Brent Henry, English Only! (En anglais seulement !), 2021

A painting of three figurs on a blue background in the woods.

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement !), 2021, acrylique et bâtonnet de peinture à l’huile sur toile, 91,4 x 91,4 cm.

La composition du tableau En anglais seulement !, de l’artiste anishinaabe Brent Henry (né en 1995), de la Première Nation de Saugeen, en Ontario, est d’une simplicité trompeuse. Trois silhouettes se tiennent debout contre un fond turquoise sous la directive autoritaire « ENGLISH ONLY! ». Leurs visages, fracturés et semblables à des masques, évoquent à la fois des cicatrices et l’effacement culturel. Sur leur poitrine, le mot « OJIBWAY » apparaît, pour être ensuite raturé d’un épais trait de peinture — inscription littérale de l’effacement. Le visage de la silhouette centrale est oblitéré par des lignes striées, au-dessus desquelles apparaît la phrase « It’s been cut » [Ça a été coupé]. Cette phrase est une référence effrayante à la coupe des tresses, un rituel d’humiliation qui marquait à la fois la répression de la culture et la discipline imposée aux corps autochtones. Son usage cru du texte sous forme d’ordres, d’insultes et de noms raturés reproduit la violence de la pédagogie coloniale, mais dans le but unique de l’exposer. Ici, l’anglais n’est plus un médium de communication neutre, mais une arme inscrite sur le corps.

Five tipi poles propped on a wooden box in a gallery.

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23, cinq perches de tipi, peinture, peinture en aérosol, corde, bâche, lustre en laiton, pierre, boîte en bois, chariot, 196 x 706 x 140 cm.

Placée en dialogue avec l’installation i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/2023, de Duane Linklater (né en 1976), l’œuvre En anglais seulement de Henry s’insère dans une conversation plus large sur la langue comme lieu de violence et horizon de renouveau. Là où le travail de Linklater construit une grammaire de la résurgence crie à travers des perches de tipi, une bâche et un lustre en cristal, Henry opte pour l’immédiateté. Linklater nous appelle à une réorientation minutieuse, ralentissant la perception au travers des structures linguistiques et cosmologiques cries. Henry, à l’inverse, nous projette directement dans la violence elle-même. Son slogan peint « ENGLISH ONLY! » n’invite pas tant à la contemplation qu’il ne force la reconnaissance de ce qui a été hurlé aux enfants au fil des générations.


Les deux œuvres convergent autour d’une même conviction : la langue n’est pas purement symbolique, mais enracinée dans le savoir traditionnel, structurant la façon dont le monde est vu, connu et vécu. Le désir de Linklater d’« oublier la langue anglaise » pousse vers un réalignement cri, un rejet de l’emprise perceptive coloniale. Henry, quant à lui, rend visibles les blessures laissées par cette emprise  les cicatrices apparues lorsque la langue a été interdite, coupée, raturée. Dans les silhouettes de Henry, nous voyons les contrecoups; dans les perches de tipi inclinées de Linklater, la possibilité d’une nouvelle orientation.


Ensemble, ces artistes rappellent avec force que la violence de l’assimilation ne peut être oubliée ni contournée. Elle doit être nommée, vue et transformée. La contribution de Henry réside dans le témoignage visuel sans concessions qu’il livre des séquelles durables de l’assimilation coloniale. En anglais seulement ! met en scène une confrontation directe avec l’étouffement des langues autochtones dans les pensionnats et les externats autochtones, où les enfants étaient punis pour avoir parlé l’anishinaabemowin, le cri ou d’autres langues ancestrales. Ce n’est pas subtil; c’est urgent. Ses slogans et ses inscriptions vandalisées relèvent moins de la peinture que du témoignage, moins de l’abstraction que de la blessure. Mais c’est précisément dans ce caractère brut que réside son pouvoir : l’œuvre réclame ce qui a été réduit au silence, forçant les spectateurs autochtones et non autochtones à se mesurer aux cicatrices psychiques de l’anglais imposé et à imaginer la résurgence de langues autrefois interdites.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement !), 2021 - Art Canada