Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020, impression pigmentaire sur papier d’archives sur panneau composite d’aluminium, 91,4 x 219,7 cm.
Dans Traités rompus, 1613–, le photographe iroquois Jeff Thomas (né en 1956) présente un panorama composé de cinq photographies qui répondent au différend toujours en cours autour de la revendication territoriale du Tract d’Haldimand. En 1784, la Couronne britannique, à la suite de négociations impliquant le chef mohawk Joseph Brant, concède aux Six Nations environ 384 450 hectares le long de la rivière Grand, en Ontario, en reconnaissance de leur alliance pendant la Révolution américaine et de la perte de leurs terres ancestrales dans l’État de New York. Au fil des ans, les Six Nations ont allégué que certaines portions de ces terres avaient été indûment vendues ou transférées par les autorités coloniales et canadiennes. Le différend demeure non résolu et a donné lieu à des décennies de protestations, notamment l’occupation, en 2006, d’un site de développement résidentiel à Caledonia — des événements qui forment le terrain historique et politique de l’œuvre de Thomas.
Les images de cette œuvre représentent des sites liés au différend du Tract d’Haldimand, y compris des scènes contemporaines de Caledonia, aux côtés de références textuelles et cartographiques qui marquent la terre comme territoire contesté. Ensemble, elles combinent les stratégies que Thomas mobilise depuis longtemps — photographie, cartographie et référence archivistique — pour mettre en accusation la manière dont les promesses liées aux traités ont été réduites à des lignes sur une carte, circonscrites puis ignorées. Le format large de l’œuvre, semblable à une murale, se lit comme un corridor d’espace contesté : textes, coordonnées et images de sites sont scellés dans un même champ visuel, qui agit comme une carte que l’on peut parcourir, rappelant que l’histoire n’est pas abstraite, mais localisable — dans une rue, le long d’un corridor fluvial, près d’une clôture. En nommant l’occupation d’Argyle Street South, à Caledonia, et en traçant des points GPS, tels qu’ils sont identifiés dans les légendes et les notices de catalogue accompagnant l’œuvre, Thomas établit un lien direct entre le Tract d’Haldimand du dix-huitième siècle et la défense des terres au vingt-et-unième siècle, refusant l’amnésie qui détache habituellement les mouvements de protestation de leurs fondements juridiques et historiques.

Jeff Thomas, 1710–1998 / Tee Yee Neen Ho Ga Row—Mohawk (Christianized Hendrick), Emperor of the Six Nations, 1710/1998 / Self-Portrait—Onondaga, Champlain Monument, Ottawa, Ontario, 1998 (1710–1998 / Tee Yee Neen Ho Ga Row — Mohawk (Hendrick christianisé), empereur des Six Nations, 1710/1998 / Autoportrait — Onondaga, monument à Champlain, Ottawa, Ontario, 1998), 1998, épreuves chromogènes, 87,7 x 65,8 cm, image (gauche) 49,3 x 33,8 cm, image (droite) 49,3 × 33,8 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
Thomas s’est qualifié lui-même d’artiste iroquois urbain. Traités rompus, 1613– procède de cette posture en situant la souveraineté iroquoise au sein des infrastructures de la modernité coloniale : routes, signalisation, limites de propriété, photographies de presse. L’esthétique composite des photographies s’oppose à l’idée plus courante d’un document unique en superposant l’image et le texte, de sorte qu’aucun élément ne revendique seul l’autorité. Plutôt que de présenter une seule photographie appelée à servir de preuve définitive, Thomas propose une surface à plusieurs couches qui invite les spectateurs à faire des liens entre des fragments d’archives, des noms de lieux et le langage de la protestation. Regarder l’œuvre devient alors un geste éthique autant que visuel : il faut reconnaître que les droits territoriaux dont il est question sont concrets, documentés et vérifiables, et non simplement symboliques.
Sur le plan formel, le choix de l’impression pigmentaire sur aluminium confère à l’image assemblée une présence nette et industrielle, qui fait écho à l’environnement bâti qu’elle critique. Ses proportions allongées évoquent à la fois le cours d’une rivière et une chaussée, s’accordant avec la description du Tract d’Haldimand, « six milles de chaque côté de la rivière Grand », et transformant une formule juridique en registre physique. Lorsqu’un panneau proclame « OH CANADA » à l’intérieur de ce cadre ancré dans le traité, la devise nationale se reformule en question : quel Canada est ici invoqué, et à qui appartient-il? La juxtaposition révèle une double exposition : le spectacle patriotique superposé à une cartographie de la dépossession.
Au sein des discussions sur l’art autochtone contemporain, Traités rompus, 1613– illustre la souveraineté visuelle par le positionnement autant que par la citation. Plutôt que de présenter un sujet « indien » ethnographique, Thomas présente un traité : une relation et un instrument juridique. Le sujet est l’accord lui-même — et sa rupture. Ce déplacement réoriente l’acte de regarder : il ne s’agit plus d’observer des personnes, mais de regarder avec elles des preuves, des infrastructures et des obligations. L’œuvre entre aussi en résonance avec les cadres de vérité et de réconciliation qui appellent à l’éducation du public sur les traités et sur leur force continue. L’image de Thomas agit comme outil d’apprentissage et comme rappel public, comprimant l’archive, la carte et la mémoire de la protestation dans un seul plan accessible.
En rattachant la promesse géographique de 1784 à l’occupation de Caledonia en 2006 et au présent, Thomas réaffirme la continuité contre les tactiques juridiques et visuelles qui isolent les événements. Traités rompus, 1613– est moins une complainte qu’un outil : une image qui ramène les spectateurs aux lieux où les promesses ont été faites et où elles peuvent encore être honorées.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007