Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021, médiumTK, dimensionsTK.
415 tresses, de l’artiste crie et abénakise Saige « Nalakwsis » Mukash (née en 1996), est un dessin représentant deux cents paires de tresses et quinze tresses seules, chacune délicatement rendue et chacune représentant un enfant. Nalakwsis l’a créé en réponse à la découverte de 215 tombes anonymes potentielles à l’ancien pensionnat indien de Kamloops, à Tk’emlúps te Secwépemc, en Colombie-Britannique. Le titre porte ce nombre à 415, reconnaissant les 215 enfants associés à ces découvertes ainsi que ceux qui manquent encore à l’appel à travers le pays. Par son accumulation de formes répétées, l’œuvre est à la fois mémorial et témoignage, transformant l’absence en présence et le silence en chœur visuel de deuil.
Cette répétition formelle fait écho à l’ampleur de la perte tout en refusant de laisser les vies individuelles se fondre dans l’abstraction. Chaque tresse est distincte, dessinée avec de petites variations qui signalent l’individualité au sein même du collectif. Leur nombre envahit la page, créant un champ de densité visuelle qui contraint le spectateur à une attention soutenue. De cette façon, Nalakwsis traduit les chiffres associés aux tombes anonymes en une rencontre tangible avec la perte et la survie.
Au cœur de l’œuvre se trouve un acte fort de réappropriation. Dans les traditions cries et celles d’autres nations autochtones, les cheveux — en particulier les tresses — portent une profonde signification spirituelle. Les tresses incarnent la force, la mémoire et la relation à la communauté et à la terre. Tresser ses cheveux revient à entrelacer les fils de l’identité et de la continuité. Dans les pensionnats autochtones, la coupe forcée des cheveux figurait parmi les premiers gestes infligés aux enfants, rupture violente de l’identité culturelle, de la parenté et de l’autonomie. En remplissant la page de tresses, Nalakwsis inverse cet effacement. Ce qui a été coupé est ici rassemblé de nouveau, restauré et honoré. Chaque tresse devient un vecteur de résistance, témoignant de l’endurance de l’identité autochtone malgré les tentatives visant à la détruire.
L’œuvre s’enracine également dans le kanawâpâtahmowin, le principe de voir avec responsabilité. Regarder 415 tresses appelle à un témoignage éthique, et non à un acte passif. Le spectateur est invité à entrer en relation avec l’image. Il est redevable envers les enfants, leurs familles et les vérités que l’œuvre porte. La répétition tranquille des tresses crée un rythme de deuil, mais aussi de vigilance, rappelant que le souvenir ne suffit pas s’il n’est pas accompagné de responsabilité ni d’action. Nalakwsis élargit également l’espace de l’art autochtone aux sphères numériques. Partagée à grande échelle sur les réseaux sociaux au lendemain de la découverte à Kamloops, 415 tresses s’est intégrée à un mémorial viral qui a dépassé les murs des galeries pour marquer la conscience collective. Ce faisant, l’œuvre affirme la souveraineté visuelle crie et abénakise à l’ère numérique : le droit de représenter, de faire circuler et de mobiliser l’imagerie autochtone selon des termes autochtones.
En définitive, 415 tresses est à la fois une lamentation et un geste de survivance. L’œuvre affronte l’héritage dévastateur des pensionnats tout en révélant la capacité de l’art autochtone à porter simultanément le deuil, la mémoire et la continuité. Dans la prolifération des tresses, les spectateurs rencontrent non seulement ce qui a été perdu, mais aussi ce qui perdure : la force des traditions culturelles, la résilience de la communauté et la responsabilité ininterrompue de se souvenir.
Collection d’une nouvelle génération de témoins

Sonny Assu, Leila’s Desk (Le pupitre de Leila), 2013

Michael Barber, A Silent Sky (Un ciel silencieux), 2022

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [Giniigaaniimenaaning (Regard vers l’avenir)], 2012

