de rentrer chez eux et souffrent dans de tels lits d’infirmerie. Réunis dans ce tableau chargé, le lit et la peau agissent comme un reliquaire matériel de génocide et de survivance, forçant le public à se confronter au coût corporel du régime des pensionnats alors même que la présence niitsitapi perdure.
En rassemblant ces vestiges, Malade et fatigué tient lieu de contre-mémoire : l'œuvre se réapproprie les débris institutionnels pour en faire une archive autochtone, combinant le passé et le présent dans un processus orienté vers le pardon, la guérison et un état de grâce. Le public ne reçoit pas un texte moralisateur. Il pénètre plutôt dans un champ sensoriel de lumière, d'ombre, de fourrure et de fer au sein duquel il doit endosser le rôle de témoin, faisant écho aux protocoles cérémoniels niitsitapis qui attribuent la responsabilité de se souvenir et de transmettre.
La pratique multidisciplinaire de Stimson oscille entre une performance incisive, comme dans Buffalo Boy at Burning Man (Buffalo Boy à Burning Man), 2005, et des installations élégiaques qui affrontent la violence coloniale, à l'instar d' Iini Bison Heart (Iini, cœur de bison), 2020. Malade et fatigué marque un moment charnière dans la transmission contemporaine de la vérité autochtone, déplaçant l’attention nationale des politiques abstraites vers les architectures matérielles qui ont contenu et tenté d'effacer les enfants autochtones. Située au sein d’expositions plus vastes sur les pensionnats, l'œuvre prolonge le long projet de deuil, de satire et de survivance de Stimson, démontrant comment la culture matérielle peut exposer un crime national tout en offrant un lieu de catharsis communautaire. Malade et fatigué transforme ainsi des fragments coloniaux en souveraineté visuelle autochtone : la mémoire devient tactile, le chagrin devient partageable et la guérison s’amorce.
Collection de l’art des survivants

Carl Beam, Sauvage, 1988

Jackson Beardy, The World at Prayer (Le monde en prière), 1983

Henry Beaudry, Treaty No. 6, Battleford Area (Traité no 6, région des Battleford), s.d.

Mary Caesar, Hair Being Cut by Nuns (Cheveux coupés par les religieuses), 2017

Freda Diesing, Old Woman with Labret (Vieille femme au labret), 1973

Faye HeavyShield, Sisters (Sœurs), 1993

Robert Houle, Parfleches for the Last Supper (Pare-flèches pour la dernière Cène), 1983

Alex Janvier, Blood Tears (Larmes de sang), 2001

Norval Morrisseau, The Gift (Le cadeau), 1975

Ellen Neel, Kakaso’las, 1955-1956

David Ruben Piqtoukun, Airplane (Avion), 1995

Jamasee Padluq Pitseolak, The Day After (Le lendemain), 2010

Abraham Anghik Ruben, The Last Goodbye (Le dernier adieu), 2001

Pitaloosie Saila, Strange Ladies (Femmes étranges), 2006

Allen Sapp, Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), 1988

Henry Speck, Father Forgive Them (Père, pardonne-leur), 1958

Adrian Stimson, Sick and Tired (Malade et fatigue), 2006

Gerald Tailfeathers, Blood Camp (Campements des Bloods), 1956

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, Indian Residential School, Leaving the Shallow Graves and Going Home (Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi), 2022