Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

An Inuit child kneels as a suited authority figure, likely a teacher, is poised to strike the youth’s hands with a ruler.

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015, stéatite et os, 26 x 35,6 x 25,4 cm, The Rooms, St. John’s.

Dans Cauchemar de pensionnat autochtone, du sculpteur inuit Davidee Ningeok, Sr. (né en 1982), un enfant inuit est agenouillé tandis qu’une figure d’autorité en complet, probablement un enseignant, s’apprête à lui frapper les mains avec une règle. Sur les genoux de l’adulte repose un petit livre en ivoire gravé des mots « XYZ xyz ». Ce détail rend explicite ce qu’on cherchait à inculquer à coups de règle : le programme d’études euro-canadien lui-même, soit l’alphabet, l’arithmétique et des formes étrangères de littératie imposées aux dépens des savoirs inuits. En saisissant ce moment de confrontation, la sculpture propose un commentaire cru et sans détour sur le traumatisme vécu de l’éducation coloniale dans les communautés inuites.


Le choix des matériaux de Ningeok est délibéré. La stéatite, (pierre de savon) associée de longue date aux traditions de sculpture inuites, devient ici un support de témoignage plutôt que de célébration. Le contraste entre la pierre sombre et l’ivoire clair attire l’attention sur le livre et la règle, objets transformés de symboles d’éducation en instruments servant à infliger des torts. Dans cette juxtaposition, la pierre suggère le poids et la permanence, tandis que l’ivoire — fragile, mais tranchant — souligne la violence des leçons imposées.


Le titre Cauchemar de pensionnat autochtone situe l’œuvre dans l’histoire traumatique des institutions gérées par les Églises et le gouvernement fédéral au sein de l’Inuit Nunangat et ailleurs au Canada. Pendant des générations, des enfants inuits ont été arrachés à leur famille, punis pour avoir parlé leur langue et soumis à des violences physiques et psychologiques. Dans les pensionnats et les externats autochtones, les châtiments corporels, y compris le fait de frapper les mains des enfants, étaient couramment employés pour tenter d’étouffer l’identité autochtone. En sculptant ce moment dans la pierre, Ningeok condense d’innombrables souvenirs en un seul tableau obsédant.


Sur le plan stylistique, les personnages sont monumentaux et massifs, réduits à l’essentiel. Leur abstraction rend la scène archétypale plutôt qu’individuelle, image universelle du pouvoir et de la vulnérabilité. La posture défensive de l’enfant contraste vivement avec la position dominante de l’enseignant, rendant visible le système plus large de domination qui sous-tendait la scolarisation coloniale.


Le livre gravé est particulièrement puissant. S’il rappelle les abécédaires élémentaires destinés à enseigner les lettres et les chiffres, il devient, dans ce contexte, un symbole de coercition. Associé à la règle levée, il révèle le paradoxe de l’éducation offerte aux enfants autochtones : présentée comme une ouverture, elle était imposée comme effacement culturel et violence.


La sculpture de Ningeok relève à la fois du souvenir et de la résistance. En ancrant une mémoire douloureuse dans une pierre durable, Cauchemar de pensionnat autochtone transforme le traumatisme en témoignage et honore la résilience des survivants. Son économie de moyens — la pierre, l’ivoire et quelques lettres gravées — traduit tout un système de violence culturelle. En donnant forme au cauchemar, Ningeok veille à ce que cette histoire ne soit ni oubliée ni ignorée.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015 - Art Canada