Carl Beam, Sauvage, 1988

painting of a schoolhouse window with 'sauvage' painted in red with a white gun in a display case below

Carl Beam, Sauvage, 1988, techniques mixtes sur Plexiglas, bois peint, objet trouvé (carabine), 308 x 109,9 x 15 cm (avec cadre intégré), Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Sauvage, ce grand assemblage en techniques mixtes, est largement reconnu comme la première référence artistique directe de l’artiste anishinaabe Carl Beam (1943-2005), de la Première Nation M’Chigeeng, en Ontario, à son expérience à l’école secondaire Garnier. Le titre, qui reprend le mot français « sauvage », se réapproprie un terme historiquement utilisé pour rabaisser et déshumaniser les peuples autochtones. En en faisant le titre de l’œuvre, Beam confronte directement le regard colonial, transformant l’insulte en déclaration de résistance. À ce titre, l’œuvre est à la fois un règlement de comptes personnel et une mise en accusation publique.

Sepia-toned photograph of a Residential School.

Garnier High School (également connu sous le nom de pensionnat autochtone de Spanish), Spanish, Ontario, années 1950, photographe inconnu.

Sepia-toned poster featured the words Spanish Reunion '88 in red type.

Carl Beam, Spanish Reunion ’88 Poster (Affiche pour la réunion de Spanish de 88), 1988, sérigraphie, 66,3 x 50,9 cm, collection privée.

L’œuvre fusionne la peinture sur Plexiglas, les objets trouvés (dont une carabine) et l’imagerie photographique superposée. En son centre se trouve une juxtaposition saisissante : une image de Jésus-Christ sur la croix, située dans le cimetière de l’école, et une photographie de la dévastation qui a suivi le bombardement atomique d’Hiroshima, au Japon. Ce rapprochement est délibéré et impitoyable. La crucifixion, centrale dans l’image que l’Église catholique se fait d’elle-même, est superposée au lieu de sépulture d’enfants autochtones qui ont souffert sous cette même mission « civilisatrice ». Sauvage agit comme un acte de transmission de la vérité porté par la force de la mémoire vécue. Le cimetière devient un symbole de l’objectif du système des pensionnats autochtones : effacer les langues, les cultures et la souveraineté spirituelle autochtones. L’image d’Hiroshima amplifie cette comparaison, plaçant le tort causé ici dans le cadre des atrocités mondiales du vingtième siècle.


Créée en 1988, l’œuvre précède les révélations publiques marquantes sur les abus généralisés faites par des survivants comme Phil Fontaine en 1990. Elle se dresse comme une déclaration de vérité précoce et non autorisée, nommant la violence du système des pensionnats autochtones avant qu’elle n’entre dans le discours public dominant. Ce faisant, Sauvage s’inscrit dans une longue tradition autochtone de parole à travers les silences imposés, utilisant l’autorité de l’art pour révéler ce que les histoires officielles nient.


Pour les spectateurs autochtones, l’œuvre affirme la profondeur de la perte et du traumatisme, reconnaissant que les pensionnats autochtones n’étaient pas des lieux d’éducation, mais des instruments de génocide culturel. Pour les publics non autochtones, elle démantèle les mythes protecteurs de bienveillance entourant l’Église et l’État, les obligeant à reconnaître le système des pensionnats autochtones comme une attaque contre la vie et l’esprit.


Lorsque le Musée des beaux-arts du Canada acquiert Sauvage en 2009, il reconnaît l’importance historique et artistique de la première référence directe de Beam à son expérience des pensionnats autochtones. L’œuvre demeure un registre souverain, une archive autochtone qui refuse l’effacement et exige le témoignage. En confrontant le spectateur à ces images entrelacées de foi et de dévastation, Sauvage insiste sur le fait que la réconciliation doit commencer par une pleine reconnaissance des torts causés.

Collection de l’art des survivants

Carl Beam, Sauvage, 1988 - Art Canada