Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012, chaise, sculpture, documents, plumes, 78,8 x 33,1 x 48,3 cm.
Dans Le fantôme confiné à la chaise, l’artiste kwakwaka’wakw Beau Dick (1955-2017) transforme un objet ordinaire, une chaise d’atelier usée qui se trouvait autrefois dans un ancien pensionnat, en un réceptacle de mémoire, de résistance et de continuité culturelle. Sur le siège en vinyle rouge repose un masque de Bukwus, l’homme sauvage des bois et chef des fantômes. Dans la tradition kwakwaka’wakw, Bukwus est un personnage squelettique et fantomatique qui attire les âmes perdues avec de la nourriture spirituelle, les condamnant à rejoindre sa suite spectrale. Sa présence relie ici la chaise de pensionnat au sort des enfants forcés à l’assimilation : coupés de leur famille, de leur langue et de leur communauté, plusieurs sont devenus semblables aux esprits errants que Bukwus incarne. Autour du masque, la corde de cèdre, la laine de chèvre, les plumes et la rose en cèdre tressé affirment le savoir cérémoniel et la continuité sacrée. Derrière la chaise, un panneau peint porte des motifs de lignes de contour prononcées de la côte du Nord-Ouest, tandis qu’à la base repose un exemplaire de la Loi sur les Indiens, principal instrument de l’effacement culturel. Ensemble, ces matériaux superposent les dimensions spirituelle, cérémonielle et bureaucratique du contrôle colonial.

Beau Dick, Hawk Frontlet (Plaque frontale au faucon), s.d., acrylique sur masque en cèdre sculpté, 17,8 x 16,2 x 7 cm, collection privée.
La chaise elle-même ancre l’installation dans l’histoire des pensionnats, où les enfants étaient confinés, réduits au silence et disciplinés. En la réutilisant comme support pour Bukwus, Dick arrache l’objet à sa fonction coloniale et en fait un lieu de résurgence autochtone. Le masque ne fait pas que hanter la chaise; il s’y tient droit et actif, exigeant qu’on en soit témoin. Dans ce contexte, Bukwus est à la fois un esprit malveillant et une puissante métaphore de la dislocation psychique causée par l’assimilation. Son visage squelettique reflète le vide culturel imposé aux enfants autochtones, tandis que sa suite spectrale évoque les générations perdues au système des pensionnats. Pourtant, en plaçant Bukwus dans un cadre cérémoniel entouré de cèdre, de plumes et de lignes de contour prononcées, Dick le transforme à la fois en avertissement et en témoin, présence ancestrale qui refuse l’effacement.
Dick est un artiste influent de la côte du Nord-Ouest, reconnu pour sa maîtrise technique de la sculpture kwakwaka’wakw ainsi que pour sa capacité à animer les formes traditionnelles en réponse aux réalités politiques et sociales contemporaines. Le fantôme confiné à la chaise ne présente pas la réconciliation comme une résolution. Au contraire, l’œuvre maintient la conversation en suspens, rappelant au public que les esprits confinés par l’histoire demeurent actifs dans le façonnement du présent. À travers Bukwus, Dick canalise à la fois le traumatisme et la continuité, créant une archive cérémonielle qui lie la mémoire à la résurgence.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007