Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016, encre et crayon de couleur, 76,2 x 58,4 cm, Dorset Fine Arts, Toronto.
Dans sa lithographie Toutes les choses que j’ai vues, l’artiste inuite Siassie Kenneally (1969-2018), de Kinngait (Cape Dorset), au Nunavut, rassemble de manière presque cérémonielle des centaines de minuscules images, allant du qulliq (lampe à l’huile) de sa mère et d’un harpon aux lunettes de John Lennon et à un insigne isolé de la Gendarmerie royale du Canada. En assemblant ce registre visuel, elle témoigne de la perte, de la résilience et des ruptures intergénérationnelles imposées aux communautés inuites par les institutions occidentales.
Au cœur du cercle, le qulliq brille comme un foyer ancestral : source de chaleur, de cérémonie et de parenté. Tout autour, on découvre un portrait de son grand-père, le révérend Agiak Petaulassie, un ministre anglican dont la fonction même incarne l’enchevêtrement de l’autorité ecclésiastique et des territoires inuits. Le calice, la Bible et l’hostie de communion adjacents représentent les façons dont le christianisme a remodelé la vie spirituelle inuite et amorcé le long projet de déracinement linguistique et culturel, faisant écho au rôle des pensionnats dans la rupture des liens entre les jeunes, leurs langues et leurs proches.
En rayonnant vers l’extérieur, Kenneally dessine à la fois des outils traditionnels, mitaines en peau de phoque, couteaux ulu, grattoirs en os, et des objets du Sud rencontrés pour la première fois : téléphones, panneaux d’arrêt, disques vinyles. Ces « choses dont je me souviens » évoquent les déplacements médicaux liés aux quarantaines de la tuberculose dans les années 1950, lorsque les corps inuits étaient régulièrement envoyés vers le Sud et traités comme des sujets anonymes des « soins » de l’État, à l’instar des enfants dans les pensionnats. L’inclusion de son propre portrait associé au numéro de disque E7 et d’une image du bacille de la tuberculose confronte de plein fouet cet appareil de santé colonial.
Au-delà de la communauté immédiate de Kenneally, les anneaux extérieurs de l’image s’étendent à des événements mondiaux, zones de guerre, ouragans, navettes spatiales, soulignant le fait que les expériences inuites de dépossession et de traumatisme résonnent avec les histoires de violence coloniale vécues par d’autres peuples. Pourtant, en nommant et en représentant méticuleusement chacun des objets qu’elle « voulait dessiner », Kenneally reprend son droit à l’autodéfinition. Les Inuits ne sont pas des sujets passifs, mais les narrateurs actifs de leurs propres récits.
Le format circulaire revêt une signification supplémentaire. Il rappelle les cercles de danse au tambour, les phases croissante et décroissante de la lune au-dessus des campements familiaux à Saaturittuq, ainsi que la nature cyclique de la mémoire et de la cérémonie dans les modes de connaissance inuits. Le temps, dans ce dessin, ne progresse pas de manière linéaire; il se déploie en spirale, reliant les ancêtres aux enfants et le passé communautaire au témoignage présent.
Dessiné à la suite du suicide de son fils, Toutes les choses que j’ai vues agit sur plusieurs plans : requiem visuel et déclaration de survivance, œuvre d’art et archive vivante. C’est une carte intime et concentrique de la mémoire personnelle et collective, qui circule au travers des mondes inuits et des bouleversements de l’autorité coloniale. L’œuvre met à nu l’Église, les systèmes de santé et la gouvernance coloniale qui cherchaient à définir l’avenir des Inuits, tout en tissant un fil ininterrompu de savoir visuel inuit enraciné dans la terre, la langue et la cérémonie. Le dessin devient ainsi le lieu où les témoignages inuits se donnent à voir, où les mémoires sont honorées et où l’esprit demeure vivant.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007