Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

A school desk and chair sit in a gallery. A bar of soap is on the desk.

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013, pupitre d’école des années 1930 (bois, métal), savon Lifebuoy d’époque, feuille de cuivre, 83,8 x 55,9 x 66,1 cm, Musée des beaux-arts de Vancouver.

Le pupitre de Leila, une installation de l’artiste interdisciplinaire ligwiłda’xw Kwakwaka’wakw Sonny Assu (né en 1975), se compose d’un bureau d’école des années 1930, en bois et en fonte, récupéré dont les parties métalliques sont recouvertes de feuilles de cuivre, un matériau qui symbolise la richesse culturelle des Kwakwaka’wakw. Sur le dessus repose un pain de savon Lifebuoy d’époque, symbole percutant d’une insulte raciste. L’œuvre s’inspire d’une histoire vécue par la grand-mère d’Assu, Leila : à son arrivée à l’externat autochtone, un de ses camarades de classe l’a traitée de « sale Indienne » en déposant le savon sur son bureau.


En transformant un objet banal en œuvre d’art, Assu préserve l’expérience de Leila sous une forme matérielle qui devient un lieu de vérité. Le cuivre affirme la prospérité et la souveraineté en contrepoint direct au message humiliant du savon, soustrayant le récit à l’humiliation pour l’inscrire dans la fierté. Présentée au moment de la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, l’œuvre souligne le rôle de l’éducation dans le génocide culturel et conteste le mythe canadien d’un présent postcolonial.

Open school desk with copper overlay.

Sonny Assu, Inherent (Inhérent), 2014, pupitre d’école des années 1970 (métal, bois), feuille de cuivre, 63,5 x 48,3 x 77,5 cm, Musée des beaux-arts de Vancouver.

Inherent (Inhérent), 2014, une autre œuvre réalisée à partir d’un bureau d’école des années 1970 lui aussi recouvert de feuilles de cuivre, rappelle les années d’école secondaire d’Assu pendant la crise d’Oka en 1990, lorsque les insultes racistes proférées par un camarade de classe — « assisté social, ivrogne, idiot » — ont mis à nu les préjugés anti-autochtones « inhérents » à la société canadienne. La pièce relie son expérience à celle de sa grand-mère, révélant la persistance générationnelle du racisme au sein des espaces éducatifs. Ici, le cuivre transforme à nouveau un symbole de discipline coloniale en un symbole de résilience culturelle. La question d’Assu, « Comment contester une haine si profondément enracinée ? », devient un défi lancé au public, faisant de l’œuvre un acte de décolonisation autant qu’un témoignage personnel.


Ces deux œuvres mettent en scène une rencontre créative, cérémonielle et immersive entre les systèmes de savoirs autochtones et occidentaux, fondée sur le respect, l’humilité et la redevabilité mutuelle. Entre les mains d’Assu, le bureau d’école, objet conçu pour contenir et discipliner, devient un vecteur de transmission intergénérationnelle des savoirs. En reliant l’expérience de Leila à la sienne, il tisse un récit de parenté qui s’étend à toutes les familles autochtones touchées par la violence de l’éducation coloniale.


Assu crée des œuvres qui confrontent l’histoire coloniale du Canada et l’héritage durable des pensionnats et des externats autochtones. Travaillant à l’intersection de l’iconographie autochtone et de la culture matérielle du colonialisme, il mobilise le savoir visuel autochtone, une archive vivante de mémoire, de relation et de résistance. Avec Le pupitre de Leila et Inhérent, il transforme des objets d’assimilation en actes de souveraineté visuelle.


Dans le cadre de l’art, de la vérité et de la réconciliation, où la vérité est comprise comme ce qui relie l’intuition personnelle, les croyances sociétales et le monde naturel, ces bureaux deviennent des archives vivantes. La feuille de cuivre y devient une richesse restaurée, restituée à la communauté et aux générations futures. De cette façon, Le pupitre de Leila et Inhérent résistent à l’effacement, s’opposent à la honte imposée par la salle de classe coloniale et invitent à un témoignage actif. Ils nous rappellent que la transmission de la vérité consiste certes à exposer le tort causé, mais aussi à réaffirmer une présence, une richesse et une continuité culturelle face aux héritages coloniaux toujours à l’œuvre.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013 - Art Canada