Faye HeavyShield, Sisters (Sœurs), 1993

Faye HeavyShield, Sisters (Sœurs), 1993, chaussures modifiées avec du plâtre, du gesso et de la peinture acrylique, diamètre extérieur après installation : 105 cm, Collection McMichael d’art canadien, Kleinburg.

Faye HeavyShield, Numerous (Nombreux), 2013, impressions à jet d’encre en relief sur papier (cinquante-cinq éléments), chaque élément mesurant environ 18 x 12,8 cm, Alberta Foundation for the Arts, Edmonton.
L’installation Sœurs de la sculptrice et artiste d’installation kainai (Blood) Faye HeavyShield (née en 1953) est composée de six paires de chaussures à talons hauts (parfois documentées comme sept), modifiées avec du plâtre, du gesso et de la peinture mate, puis disposées au sol en cercle ouvert vers l’extérieur, talon contre pointe. Égratignées, raidies et pratiquement impossibles à porter, les chaussures remplacent des corps absents, mais dont la présence demeure palpable.
HeavyShield fréquente le pensionnat de St-Mary, à Cardston, en Alberta. Dans Sœurs, elle transforme le plus humble des objets trouvés, des escarpins de femmes de seconde main, en vigile pour les générations de filles et de femmes autochtones façonnées par les pensionnats et les externats autochtones. Par leur disposition, elle reconfigure ces accessoires de la féminité en formation protectrice. Le cercle, géométrie sacrée dans les cultures niitsitapies (pied-noires), signale la continuité communautaire, la prière et l’endurance cyclique de la vie. Puisque les chaussures sont tournées vers l’extérieur, l’anneau se lit comme une présence vigilante. Les sœurs se protègent les unes les autres contre les forces qui ont autrefois pénétré le cercle pour faire du mal : l’Église, l’État et l’assimilation.
Les choix des matériaux approfondissent cette résonance. Le cuir plâtré prend la forme du sabot fendu, évoquant des pistes de chevreuil ou de cheval autour d’un tambour, reliant les empreintes des femmes à la terre, à la parenté animale et aux cérémonies perturbées par les pensionnats, sans jamais être entièrement rompues. Le fini monochrome rappelle le noir clérical et la palette retenue du rituel catholique, marquant l’impact de la vie missionnaire tout en réassignant ses symboles à l’autorité autochtone. HeavyShield décrit l’œuvre comme une réflexion sur la force des femmes et sur la puissance de l'introspection comme refuge. Les chaussures deviennent à la fois armure et prière.
Le silence prend la parole. Aucun nom, aucune photographie, aucun document n’accompagne l’œuvre : les spectateurs font plutôt face au vide et doivent lui fournir la mémoire. Debout dans le cercle ou à côté de lui, ils se sentent invités, et obligés, à le compléter et à témoigner pour les proches qui ne sont pas revenus ou qui sont revenus transformés. Avec cette exigence participative, Sœurs s’inscrit dans les pratiques autochtones du témoignage : celui-ci est relationnel et réciproque, et s'active lorsque nous acceptons la responsabilité de mémoire et de transmission. L’économie de moyens de l’installation, sa répétition simple, son échelle modeste et sa disposition au ras du sol, propose une esthétique du respect plutôt que du spectacle. HeavyShield rend compte de la violence par ce qui reste plutôt qu’en de remettre en scène le tort subi.
Lue aux côtés d’autres œuvres de sa pratique, comme Numerous (Nombreux), 2013, Sœurs fait office d’archive émotionnelle. Chaque chaussure vide est un véhicule d’histoire; ensemble, elles portent le deuil collectif et la résilience. Dans les contextes muséaux consacrés à la vérité et à la réconciliation, l’installation agit comme une résistance symbolique. Elle pleure les ravages infligés par les pensionnats autochtones et par les institutions qui ont imposé ce système, mais célèbre aussi le réseau durable des femmes autochtones dont la force collective a porté les langues, les enseignements et les unes les autres à travers cette histoire. Silencieuse, dépouillée et inoubliable, Sœurs parle à travers son cercle : nous sommes ici, nous nous soutenons, nous nous souvenons.
Collection de l’art des survivants

Carl Beam, Sauvage, 1988

Jackson Beardy, The World at Prayer (Le monde en prière), 1983

Henry Beaudry, Treaty No. 6, Battleford Area (Traité no 6, région des Battleford), s.d.

Mary Caesar, Hair Being Cut by Nuns (Cheveux coupés par les religieuses), 2017

Freda Diesing, Old Woman with Labret (Vieille femme au labret), 1973

Faye HeavyShield, Sisters (Sœurs), 1993

Robert Houle, Parfleches for the Last Supper (Pare-flèches pour la dernière Cène), 1983

Alex Janvier, Blood Tears (Larmes de sang), 2001

Norval Morrisseau, The Gift (Le cadeau), 1975

Ellen Neel, Kakaso’las, 1955-1956

David Ruben Piqtoukun, Airplane (Avion), 1995

Jamasee Padluq Pitseolak, The Day After (Le lendemain), 2010

Abraham Anghik Ruben, The Last Goodbye (Le dernier adieu), 2001

Pitaloosie Saila, Strange Ladies (Femmes étranges), 2006

Allen Sapp, Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), 1988

Henry Speck, Father Forgive Them (Père, pardonne-leur), 1958

Adrian Stimson, Sick and Tired (Malade et fatigue), 2006

Gerald Tailfeathers, Blood Camp (Campements des Bloods), 1956

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, Indian Residential School, Leaving the Shallow Graves and Going Home (Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi), 2022