Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat de Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018, acrylique sur toile, 60,9 x 91,4 cm.
Dans Portrait du pensionnat de Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir, l’artiste anishinaabe Quill Christie-Peters (née en 1992) représente la façade de l’école dans un gris feutré, ses fenêtres rectangulaires symbolisant la surveillance et l’enfermement. Cette géométrie rigide est perturbée par des couleurs vibrantes du style de l’école Woodland, des formes fluides et des silhouettes en cascade. Peintes en turquoise, cramoisi, noir et magenta, ces présences spectrales traversent les murs de l’école et en débordent, dans des mouvements amples et impossibles à contenir. Elles incarnent les enfants, les esprits et les récits que l’institution cherchait à étouffer sans jamais pouvoir les détruire. Le refus de Christie-Peters de les figer dans une souffrance statique s’aligne sur le concept de survivance.
Les cercles sont présents dans toute la peinture : orbes bercés par des silhouettes, graines cosmiques et constellations cellulaires qui s’opposent à la rigidité rectangulaire de l’école. Ces motifs circulaires invoquent des cosmologies autochtones d’équilibre et de renouveau, revendiquant la continuité contre la logique linéaire de l’éducation coloniale. Des paysages sacrés émergent des formes abstraites, dissolvant l’autorité institutionnelle en fragments lumineux et en accents rouge sang. Ce qui apparaît d’abord comme le portrait d’une école se reconfigure en vision d’une continuité culturelle qui excède tout confinement.

Sherry Starr et Wab Kinew ouvrent la grande entrée de la deuxième édition annuelle de la marche et du pow-wow des survivants de la Journée du chandail orange, lors de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, Winnipeg, 2022, photographie de John Woods / La Presse canadienne.
Le fond orange incandescent de la peinture amplifie encore ce recadrage. Il rappelle le deuil collectif de la Journée du chandail orange et les mémoriaux populaires qui ont suivi la confirmation de la présence de tombes anonymes sur les sites de pensionnats. Partout au Canada, des tissus orange, des chaussures d’enfants et des offrandes florales ont été déposés sur les marches d’églises et d’assemblées législatives, transformant des lieux de pouvoir en espaces de deuil et de redevabilité. L’utilisation de l’orange par Christie-Peters résonne avec ce langage visuel : l’école n’est pas isolée dans le gris, mais engloutie dans un champ de mémoire, de deuil et de résistance publique.
Exposé dans spilling out, spilling over (Épanchements et débordements) à l’Université de la Saskatchewan en 2022, Portrait du pensionnat de Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir illustre l’engagement de Christie-Peters envers l’art comme acte souverain. En canalisant l’expérience vécue par son père dans cette école tout en refusant de reproduire le traumatisme comme spectacle, elle réoriente la représentation vers la résurgence et la continuité. Ici, la mémoire est personnelle, mais aussi intergénérationnelle, tissant la violence passée dans la résistance présente et la souveraineté future.
En définitive, cette œuvre est à la fois mémorial et résistance. À l’instar des commémorations de la Journée du chandail orange dont elle fait visuellement écho, elle exige que le souvenir demeure inapaisé, continu et collectif. De cette façon, Christie-Peters affirme qu’en plus de témoigner des torts coloniaux, l’art autochtone est une pratique de transmission de la vérité qui transforme le deuil en survivance et l’enfermement en renouveau continu.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007