Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997, techniques mixtes sur papier, 50,8 x 68,6 cm.
Dans Grand-mère 1, l’artiste mi’kmaw Alan Syliboy (né en 1952) se concentre sur une figure de grand-mère, représentée dans une photographie en noir et blanc, assise à une table de cuisine. Son visage traduit à la fois l’endurance et une présence tranquille, tandis qu’elle appuie la tête sur sa main, comme plongée dans la contemplation. Autour d’elle, l’artiste superpose des champs de couleurs lumineux — jaunes, turquoise et rouges — qui transforment l’espace domestique en un lieu baigné d’une énergie sacrée. Des motifs inspirés des pétroglyphes parcourent la surface : spirales, lignes pointillées, plantes et silhouette stylisée aux bras déployés. Ces marques rappellent les gravures rupestres mi’kmaw, dont certaines sont millénaires, et traduisent le savoir ancestral dans un langage visuel contemporain.
Dans cette superposition, Syliboy crée un dialogue entre le passé et le présent, la photographie et la peinture, la mémoire et l’imagination. La grand-mère à la table de cuisine devient plus qu’un portrait individuel : elle incarne la transmission intergénérationnelle des savoirs et la résilience des femmes qui ont maintenu les familles et les traditions face aux bouleversements coloniaux. Les motifs peints ne se contentent pas de décorer la photographie : ils se réapproprient l’image, réaffirmant la présence et la souveraineté visuelle mi’kmaw dans une scène de la vie quotidienne.

Alan Syliboy, Tuft’s Cove Survivor (Survivant de Tuft’s Cove), 1999, acrylique, crayon aquarelle, encre et transfert photographique sur carton à dessin, 76 x 101,5 cm, Musée des beaux-arts de la Nouvelle-Écosse, Halifax.
À l’époque où Syliboy grandit dans la Première Nation de Millbrook, en Nouvelle-Écosse, la langue mi’kmaq et l’identité culturelle mi’kmaw sont activement réprimées dans les écoles. Vivant très tôt cette dissociation, il se tourne vers l’art comme refuge et comme résistance, dessinant en secret lorsqu’on le décourage de s’exprimer de façon créative. Deux femmes jouent un rôle particulièrement déterminant dans son parcours : sa grand-mère Rachael Marshall, dont les enseignements et la présence l’ancrent dans les traditions de parenté, et l’artiste Shirley Bear (1936-2022), qui lui sert de mentor dans le rapprochement entre la peinture contemporaine et le savoir visuel ancestral mi’kmaw. Ces influences nourrissent Grand-mère 1, une œuvre qui honore la guidance matriarcale et revendique des traditions culturelles supprimées par une imagerie vibrante et vivante.
Grand-mère 1 illustre la déclaration de Syliboy selon laquelle son travail porte sur « la famille, la quête, la lutte et la force ». La figure de la grand-mère devient un symbole de survie au cœur des politiques d’assimilation qui cherchent à rompre la langue, la parenté et la culture. En l’enveloppant d’une imagerie inspirée des pétroglyphes, Syliboy honore sa présence tout en l’inscrivant dans un continuum de récits d’origine mi’kmaw. Les spirales évoquent les cycles du temps, les points suggèrent des étoiles ou des constellations, et les silhouettes stylisées convoquent les ancêtres et les gardiens spirituels. La superposition des couleurs et des formes transforme le quotidien en sacré, rappelant que l’endurance culturelle ne se limite pas aux contextes cérémoniels, mais vit aussi dans les gestes quotidiens d’attention, de résilience et de souvenir.
En définitive, Grand-mère 1 se déploie sur deux registres : hommage personnel et déclaration collective. L’œuvre rend hommage à la grand-mère de l’artiste, tout en représentant les innombrables matriarches dont les enseignements, les récits et la persévérance ont soutenu les familles autochtones à travers des siècles d’oppression culturelle. En fusionnant une peinture contemporaine vive avec des traditions anciennes de pétroglyphes, Syliboy propose une forme de réappropriation, affirmant que la présence culturelle mi’kmaw est continue, mais aussi radieuse, résiliente et en constante évolution. À travers cette œuvre, Syliboy affirme que l’art peut être à la fois mémoire et résistance. Grand-mère 1 témoigne du fil ininterrompu du savoir ancestral, porté par la force des femmes, et éclaire la vitalité durable de la culture mi’kmaw.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007