Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Scarlet-coated Royal Canadian Mounted Police officers and black-robed clergy swarming across a sunlit yard outside a modest house.

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017, acrylique sur toile, 213,4 × 335,3 cm, Denver Art Museum.

Dans sa monumentale peinture acrylique Le cri, l’artiste cri Kent Monkman (né en 1965) représente des agents de la Gendarmerie royale du Canada en tunique écarlate et des membres du clergé en soutane noire déferlant dans la cour ensoleillée d’une maison modeste. Des mères griffent, se débattent et tendent les bras vers leurs enfants qu’on leur arrache. Deux hommes de la famille gisent dans l’herbe, et un policier sur la véranda dirige la rafle tandis que d’autres poursuivent des jeunes qui s’enfuient dans les champs. Le point d’ancrage émotionnel est la mère vêtue de bleu, le corps projeté vers l’avant, la bouche ouverte sur un son que nous ne pouvons entendre, mais que nous comprenons instantanément : le cri existentiel qui donne son titre au tableau. La référence de Monkman à la célèbre œuvre d’Edvard Munch (1863-1944) est délibérée. Là où la terreur de Munch demeure indéfinie, la raison du cri est ici irréfutable.


Avec Le cri, Monkman s’empare d’un genre longtemps utilisé pour glorifier les empires : la peinture d’histoire européenne du dix-neuvième siècle. Il le recycle pour exposer l’un des crimes d’État les moins représentés visuellement au Canada, soit l’enlèvement forcé d’enfants autochtones pour les placer dans des pensionnats. L’œuvre renvoie aussi, par extension, à la rafle des années 1960, qui a arraché des enfants autochtones à leur famille, ainsi qu’aux retraits contemporains par les systèmes de protection de l’enfance. Peinte pour l’exposition itinérante nationale Shame and Prejudice: A Story of Resilience (Honte et préjugés : une histoire de résilience), la toile cristallise d’innombrables témoignages de survivants en un seul tableau saisissant.

Paintings line the walls of a dimly-lit gallery with green walls.

Vue de l’installation de Shame and Prejudice: A Story of Resilience (Honte et préjugés : une histoire de résilience), un projet de Kent Monkman présenté du 26 janvier au 5 mars 2017 à l'University of Toronto Art Centre, date inconnue, photographe inconnu.

A figure in red regalia dances against a black background.

ent Monkman, Dance to Miss Chief (Danse pour Miss Chief) (image tirée du film), 2010, couleur, anglais et allemand avec sous-titres anglais, 4 minutes 49 secondes.

Monkman écrase le temps avec le costume. Les figures d’autorité portent des uniformes propres à certaines périodes historiques, tandis que plusieurs figures autochtones apparaissent dans des vêtements du milieu du vingtième siècle, signalant ainsi que l’enlèvement d’enfants sanctionné par l’État s’est étendu sur plusieurs générations. Un membre du clergé soulève un enfant en bas âge dont le sous-vêtement est visible. Cette vulnérabilité préfigure les abus physiques et sexuels qui l’attendaient. Des témoins ancestraux, sous forme de corneilles et de rapaces, tournoient dans le ciel, une corneille plonge même vers un policier, tandis que des nuages d’orage s’amoncellent au-delà de l’avant-plan lumineux — la nature reflète la noirceur morale. La couleur et la lumière accentuent l’impact. La riche palette estivale d’herbe verte et de ciel bleu rend la violence d’autant plus brutale; par contraste, le rouge des policiers taillade la composition comme des blessures infligées à la terre. La mise en scène baroque de Monkman, faite de diagonales de membres tendus et de grappes de lutte chorégraphiées, guide le regard de manière cinématographique, mais refuse tout détachement esthétique. Les spectateurs sont pris au piège : regarder, c’est témoigner; détourner le regard, c’est refuser cette responsabilité.


Le cri est inhabituel en ce que l’alter ego bispirituel de Monkman, Miss Chief Eagle Testickle, n’apparaît pas dans la scène. Dans les textes d’accompagnement, elle admet que la douleur est trop profonde pour être racontée. Les installations de l’exposition intensifiaient la rencontre : galeries assombries, porte-bébés traditionnels et objets d’artisanat d’enfants plaçaient cette œuvre du côté de la veillée autant que de la peinture.


Largement diffusé en ligne et acquis par le Denver Art Museum, Le cri est entré dans la conscience publique comme une image du génocide culturel en action. Les éducateurs s’en servent pour ouvrir des conversations que les statistiques seules ne peuvent déclencher; les survivants y reconnaissent l’histoire de leur famille; les spectateurs colons sont forcés de faire face à leur complicité. En se réappropriant l’échelle monumentale de l’art national pour la vérité autochtone, Monkman transforme un cri de deuil en exigence publique de redevabilité — l’art comme témoignage, commémoration et appel à agir dans le travail inachevé de la réconciliation.

Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017 - Art Canada