Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

A black and white, close-up image of the face of a young girl.

Caroline Monnet et Daniel Watchorn, The Black Case (La mallette noire) (image tirée du film), 2014, vidéo en noir et blanc avec son, en cri avec sous-titres anglais, 13 minutes.

The Black Case (La mallette noire) condense un siècle de politiques en une seule nuit. Coréalisé par l’artiste multidisciplinaire d’ascendance anishinaabe et française Caroline Monnet (née en 1985), de la Première Nation des Anishinabeg de Kitigan Zibi, au Québec, et par le cinéaste et musicien Daniel Watchorn (né en 1978), le film place une fillette de huit ans et son cousin nourrisson dans le non-lieu clinique de l’infirmerie d’un pensionnat autochtone, où les protocoles de quarantaine deviennent un système structuré de contrôle. Le choix de tourner en cri et de cadrer le récit à travers le point de vue de l’enfant va à l’encontre du silence des archives qui entoure habituellement les intérieurs institutionnels, reconfigurant un espace médicalisé en lieu de tort spirituel et culturel.

La prémisse du film, la quarantaine, est historiquement chargé. Les pensionnats utilisaient fréquemment des justifications médicales, comme la peur de la tuberculose et les régimes sanitaires, pour justifier la ségrégation et naturaliser l’autorité exercée sur les enfants autochtones. En inscrivant l’histoire dans une atmosphère des années 1930, La mallette noire renvoie à une période où de tels régimes étaient répandus, sans adopter pour autant la minutie du documentaire. Son flou temporel maintient la lisibilité du récit comme système plutôt que comme anecdote. Cette lisibilité est amplifiée par le refus du spectacle. Le traumatisme est suggéré plutôt qu’exposé, faisant confiance au public pour comprendre que la terreur réside aussi dans l’anticipation, dans le plan long qui ne coupe pas pour regarder ailleurs.


Sur le plan technique, l’œuvre s’inscrit dans un mouvement plus large du cinéma autochtone qui réaffirme la voix tout en expérimentant avec la forme. Le recours aux codes de l’horreur redirige les attentes du public. Plutôt que de consommer des « enjeux », les spectateurs éprouvent une réponse physiologique — poitrine serrée, souffle retenu — qui reflète la constriction du monde des enfants. Monnet et Watchorn ont souligné que le genre est ici ancré dans une injustice réelle. À ce titre, le film agit comme une contre-archive, révélant des vérités que les dossiers administratifs occultent.


Dans le cadre de projets consacrés à la transmission de la vérité et aux héritages des pensionnats et des externats autochtones, Le film La mallette noire est précieux parce qu’il montre comment le choix esthétique peut devenir une méthode éthique. La pièce close est à la fois littérale et métaphorique : elle représente le confinement de la langue, de la parenté et de la cérémonie, mais aussi la persistance du témoignage. Dans sa cadence finale, le film laisse le public face à un espace irrésolu plutôt qu’à une conclusion, rappelant que les histoires de confinement forcé résistent à la netteté narrative. L’effet produit n’est donc pas le désespoir, mais une forme de lucidité : le film donne à voir comment ces systèmes se construisent et comment l’attention, portée par la mémoire incarnée, permet de les nommer et de les mettre en cause.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014 - Art Canada