Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

A pile of erasers on a round table.

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021, médiumTK, dimensionsTK.

L’effacement est inutile, de l’artiste métis Tim Moore (né en 1974), est une sculpture en techniques mixtes composée d’une tour de gommes à effacer empilées, posée sur une carte en collage de la Saskatchewan. Chaque gomme est moulée et estampillée d’un numéro qui renvoie au filigrane figurant sur les certificats des Métis, autrefois délivrés au peuple métis dans le cadre du programme canadien frauduleux de concessions de terres. Les gommes à effacer, outils littéralement conçus pour faire disparaître les marques sur le papier, deviennent ici des emblèmes de l’effacement colonial. Elles rappellent non seulement les certificats invalidés qui devaient éradiquer les revendications territoriales des Métis, mais aussi la violence culturelle plus large exercée par les pensionnats autochtones et d’autres politiques assimilationnistes. À ce titre, la sculpture constitue un acte urgent de témoignage visuel, tissant ensemble des histoires personnelles et collectives de dépossession et de résilience métisses.


Le grand-père de Moore a été arraché à son foyer à l’âge de sept ans pour être placé dans un pensionnat, d’où il n’est jamais revenu. Son histoire hante ces matériaux. En moulant dans le caoutchouc des gommes à effacer estampillées de numéros de certificats et en les empilant comme des strates géologiques, Moore rend visibles les couches sédimentées du traumatisme générationnel. Pourtant, par leur matérialité tactile et leur empilement résolu, les gommes refusent de disparaître. Leur masse incarne ce que Moore énonce dans le titre : les tentatives d’effacer les peuples autochtones et leurs revendications territoriales finissent par échouer.


Sous les gommes à effacer se trouve la carte : une toile déchirée et reconstituée de la Saskatchewan coloniale, dont les bords dentelés et les fragments superposés reflètent les ruptures provoquées par les certificats et les pensionnats. Là où le gouvernement cherchait à imposer une grille uniforme de lignes d’arpentage et de contrôle bureaucratique, le collage de Moore se réapproprie visuellement la terre, affirmant la présence métisse au sein de ces mêmes frontières et au-delà d’elles. La carte devient un terrain de savoir visuel au sens autochtone : une archive relationnelle, ancrée dans la terre, encodée de noms de lieux, mais aussi d’histoires de déplacement, d’endurance et de retour. Le recours de Moore au collage et à l’assemblage rappelle des gestes de détournement, soit la réutilisation d’objets culturels dans de nouveaux contextes afin d’en critiquer le sens d’origine. Son œuvre demeure toutefois animée par une modernité distinctement autochtone, fondée sur l’adaptation et la survivance plutôt que sur une recherche de rupture ou d’abstraction comme fin en soi. Lues ensemble, les gommes à effacer et la carte activent une contre-mémoire qui perturbe les récits dominants de progrès et de bienveillance, exigeant plutôt que nous reconnaissions les violences méthodiques — gommes, certificats, pensionnats — qui ont cherché à annuler l’identité métisse.


L’effacement est inutile s’érige ainsi à la fois en mémorial et en manifeste. L’œuvre honore le grand-père de Moore et tous les enfants métis arrachés à leurs proches et à leur terre, tout en proclamant, sous une forme matérielle, que la culture métisse perdure grâce à la réappropriation créative. La palette restreinte mais variée de la sculpture souligne son dépouillement et sa franchise, amplifiant l’impératif éthique de témoigner et d’agir. Entre les mains de Moore, les gommes à effacer deviennent des instruments de révélation plutôt que d’oubli, et la carte se transforme d’un outil de division en tapisserie de mémoire collective. En tant qu’œuvre de savoir visuel autochtone, L’effacement est inutile propose de nouvelles balises pour la façon dont les musées et les archives pourraient exposer les objets d’origine coloniale : non comme des curiosités ou des reliques, mais comme des témoignages vivants dans un projet plus vaste de vérité, de réconciliation et de résurgence autodéterminée.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021 - Art Canada