Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015, fragments déchiquetés de la Loi sur les Indiens fixés au drapeau canadien, 76,2 cm x 152,4 cm.
Dans Drapeau blanc, l’artiste visuelle et conservatrice wolastoqey Emma Hassencahl-Perley (née en 1995), de la Première Nation de Tobique, au Nouveau-Brunswick, transforme l’un des symboles nationaux les plus reconnaissables du Canada en un lieu de confrontation, de deuil et de survie. En collant des pages déchiquetées de la Loi sur les Indiens sur les bandes rouges et la feuille d’érable d’un drapeau canadien, Hassencahl-Perley pose un geste à la fois esthétique et politique, reconfigurant la relation entre le pouvoir de l’État et l’endurance autochtone. Le titre Drapeau blanc évoque à la fois la capitulation et la résistance, invitant le public à reconsidérer à qui, historiquement, il a été demandé de capituler, et qui continue de résister.
Adoptée pour la première fois en 1876 et toujours en vigueur aujourd’hui, la Loi sur les Indiens a sous-tendu le système des pensionnats et les stratégies plus larges d’assimilation. Ses fragments déchirés, superposés sur le drapeau, incarnent la violence du contrôle bureaucratique, réduisant les identités autochtones à des catégories juridiques et réglementant chaque aspect de la vie communautaire. En déchiquetant et en réutilisant ces textes, Hassencahl-Perley met en scène un acte de réappropriation. La Loi sur les Indiens est démantelée, mais non détruite; ses vestiges sont plutôt intégrés à un objet du symbolisme national, exposant les liens indissociables entre l’identité nationale canadienne et la dépossession des Autochtones.

Emma Hassencahl-Perley, Wici Kseltomomuwakon (With Love) [Wici Kseltomomuwakon (Avec amour)], 2019, murale, Ville de Fredericton.
Le choix d’obscurcir les sections rouges du drapeau sans les effacer totalement est au cœur du sens de l’œuvre. Dans les systèmes visuels wolastoqey, le rouge revêt une signification sacrée, associée à la vie, au sang et à la résilience. Tout au long de sa pratique, Hassencahl-Perley revient constamment aux instruments de la législation coloniale, et au drapeau canadien lui-même, comme matériaux de transformation plutôt que comme symboles d’effacement passif. La tension visuelle entre la blancheur du papier et la vitalité du rouge reflète la tension plus large entre l’assimilation et la survie. La Loi sur les Indiens peut recouvrir, mais elle ne peut pas éteindre pleinement les modes d’être autochtones. »
Hassencahl-Perley intègre également des motifs à double courbe, élément clé de l’esthétique wolastoqey, au sein des couches déchiquetées. Ces marques subtiles mais puissantes signalent la continuité culturelle, faisant écho à la lignée de revitalisation culturelle menée par son arrière-grand-mère Marjorie Perley. En ce sens, Drapeau blanc relève autant de la critique systémique que de la réappropriation culturelle. L’œuvre revendique la souveraineté autochtone par le savoir visuel, affirmant que le droit et l’esthétique autochtones persistent aux côtés, et à l’encontre, des structures imposées par la gouvernance canadienne.
L’œuvre reconfigure également le drapeau canadien lui-même. Habituellement symbole d’unité et de fierté, il devient ici un terrain contesté, révélant la violence juridique et culturelle incrustée dans le tissu national. Plutôt que de flotter librement, le drapeau est immobilisé, lourd d’histoire. Sa blancheur rappelle le silence, le déni et la fausse neutralité des récits étatiques, tandis que ses surfaces altérées invitent le public à affronter les vérités enfouies sous les symboles officiels.
Drapeau blanc maintient le deuil et l’espoir dans une tension égale. L’œuvre reconnaît la destruction culturelle provoquée par la législation coloniale tout en affirmant l’endurance de l’esthétique et des savoirs autochtones. Celui de Hassencahl-Perley n’est pas un geste de capitulation, mais de réappropriation : une exigence adressée au Canada pour qu’il reconnaisse les vérités inscrites dans sa propre histoire, et une assurance que les nations autochtones continueront de rayonner.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007