Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Two stained glass windows in a dark gallery.

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012, verre, métal, plomb, fer, 125 x 339,8 cm, Édifice du Centre, colline du Parlement, Ottawa.

Dans son vitrail Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir), l’artiste métisse Christi Belcourt (née en 1966) présente un récit historique et symbolique. Le panneau inférieur gauche évoque un monde autochtone précolonial : les habitations, les cérémonies, la langue, les savoirs médicinaux. Ces images ne relèvent pas d’une nostalgie romantique, mais affirment ce qui a été perturbé par la force. Les panneaux centraux plongent le public dans l’ère des pensionnats : les enfants arrachés à leur famille, réduits au silence et en souffrance. Le motif du verre brisé y est particulièrement puissant. Il fracture le matériau autant qu’il fracture le silence, la famille et la vie psychique des survivants. Cela correspond à ce que les historiens et les survivants confirment : le système était violent et conçu pour effacer la langue, la culture et l’identité.

Detail of a stained glass window.

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012, verre, métal, plomb, fer, 125 x 339,8 cm, Édifice du Centre, colline du Parlement, Ottawa.

Detail of a stained glass window featuring the date "2008."

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)] (panneau supérieur), 2012, verre, métal, plomb, fer, 125 cm × 339,8 cm, Édifice du Centre, colline du Parlement, Ottawa.

Pourtant, les sections supérieures et le panneau de droite tracent un mouvement vers la résurgence : les excuses présentées en 2008 aux anciens élèves des pensionnats par le gouvernement du Canada, la réconciliation, la danse, la cérémonie, la maternité, le retour du chant et de la langue, ainsi que l’accueil des générations futures. Belcourt clôt le récit par la transformation et la responsabilité plutôt que par le désespoir. Les mots « Je t’aime », intégrés dans plusieurs langues autochtones, s’opposent au silence imposé par les écoles et restaurent des voix longtemps tues. Les symboles des rituels, la robe à clochettes (jingle dress), le tambour, la médecine, le soleil et la lune, placent les modes de connaissance autochtones au centre plutôt qu’en marge. Le vitrail, médium traditionnellement associé au sacré et à la confession, permet à Belcourt d’allier résonance spirituelle et présence institutionnelle, un registre particulièrement approprié pour une telle œuvre commémorative.


Regard vers l’avenir est à la fois une œuvre de réappropriation et de commémoration. Elle matérialise ce dont parlent de nombreux documents de la Commission de vérité et réconciliation du Canada : la vérité, les excuses, la revitalisation culturelle. Elle critique également les gestes souvent creux de la réconciliation. Installé sur la Colline du Parlement en 2012, le vitrail surplombe l’entrée des députés et s’impose comme bien plus qu’un élément décoratif : il agit comme témoin au cœur même de la gouvernance coloniale, veillant à ce que le récit des pensionnats ne puisse être oublié ou mis de côté. À cet endroit, il formule des exigences implicites : les excuses doivent se traduire par des politiques concrètes, des programmes d’éducation, la restauration des langues et la réparation culturelle. Il nous rappelle que la réconciliation est plus que symbolique : elle doit être matérielle.

Tout aussi importante est l’attention que Belcourt porte aux enjeux intergénérationnels : se souvenir de la vie avant les pensionnats, de la souffrance, de l’éveil et des générations à venir. Cette structure cyclique exige que notre engagement envers l’héritage des pensionnats s’inscrive dans la durée plutôt que dans des gestes ponctuels. La guérison, dans cette œuvre, est relationnelle et séquentielle, liant les ancêtres, les survivants, les enfants et les enfants à naître.


Regard vers l’avenir sert à la fois de miroir et de carte. Le vitrail reflète l’histoire brisée des pensionnats et les traumatismes subis, tout en montrant une voie possible vers l’avenir, ancrée dans le savoir autochtone, la cérémonie, la langue et la responsabilité collective. Cette œuvre démontre comment l’art public peut transformer le discours, situant les expériences personnelles dans la sphère politique, et appeler à une redevabilité structurelle plutôt qu’à des gestes symboliques. À ce titre, elle constitue un acte puissant de commémoration publique qui entrelace la mémoire, la perte, les excuses et la possibilité de guérison à l’intérieur du cadre de la souveraineté visuelle autochtone — le droit de représenter et d’être vu selon les termes autochtones.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012 - Art Canada