Rebecca Belmore, Apparition, 2013

Rain Cabana-Boucher, Laying Flowers (Déposer des fleurs), 2021-2024

Quill Christie-Peters, Portrait of Ste. Margaret’s Residential School and All It Could Not Contain (Portrait du pensionnat Ste. Margaret et de tout ce qu’il n’a pu contenir), 2018

Dana Claxton, Headdress – Shadae and Her Girlz (Coiffe – Shadae et ses filles), 2023

Beau Dick, The Ghost Confined to the Chair (Le fantôme confiné à la chaise), 2012

Oakley Rain Wysote Gray, Bleeding Heart Cape – M’st No’gmaq (All My Relations) [Cape Cœur saignant – M’st No’gmaq (Toutes mes relations)], 2021

7IDANsuu James Hart, Reconciliation Pole: Honouring a Time Before, During and After Canada’s Indian Residential Schools (Mât de la réconciliation : hommage à une époque avant, pendant et après les pensionnats autochtones du Canada), 2015-2017

Emma Hassencahl-Perley, White Flag (Drapeau blanc), 2015

Brent Henry, English Only! (En anglais seulement!), 2021

Shawn Hunt, Flipping the Bird (Faire un doigt d’honneur/Inverser l’oiseau), 2014

Lisa Jackson, Savage (Sauvage), 2009

Ursula Johnson, ITHA: The Livingroom (ITHA : le salon), 2021

Siassie Kenneally, All the Things That I Have Seen (Toutes les choses que j’ai vues), 2016

Jake Kimble, It’s All So Incredibly Loud (Tout est si incroyablement bruyant), 2025

Duane Linklater, i want to forget the english language, ulterior (je veux oublier la langue anglaise, ultérieur), 2020/23

Luke Marston, Bentwood Box (Boîte en bois cintré), 2009

Jim Logan, National Pastimes (Passe-temps nationaux), 1991

Kevin McKenzie, Being Indigenous (Être autochtone), 2024

Meryl McMaster, Truth to Power (Dire la vérité au pouvoir), 2017

Kent Monkman, The Scream (Le cri), 2017

Caroline Monnet, The Black Case (La mallette noire), 2014

Tim Moore, Erasure is Futile (L’effacement est inutile), 2021

Peter Morin, This is what happens when you perform the memory of the land (parts 1 and 2) [Voici ce qui se passe lorsqu’on active la mémoire de la terre (parties 1 et 2)], 2013

Saige “Nalakwsis” Mukash, 415 Braids (415 tresses), 2021


Carey Newman, Witness Blanket (La Couverture des témoins), 2013-2014

Davidee Ningeok, Sr., Residential School Nightmare (Cauchemar de pensionnat autochtone), 2015

Shelley Niro, The Shirt (Le chandail), 2003

Luke Parnell, Neon Reconciliation Explosion (Explosion de la réconciliation au néon), 2020

Dionne Paul, Her First Day of School [Son premier jour d’école (à elle)], 2013

Edward Poitras, Don’t Speak (Ne parle pas), 2015

Barry Pottle, Yale Dormitory (Residential School), North West River, Labrador [Dortoir Yale (pensionnat), North West River, Labrador], 2015

Teharihulen Michel Savard, Reciprocity (Réciprocité), 2009

Jason Sikoak, Sacrilege (Sacrilège), 2015

Greg Staats, Do’-gah – I don’t know [shrugging shoulders] [Do’-gah – je ne sais pas (haussement d’épaules)], 2020

Alan Syliboy, Grandmother 1 (Grand-mère 1), 1997

Jeff Thomas, Broken Treaties, 1613– (Traités rompus, 1613–), 2020

Jesse Tungilik, The Spirit of Intergenerational Trauma (L’esprit du traumatisme intergénérationnel), 2019

Tania Willard, Be a Good Girl (Sois une bonne fille), 2007