Allan Sapp, Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), 1988

Allen Sapp, Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), 1988, acrylique sur toile, 61 x 76,2 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.
Dans Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), l’artiste nêhiyaw (Cri des Plaines) Allan Sapp (1928-2015), originaire de la Première Nation crie de Red Pheasant en Saskatchewan, présente une cour balayée par les vents, délimitée par un bâtiment institutionnel de quatre étages et des haies taillées. Éparpillés, des enfants se regroupent en petites grappes muettes. D’autres se tiennent à l'écart, le dos tourné, leur distance accentuée par les longues ombres de la prairie. Aucun adulte n’apparaît. Un drapeau Union Jack déchiré par le vent s’incline au-dessus des lieux — un rappel par Sapp de l’autorité de la Couronne déléguée à des administrateurs religieux voués à l’assimilation. L'échelle dicte la charge émotive : le ciel et l'école écrasent les silhouettes, et le vide se fait solitude. Bien que le bâtiment de l'école ait brûlé en 1943, son architecture psychique perdure : la peinture ravive ce que le feu et les registres ont occulté. Ici, Sapp peint la mémoire comme un témoignage, communiquant ce qui ne pourrait être dit avec des mots.

Allen Sapp, The Pow-wow (Le pow-wow), 1987, acrylique sur toile, 101,6 x 152,4 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.
Sapp se rappelle que bien qu'il n’ait pas subi de sévices physiques ou sexuels à l’école, la discipline qui y règne n’a que peu de rapport avec celle qu’il connaît à la maison. Le cri y est interdit, l’anglais est obligatoire, et la punition peut prendre la forme de l’isolement. Pris une fois à parler cri, il se retrouve confiné dans sa chambre et manque un film de cow-boys qu’il attend avec impatience. Il reste assis seul à pleurer. Sa langue, étouffée, son sentiment d’appartenance, suspendu. Ce registre de la solitude, de la vigilance et de la dislocation culturelle imprègne Récréation à l’école d’Onion Lake sans qu'aucune scène explicite de punition ne soit représentée. Sa façon de peindre des silhouettes aux bras minces face à des façades massives relève moins de la description topographique que de la sensation : ce qu’éprouvait le corps d’un enfant au sein d'un espace démesuré et rigide.
La facture retenue du tableau résiste au pittoresque. Plutôt que de dramatiser le traumatisme, l’œuvre tient le silence de la dislocation quotidienne, une vérité plus subtile mais tout aussi dévastatrice. L’enfance de Sapp est marquée par la pauvreté, la tuberculose, la mort de sa mère (une nouvelle qui lui est cachée pendant des mois) et son séjour à l’école d'Onion Lake. Toutes ces ruptures de la parenté et de la langue nourrissent toute une vie passée à peindre le monde que son éducation coloniale avait tenté d’effacer. Parce qu’il n’a presque jamais représenté l’école directement, privilégiant plutôt la chaleur de la vie domestique crie, cette toile se lit comme un retour délibéré sur un lieu d’aliénation.
La plupart des peintures de Sapp débordent de liens de parenté : des grands-parents transportant du bois, des traîneaux sur des routes hivernales et l’éclat des couleurs des cérémonies de pow-wow. Lorsqu’on connaît ces scènes intimes, on ressent, ce qui manque à cette cour d’école : la langue, le contact, le récit. L’austérité qui s’en dégage souligne à quel point l’assimilation visait non seulement à contrôler le corps de l’enfant, mais aussi à le dépouiller des réseaux au sein desquels le sens se construit. Par ce contraste entre la présence ailleurs et l’absence ici, Sapp met en scène un argument visuel sur ce que le système des pensionnats autochtones s’est acharné à rompre. Bien avant que la Commission de vérité et réconciliation du Canada n’appelle la nation à écouter les survivants, il avait déjà peint un espace qui nous demande de regarder, de ressentir et de nous souvenir — et de nous tenir aux côtés des communautés qui tentent encore aujourd’hui de composer avec leur deuil.
Collection de l’art des survivants

Carl Beam, Sauvage, 1988

Jackson Beardy, The World at Prayer (Le monde en prière), 1983

Henry Beaudry, Treaty No. 6, Battleford Area (Traité no 6, région des Battleford), s.d.

Mary Caesar, Hair Being Cut by Nuns (Cheveux coupés par les religieuses), 2017

Freda Diesing, Old Woman with Labret (Vieille femme au labret), 1973

Faye HeavyShield, Sisters (Sœurs), 1993

Robert Houle, Parfleches for the Last Supper (Pare-flèches pour la dernière Cène), 1983

Alex Janvier, Blood Tears (Larmes de sang), 2001

Norval Morrisseau, The Gift (Le cadeau), 1975

Ellen Neel, Kakaso’las, 1955-1956

David Ruben Piqtoukun, Airplane (Avion), 1995

Jamasee Padluq Pitseolak, The Day After (Le lendemain), 2010

Abraham Anghik Ruben, The Last Goodbye (Le dernier adieu), 2001

Pitaloosie Saila, Strange Ladies (Femmes étranges), 2006

Allen Sapp, Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), 1988

Henry Speck, Father Forgive Them (Père, pardonne-leur), 1958

Adrian Stimson, Sick and Tired (Malade et fatigue), 2006

Gerald Tailfeathers, Blood Camp (Campements des Bloods), 1956

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, Indian Residential School, Leaving the Shallow Graves and Going Home (Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi), 2022