Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Two people, one man and a woman, perform in a gallery before an artwork on the floor.

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013, performance.

Le cycle de performances réalisé en 2013 par Peter Morin (né en 1977), de la Nation Tahltan, en Colombie-Britannique, constitue l’une des formulations les plus importantes de l’art de la performance autochtone dans le Canada contemporain. Conçu comme un projet d’une durée d’un an réunissant les performances Voici ce qui se passe lorsqu’on met en active la mémoire de la terre, Hair (Cheveux) — dans laquelle des cheveux humains sont tissés dans une couverture à boutons comme offrande collective — et This is not a Simple Movement (Ceci n’est pas un simple mouvement), le cycle aborde la performance non pas comme un genre artistique distinct, mais comme une pratique relationnelle et cérémonielle ancrée dans le droit autochtone, la parenté et la collaboration plus qu’humaine. Au travers de ces œuvres interconnectées, Morin met au premier plan la capacité d’agir de matériaux et d’êtres souvent considérés comme inertes dans le discours artistique occidental. Les « tambours, hochets, masque, couverture à boutons, éventail en plumes d’aigle, feu et lune » sont compris comme des « collaborateurs actifs » plutôt que comme des accessoires, façonnant le sens et l’issue de chaque performance par leur présence. Cette reconnaissance donne forme à une vision du monde autochtone dans laquelle les œuvres d’art, les matériaux et les forces ancestrales partagent intention et responsabilité. La performance devient un lieu de rencontre plutôt que d’exposition, où la capacité d’agir circule au sein des relations humaines et non humaines.

Scattered items—drums and regalia—on a gallery floor

Peter Morin, This is not a Simple Movement (parts 1 and 2) [Ceci n’est pas un simple mouvement (parties 1 et 2)], dateTK, performance.

L’intention initiale du projet émerge publiquement lors du rassemblement Reconciliation: Works in Progress, tenu à l’Université Algoma en 2012, où Morin s’engage à créer des parures cérémonielles pour les enfants qui n’ont pas survécu aux pensionnats, puis à brûler ces parures afin que ces enfants aient quelque chose à porter pour danser. Ce vœu transforme les performances en offrandes structurées autour du soin, du deuil et de la continuité. Plutôt que de mettre le traumatisme en spectacle, Morin active une pratique autochtone de transfert. Le feu reçoit les parures, les transforme et les fait passer d’un espace relationnel à un autre. La perte est abordée par la responsabilité plutôt que par la représentation.


Au cœur du cycle se trouve un refus de séparer la production artistique des systèmes de savoir autochtones. Morin rappelle un enseignement selon lequel l’arbre appelle à son tour le sculpteur, soulignant ainsi la réciprocité comme condition de la création. Les performances se déploient au sein d’une cosmologie où les matériaux, les outils, les ancêtres et la terre agissent comme cocréateurs. Les publics sont invités à s’approcher et à reconnaître la performance comme un champ intersubjectif façonné par le souffle, le rythme et la présence, et non comme un objet destiné à un regard détaché.


La mise au feu des parures cérémonielles dans Ceci n’est pas un simple mouvement devient le geste déterminant du projet. Il ne s’agit pas d’un acte de destruction, mais d’un geste de renouveau et de continuité. Le chant, le feu et le mouvement agissent comme des outils autochtones de transformation, hors des logiques extractives des institutions qui ont historiquement encadré l’art et l’histoire autochtones. Par ces gestes, Morin énonce une souveraineté visuelle autochtone en situant l’autorité dans la cérémonie, la redevabilité relationnelle et le droit autochtone vécu.


Le cycle de performances démontre comment la performance autochtone peut relever à la fois de la cérémonie, du témoignage et de ce qui appartient au futur. La mémoire y est activée comme relation, et les enfants qui ne sont jamais rentrés chez eux sont honorés par le mouvement, le chant et la promesse d’une présence qui se poursuit.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Peter Morin, Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2), 2013 - Art Canada