Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Layered imagery of women and girls in regimented poses.

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007, encre sur papier, 66,4 x 101,9 cm, Musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique, Vancouver.

Dans la gravure sur bois Sois une bonne fille, l’artiste secwépemc Tania Willard (née en 1977) superpose des images de femmes et de fillettes dans des poses disciplinées : enfants aux mains jointes en prière, femmes penchées sur des machines à coudre et silhouettes prises dans des cycles d’obéissance et de productivité. Ces répétitions visuelles font écho aux programmes d’assimilation des pensionnats autochtones, qui cherchaient à conditionner les filles autochtones à des rôles de travail domestique au service des foyers de colons. Au centre, une figure rappelant la Madone, drapée dans une robe à motifs, ancre l’image; sa présence est encadrée par des animaux et des symboles qui évoquent à la fois l’iconographie catholique et les traditions visuelles secwépemc. À la fois maternelle et monumentale, elle symbolise l’idéal imposé de la femme autochtone : silencieuse, obéissante et assidue.


Par cette composition, Willard confronte la violence genrée de l’assimilation coloniale et critique le rôle des pensionnats dans le façonnement du travail et de l’identité des femmes autochtones. Réalisée en encre noire franche sur papier doré, l’œuvre a été créée pour l’exposition Women and Work (Femmes et travail) et met au premier plan la façon dont les filles autochtones étaient formées à la prière, à la servitude et à la domesticité. Le titre, tiré d’une formule familière de discipline et de contrôle, expose le dressage colonial de la féminité autochtone, transformant une injonction intime en critique de la violence systémique.

A manila poster with the various slogans in vintage wood type.

Sonny Assu, Selective History (Histoire sélective), de la série Happiest Future, 2012, impression numérique.

Willard choisit délibérément la gravure sur bois comme médium. L’effort physique de la taille du bois fait écho à la discipline corporelle imposée aux enfants autochtones : entraînement, punition et répétition inscrits sur leurs corps. En même temps, la gravure sur bois, historiquement utilisée pour reproduire des images et des textes en multiples exemplaires, renvoie à la diffusion massive de l’idéologie coloniale. En se réappropriant ce médium, Willard affirme la survivance et refuse l’effacement par des gestes de présence créatrice.


L’œuvre de Willard entre en résonance avec la série Happiest Future (L’avenir le plus radieux), 2012, de Sonny Assu (né en 1975), qui comprend des œuvres imitant délibérément les anciennes affiches de propagande. Comme Assu, Willard investit stratégiquement le langage visuel de la persuasion coloniale pour le retourner contre lui-même. L’appropriation des formats d’affiches par Assu expose les stéréotypes racistes et les mythes nationaux qui circulaient dans l’imaginaire canadien, tandis que la gravure sur bois de Willard fait écho aux enseignements de masse de la salle de classe, où les valeurs coloniales étaient inculquées de force aux enfants autochtones. Les deux artistes mobilisent l’ironie : Assu par des slogans qui parodient la fierté des colons, et Willard par l’injonction apparemment anodine « Sois une bonne fille ». Chacun transforme des instruments de contrôle, la propagande et la pédagogie, en plateformes de transmission de la vérité.


Ce faisant, Willard rappelle que l’histoire des pensionnats autochtones ne peut être racontée sans prêter attention au genre. Le conditionnement des filles autochtones à la servitude domestique et au silence était au cœur du projet d’assimilation. Pourtant, son œuvre honore aussi la résilience : les figures, bien que disciplinées, ne sont pas effacées. Leur présence, multipliée et inscrite dans la matrice de bois, témoigne de l’endurance.


En revendiquant le « travail des femmes » comme lieu de résistance, Sois une bonne fille déstabilise les récits coloniaux d’obéissance et réaffirme la continuité culturelle autochtone. L’œuvre montre comment les artistes autochtones remanient les formes du pouvoir colonial — affiches, estampes, slogans — non pour les perpétuer, mais pour en dévoiler la violence et recadrer l’histoire à travers la souveraineté et la survivance autochtones.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

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