Henry Beaudry, Treaty No. 6, Battleford Area (Traité no 6, région des Battleford), s.d.

Henry Beaudry, Treaty No. 6, Battleford Area (Traité no 6, région des Battleford), s.d., acrylique et crayon-feutre sur toile, 61 x 76,4 cm, Collection permanente de SK Arts, Regina.
Traité no 6, région des Battleford de l’artiste cri des Plaines Henry Beaudry (1921-2016), de la Première Nation crie de Poundmaker, en Saskatchewan, représente une scène de signature mise en scène : deux hommes cris, un chef et un conseiller, se tiennent face à un agent du gouvernement, flanqués d’un prêtre et de deux officiers de la Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest. La composition est simple, mais chargée. Le chef cri se penche pour signer son nom d’un « X », une marque qui évoque la participation forcée et l’exclusion linguistique. La tension entre cérémonie et coercition transforme ce moment de conclusion d’un traité en méditation visuelle sur le pouvoir, l’endurance et la redevabilité historique, une méditation qui envisage l’histoire non pas comme un fait réglé, mais comme une négociation continue de la souveraineté.
Dans cette peinture, Beaudry condense tout un système colonial en un seul tableau. Chaque figure fait office d’archétype : les signataires cris comme témoins de la Nation, le prêtre comme médiateur entre des systèmes de croyance, la police comme force d’application du nouvel ordre et l’agent du gouvernement comme bureaucratie de l’empire. Le « X » du chef incarne l’asymétrie de la relation issue du traité, une signature qui garantit une promesse tout en effaçant une voix. Par la perspective aplatie, les aplats de couleur et les contours nets, Beaudry pose sa scène dans un temps et un espace indéterminés, suggérant que le moment du traité demeure inachevé et résonne encore dans le présent.

Traité no 6, signé le 23 août 1876.
Le Traité no 6, signé en 1876 dans la région de Battleford, couvre les terres des Cris des Plaines et des Cris des Bois, des Assiniboines et des Premières Nations alliées. Il promet des soins médicaux, des rations et de l’aide en période de famine. Pourtant, il devient un lieu de profonde trahison et de contestation. La peinture de Beaudry n’illustre pas ces faits, elle s’en souvient. Son travail du pinceau produit une contre-archive, imposant un témoin autochtone à une histoire souvent racontée par les institutions coloniales.
L’histoire personnelle de Beaudry donne à cette image une résonance plus profonde. Survivant du pensionnat de Thunderchild, il porte la mémoire de l’assimilation imposée par l’État. Plus tard, comme soldat et prisonnier de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale, il connaît une autre institution de discipline et de survie. De retour chez lui, en Saskatchewan, il commence à peindre à la fin des années 1950 comme une forme de renouveau, un acte de réappropriation du récit, de la terre et de l’identité face à des systèmes conçus pour les effacer. Contrairement à de nombreux artistes dont l’œuvre affronte directement le traumatisme des pensionnats, les peintures de Beaudry se tournent vers la restauration, affirmant la continuité de la vie et des valeurs cries face à la suppression culturelle. Ses représentations de campements, de cérémonies et de rencontres historiques incarnent la survivance : une volonté de persister, de raconter et d’enseigner par l’image. Son approche narrative résonne avec celle de contemporains comme Allen Sapp (1928-2015), ainsi qu’avec celle d’artistes plus récents, dont Sanford Fisher (1927-1995) et Michael Lonechild (né en 1955), dont les pratiques prolongent cette attention portée à la mémoire, à la communauté et à l’expérience vécue en Saskatchewan.
Tout au long de sa carrière, Beaudry signe ses œuvres d’une plume d’aigle, déclaration spirituelle de vérité et de continuité. Son art, souvent offert à des membres et à des dirigeants de la communauté, sert de témoignage et d’enseignement plutôt que comme marchandise. Dans Traité no 6, région des Battleford, il ne peint pas les doléances, mais l’endurance : un rappel que même dans les espaces coercitifs — écoles, camps, traités — la capacité d’agir autochtone perdure. Son langage visuel refuse le désespoir, insistant plutôt sur la clarté historique, les interconnexions et la persistance de la souveraineté crie à travers le temps.
Collection de l’art des survivants

Carl Beam, Sauvage, 1988

Jackson Beardy, The World at Prayer (Le monde en prière), 1983

Henry Beaudry, Treaty No. 6, Battleford Area (Traité no 6, région des Battleford), s.d.

Mary Caesar, Hair Being Cut by Nuns (Cheveux coupés par les religieuses), 2017

Freda Diesing, Old Woman with Labret (Vieille femme au labret), 1973

Faye HeavyShield, Sisters (Sœurs), 1993

Robert Houle, Parfleches for the Last Supper (Pare-flèches pour la dernière Cène), 1983

Alex Janvier, Blood Tears (Larmes de sang), 2001

Norval Morrisseau, The Gift (Le cadeau), 1975

Ellen Neel, Kakaso’las, 1955-1956

David Ruben Piqtoukun, Airplane (Avion), 1995

Jamasee Padluq Pitseolak, The Day After (Le lendemain), 2010

Abraham Anghik Ruben, The Last Goodbye (Le dernier adieu), 2001

Pitaloosie Saila, Strange Ladies (Femmes étranges), 2006

Allen Sapp, Recess at Onion Lake School (Récréation à l’école d’Onion Lake), 1988

Henry Speck, Father Forgive Them (Père, pardonne-leur), 1958

Adrian Stimson, Sick and Tired (Malade et fatigue), 2006

Gerald Tailfeathers, Blood Camp (Campements des Bloods), 1956

Lawrence Paul Yuxweluptun Lets’lo:steltun, Indian Residential School, Leaving the Shallow Graves and Going Home (Pensionnat indien, quitter les tombes peu profondes et rentrer chez soi), 2022